LE DIRECT
Da Nang, Vietnam, sommet de l'Apec, 11/11/2017

La diplomatie à l’estomac

5 min
À retrouver dans l'émission

L’annonce du retrait des troupes américaines en Syrie, contredit puis reporté, finalement confirmé, illustre la confusion de la communication internationale du président Trump.

Da Nang, Vietnam, sommet de l'Apec, 11/11/2017
Da Nang, Vietnam, sommet de l'Apec, 11/11/2017 Crédits : Getty

Et en matière de diplomatie c’est particulièrement fâcheux, sans compter en l’occurrence les conséquences désastreuses sur le terrain pour les alliés kurdes engagés dans la guerre contre l’organisation État islamique. Comme le rappelle Amanda Sloat dans Le Monde, « Le secrétaire à la défense Jim Mattis a démissionné à la suite de la décision impulsive du président. Le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, et le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, ont dû partir en tournée au Proche-Orient pour rassurer des alliés inquiets et leur expliquer la stratégie américaine. » La spécialiste de la Méditerranée orientale pour le think tank Brookings Institution de Washington souligne que lorsque « Trump annonce une décision par une déclaration ou un tweet, ses conseillers doivent enclencher un processus de révision de la ligne politique afin d’appliquer ses orientations ». Avec, dès le départ, un dommage collatéral conséquent : « Les délibérations ou l’examen des différentes options sont réduits au minimum. » Et surtout une perte de crédibilité de la diplomatie américaine : « Les dirigeants étrangers hésitent désormais à faire confiance à des émissaires dont les messages peuvent être contredits par le président ». Et inversement… 

Une vision "alternative" des relations internationales

Dans un article de la revue Le débat, l’historienne Maya Kandel analyse la politique étrangère américaine aujourd’hui. Impulsivité, colère et ressentiment sont par nature antinomiques de la civilité diplomatique. Un comportement belliqueux dénote une absence d’expérience en matière de défense. Les déclarations intempestives à usage interne et à destination de la base électorale quand on n’a que cette légitimité politique souffrent à l’échelle internationale d’un problème de traduction : « de nombreux exemples, de Ahmadinejad à Duterte, en passant par Trump, montrent que les expressions de colère sont souvent traduites dans les médias de manière plus belliqueuse que ne l’étaient les sorties originales ». La traduction est la langue commune de l’humanité. Dans un ouvrage édifiant et roboratif publié aux éditions Les Arènes sous le titre La langue de Trump, Bérengère Viennot témoigne des contorsions auxquelles doivent désormais se livrer les interprètes et traducteurs des propos et discours du président américain. Pourtant « lorsqu’on lit ou qu’on écoute Donald Trump, même quand on n’est pas très fort en anglais, on a l’impression de tout comprendre ». Vocabulaire réduit au minimum, phrases courtes voire hachées, le problème vient plutôt d’une syntaxe hasardeuse. 

À l’échelle de la phrase comme à celle du discours, les éléments qui composent son langage paraissaient souvent inachevés et parfois dépourvus de sens. Comme s’il commençait un discours mentalement et ne se mettait à l’articuler à l’oral qu’en plein milieu de son raisonnement.

Un seul élément récurrent que l’auditeur « est toujours certain de retrouver, quel que soit le sujet abordé par le président américain, quel que soit le contexte et le prétexte de l’intervention, c’est… lui ». Dès sa première interview après l’élection, c’était dans le New York Times, le ton est donné au bout de quelques minutes. On attendait du nouveau président qu’il prenne de la hauteur après sa victoire et aborde les questions de fond. Mais quand il répond aux journalistes, commente Bérengère Viennot, « on entre dans un univers linguistique d’une dimension inconnue ». A propos d’Hillary Clinton, qu’il avait menacée d’un procès, Carolyn Ryan lui demande si ses électeurs ne seront pas déçus qu’il ne la poursuive pas en justice. Trump botte en touche et revient sur la campagne, parle de ses électeurs, « capables de se pointer à une heure du matin pour écouter un discours. C’était le jour des élections. Oui, je crois qu’ils comprendraient très complètement. » Pour traduire les propos du président américain, il est parfois nécessaire de préciser, comme ce journaliste dans Le Monde (20 février 2017) : « Les fautes de syntaxe ont été volontairement conservées. » Dans le domaine des relations internationales, ça peut donner des résultats improbables, comme dans cette première interview : « Est-ce que ce ne serait pas chouette qu’on s’entende réellement bien avec la Russie, est-ce que ce ne serait pas chouette si on attaquait l’EI ensemble, ce qui, soit dit en passant, en plus d’être très dangereux, ça coûte beaucoup d’argent… » 

Un Trump ça twitte énormément

On s’est beaucoup intéressé à son usage compulsif de Twitter et il est vrai que c’est un bon moyen d’observer sa façon de parler, ses codes de ponctuation exclamatifs, l’occurrence immodérée de certains mots comme great et son superlatif greatest, l’absence totale d’autres vocables comme regrets… C’est que « Twitter est le meilleur moyen de communiquer du ressenti comme si c’était des faits – commente la traductrice. C’est le royaume des tripes qui parlent… » L’hebdomadaire Le 1 a publié une anthologie des tweets présidentiels les plus extravagants ou indignes, comme celui-ci : 

Si ces crétins qui ont tué tous ces gens à Charlie Hebdo avaient attendu, le journal aurait capitulé – pas d’argent, pas de succès.

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
10 min

Les Enjeux internationaux

Nouveau traité franco-allemand : signal de relance ou de détresse?
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......