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Virsac, département de la Gironde

Les "gilets jaunes", sujets politiques non identifiés

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Les "gilets jaunes" ne désarment pas. Devenu sporadique, le mouvement se dissémine et se radicalise en partie. Jour après jour, une question lancinante revient dans la presse : qui sont-ils ?

Virsac, département de la Gironde
Virsac, département de la Gironde Crédits : AFP

L’engouement médiatique qu’ils suscitent semble à la mesure de cette perplexité. Laurent Davezies, rappelle dans Mediapart qu’« il ne s’agit que de 300 000 personnes, soit un peu moins de 0,5 % de la population », et qui plus est « dans un pays dans lequel l’essence est moins chère que dans la plupart des pays européens, qui se situe en queue de peloton des pays européens pour le taux de pauvreté et où, si les inégalités de revenus avant redistribution sont fortes, celles des revenus après redistribution sont les moins fortes des pays industriels ». 

Un miroir des évolutions de la démocratie

L’économiste au CNAM, titulaire de la chaire « Économie et développement des territoires » est cité dans l’article de Joseph Confavreux, intitulé Les «gilets jaunes», miroir des évolutions de la démocratie. Car c’est moins leur couleur « qui semble importer que leur côté réfléchissant ». Et d’abord pour la classe politique : « de La France insoumise au Rassemblement national, tout le monde contemple en effet dans le miroir tendu par ces « gilets jaunes » ce qu’il désire y voir ». Pour Vincent Tiberj, ils « ne représentent pas seulement la France périphérique, la France des oubliés. Ils incarnent davantage ce que le sociologue Olivier Schwartz décrit comme les “petits-moyens”, qui travaillent, paient des impôts et gagnent trop pour être aidés et pas assez pour bien vivre. » L’auteur d’un ouvrage publié aux PUF sous le titre Les citoyens qui viennent. Comment le renouvellement générationnel transforme la politique en France, estime que « Les “gilets jaunes” nous racontent quelque chose de l’évolution de nos démocraties. Un des paradoxes de la victoire d’Emmanuel Macron est d’avoir été élu en affirmant prôner l’horizontalité, puis d’avoir épousé des institutions paramétrées verticalement, avec peu de contre-pouvoirs ». 

Le Vieux Monde politique a explosé il y a dix-huit mois, le nouveau monde politique n’est pas né. Le surgissement inopiné des gilets jaunes, un mouvement protestataire sans structures, sans leader, sans idéologie, s’inscrit dans cette situation. Alain Duhamel dans les pages idées de Libération

Une « jacquerie numérique » et autonome que Jérôme Sainte-Marie, dans L’Express, rapporte également à la situation politique créée par l’élection d’Emmanuel Macron. 

La difficulté à exister de LREM, la jeunesse et l’inexpérience de beaucoup de ses parlementaires, leur absence d’ancrage municipal : tout cela concourt à donner le sentiment d’un pouvoir hors-sol.

Le politologue ajoute que le gouvernement paie l’étroitesse de sa base sociale, celle des 24% de voix obtenues au premier tour de la présidentielle. « Comme il était au second tour face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron n’a pas eu à faire de concession idéologique pour élargir sa base. » En regard, la surface sociale des gilets jaunes apparaît beaucoup large : 78% des employés et des ouvriers selon BVA, et des communes rurales où le soutien dépasse 70% alors qu’il est quand même à 52% dans l’agglomération parisienne. 

Géographie sociale

Dans les pages Champs libres du Figaro Pierre Vermeren resserre la focale sur Bordeaux et la démographie sociale d’une agglomération dont il n’a échappé à personne qu’elle est l’une des plus "gilets jaunes" de France. L’explication est limpide : le riche département de la Gironde, qui approche 1,6 millions d’habitants, « a vu les candidats très à droite et très à gauche dépasser 46 % au premier tour » ce qui « peut intriguer dans un fief historique du radical-socialisme français, devenu un des derniers bastions socialistes, Bordeaux et Arcachon mises à part ». Pour l’historien, spécialiste du Maghreb et passionné de géographie sociale, 

Les données sont assez simples, et pour tout dire mécaniques. En trente ans, Bordeaux n’a absorbé que 10 % de l’essor de la population du département (près de 40 000 habitants), et l’agglomération bordelaise tout entière la moitié (près de 200 000). La Gironde rurale a absorbé l’autre moitié.

Témoin « des effets de la métropolisation et de la mondialisation qui balayent le territoire français », la ville gentrifiée a vu ses classes populaires et moyennes fuir la spéculation immobilière. Artisans et ouvriers, terrassiers du bâtiment, jeunes couples, employés de la restauration, de l’hôtellerie, de la santé ou des services à la personne ont trouvé à se loger en périphérie. « Lieux de travail et domiciles sont donc séparés pour le grand nombre, souvent par des dizaines de kilomètres. » De plus, la rocade bordelaise est un point noir du trafic national, surchargé de 20 000 camions européens en transit vers l’Espagne ou l’Europe du Nord. 

Il n’y a donc rien de fortuit à ce que les barrages girondins de gilets jaunes  aient été, le week-end dernier, parmi les plus nombreux de France, et que les incidents s’y multiplient cette semaine.

Informel et apolitique, réseauté sur internet, le mouvement serait-il une sorte de réponse du berger à la bergère ? Du vieux monde qui rattrape le nouveau ?

Par Jacques Munier

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6H45
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