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Alep, 10/03/2017

Le nouveau désordre au Moyen-Orient

5 min
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Du Maghreb au Yemen, en Irak et en Syrie, c’est un chaos durable qui s’est progressivement installé, réduisant à néant les fragiles espoirs d’un nouvel ordre né des « printemps arabes ».

Alep, 10/03/2017
Alep, 10/03/2017 Crédits : J. Eid - AFP

Du Maghreb au Yemen, en Irak et en Syrie, c’est un chaos durable qui s’est progressivement installé, réduisant à néant les fragiles espoirs d’un nouvel ordre né des « printemps arabes ». Courrier international publie un dossier sur la question, autour d’un grand article de la revue américaine Foreign Affairs, dû à Marc Lynch. « L’incapacité des “printemps arabes” à instaurer la démocratie a fait revenir au pouvoir des régimes ultrarépressifs obsédés par la crainte de nouvelles révoltes, inquiets de la menace iranienne et préoccupés par un retrait américain de la région » – résume-t-il. 

La guerre civile syrienne s’est transformée en l’une des pires catastrophes de l’histoire, elle a fait plus de 500 000 morts et déplacé plus de 10 millions de personnes. L’Irak a réalisé des progrès considérables dans la lutte contre Daech, mais le prix à payer est terrible pour les habitants des zones libérées. La guerre civile au Yémen est à l’origine de la pire épidémie de choléra de l’histoire de l’humanité, et 8,4 millions de gens sont au bord de la famine. La défaillance de l’État en Libye est désastreuse.

Le spécialiste du Moyen-Orient souligne en outre que « Dans presque chaque pays, les difficultés économiques et politiques qui ont causé les soulèvements populaires en 2011 sont plus aiguës aujourd’hui qu’il y a sept ans » et que « l’ensemble de la région n’est plus qu’une vaste poudrière ». La politique chaotique du président américain n’arrange rien mais de toutes façons « Les États-Unis n’ont plus le pouvoir ni le statut nécessaire pour imposer un ordre régional qui leur conviendrait » et « Washington ne parviendra jamais à rétablir son hégémonie au Moyen-Orient, car la région a fondamentalement changé ». Vincent Jauvert revient dans L’Obs sur « le jour où Obama a lâché la Syrie », il y a cinq ans, au jour près. C’était après une attaque chimique massive sur La Ghouta, dans la banlieue de Damas. Le président américain décide de s’en remettre au Congrès pour finalement renoncer. Ce qu’il annonce au président français ce samedi 31 août 2013. L’amiral Guillaud, chef d’état-major des armées à l’époque, raconte : « J’étais abasourdi et furieux. Tout était prêt pour des frappes quelques heures plus tard. Les avions étaient armés, les missiles aussi. Les pilotes étaient briefés, y compris sur leurs cibles. » Et notamment les sites liés aux complexes chimiques ou à la prise de décision. Les conséquences de cette volte-face américaine seront considérables, souligne Vincent Jauvert : un signal du repli stratégique des Etats-Unis, reçu 5 sur 5 par Vladimir Poutine. « Si on avait frappé, il n’aurait jamais pris la Crimée à l’Ukraine, quelques mois plus tard », estime l’amiral Guillaud, qui ajoute : « Je pensais que le revirement américain renforcerait Al-Qaida dans les trois mois. Mais cela n’a pris que… trois semaines et ce ne fut pas Al-Qaida le grand vainqueur mais Daech, que les rebelles non-islamistes ont rejoint en masse ». La dernière livraison de la revue Hérodote porte sur l’Iran, dont Béatrice Giblin observe que le retrait des Américains d’Irak lui a permis « d’être un acteur majeur de la dynamique géopolitique moyen-orientale ».

La Fabrique de la radicalité

PourLes Inrockuptibles Mathieu Dejean rend compte de l’enquête de Laurent Bonelli et Fabien Carrié à paraître au Seuil sous le titre La Fabrique de la radicalité – Une sociologie des jeunes djihadistes français. En étudiant les cas de 133 mineurs poursuivis pour des affaires de terrorisme ou signalés pour radicalisation, elle montre que les actes les plus graves (départs ou projets de départs en Syrie, planification d’attentats) “sont le fait de bons élèves, issus de familles populaires stables et investies dans l’éducation de leurs enfants”. À l’inverse “les petits délinquants, issus de fractions plus précarisées des mêmes milieux, adoptent plus volontiers des comportements de provocation à l’encontre des agents des institutions qui encadrent leur existence (école, police, etc.) qu’ils ne manifestent un engagement pour une cause idéologique.” C’est en analysant les relations que ces mineurs entretiennent avec leurs familles, l’école et leurs groupes affinitaires, que les auteurs tentent d’éclairer ce paradoxe. À la lumière notamment du texte de Bourdieu sur “Les contradictions de l’héritage”, selon lequel “nombre de personnes souffrent durablement du décalage entre leurs accomplissements et les attentes parentales qu’ils ne peuvent satisfaire ni répudier”. « Les jeunes qui endossent une radicalité utopique sont bercés dans l’illusion que l’arbitraire social n’existe pas, et qu’à condition de bien travailler aucun plafond de verre ne s’opposera à leur ascension sociale », explique le journaliste, qui cite les sociologues : 

Les mineurs utopiques ont une perception faussée de leur situation sociale effective. Leur famille joue ici en quelque sorte le rôle d’un écran ou d’un voile. 

Mais quand leurs ambitions sont déçues, « le plus souvent lors de leur passage en seconde, ces jeunes des milieux populaires, dont 69 % ont au moins un parent immigré de première génération, s’engagent dans un projet politique et social alternatif à l’ordre existant » qui leur permet de remettre en cause “simultanément le modèle parental et le modèle républicain incarné par l’école”. 

Par Jacques Munier

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