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Autisme santé mentale

Les défis de l’autisme

5 min
À retrouver dans l'émission

C’est la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, l’occasion de faire le point sur l’approche de cette pathologie qui concerne un enfant sur cent, et sur l’action publique qui accuse en France un net retard.

Autisme santé mentale
Autisme santé mentale Crédits : C. Mazoyer - Maxppp

« Plusieurs plans nationaux ont été mis en œuvre depuis 2005 – rappelle Bernadette Roger dans l’hebdomadaire Le 1. Mais le retard français est tel qu’il ne pouvait pas se résorber en quelques années. Un quatrième plan va être annoncé mi-avril, élaboré à l’issue d’une grande concertation nationale, et dont les grandes lignes, pour l’inclusion ou le diagnostic précoce, vont dans le bon sens » estime la psychologue, professeure émérite à l’université de Toulouse-Jean-Jaurès, qui a créé et dirigé pendant quinze ans l’unité d’évaluation de l’autisme au CHU de Toulouse. 

La question centrale du diagnostic 

« Autrefois, on décrivait l’autisme et d’autres syndromes selon plusieurs catégories de diagnostic : autisme de Kanner, autisme atypique, syndrome d’Asperger… Aujourd’hui, on tend plutôt à situer chaque cas dans un continuum, un spectre qui envisage l’autisme selon plusieurs dimensions coexistantes : les troubles purement autistiques d’une part et, de l’autre, les troubles parfois associés comme la déficience intellectuelle, l’épilepsie ou les troubles psychiatriques. Le noyau dur de l’autisme, lui, touche aux troubles de la communication et de la relation à autrui, ainsi qu’à des comportements stéréotypés et répétitifs » résume la psychologue qui évoque les récentes recommandations de la Haute Autorité de santé : « un diagnostic le plus précoce possible, dès 18 mois, avec des tests standardisés, un bilan psychologique et neurobiologique et des entretiens avec la famille ; une prise en charge précoce également, privilégiant les approches cognitives, comportementales et développementales, afin de promouvoir les capacités de ces enfants à communiquer et s’adapter à leur environnement, mais aussi à développer leurs propres compétences. 

Car il ne faut pas résumer les personnes autistes à leurs seules déficiences. 

Du fait qu’il n’y a pas vraiment de traitement de l’autisme, la prise en charge précoce permet aux enfants de progresser, « de s’intégrer à l’école puis dans la société ». Mais cette question du diagnostic fait débat, comme le rappelle Céline Borelle dans le Grand dossier du magazine Sciences Humaines consacré à la psychologie. La sociologue rappelle que « certains pédopsychiatres considèrent le diagnostic comme une étiquette possiblement stigmatisante pour l’enfant ». Se rattachant notamment au courant de l’antipsychiatrie, ils estiment que « diagnostiquer, c’est rigidifier une réalité potentiellement évolutive et enfermer la personne dans un destin préformé ». 

Le lien avec les parents

Reste que pour les parents, malgré le choc que peut représenter l’annonce du handicap de leur enfant, et même s’il faut à la fois les ménager et leur ouvrir les yeux quand c’est nécessaire, poser un diagnostic précoce, c’est gagner du temps. Marie Dominique Amy, psychologue clinicienne et psychanalyste, publie chez Érès un ouvrage spécialement dédié aux parents, car leur rôle est essentiel dans la thérapie aux côtés des professionnels. Pour les parents des enfants autistes – c’est son titre – commence par détailler les principaux malentendus qui peuvent surgir entre eux et les soignants, notamment le défaut de diagnostic sur un enfant auquel « il ne manque que la parole »… La fondatrice et présidente de la CIPPA (Coordination internationale de psychothérapeutes psychanalystes et membres associés s’occupant de personnes avec autisme) plaide pour une « politique de réseau » qui maintienne le lien et le suivi entre les différentes institutions prenant en charges les autistes, en particulier aux différents âges de leur vie. Son livre est rempli d’études de cas, qui témoignent de l’extraordinaire diversité de comportements des enfants, et laisse entrevoir la variété des réponses de la part des thérapeutes, ainsi que leur capacité d’écoute et d’adaptation. Le petit Rodolphe se plonge dans un sommeil profond devant chaque situation nouvelle ou conflictuelle. Un jour, en séance, Marie Dominique Amy l’entend fredonner le début d’Une petite musique de nuit de Mozart. Elle se met à fredonner avec lui, et pour la première fois, il ouvre un œil, la regarde et s’assoit. Sa mère lui apprend qu’elle l’a joué au piano pendant toute sa grossesse. Dès lors cette petite musique est devenue un lien. Et puis « certains mots, certaines mimiques sont apparus »… La psychothérapeute en conclut l’importance du partenariat avec les parents. Mais la sensibilité des autistes à la création artistique et en particulier à la musique est un fait largement documenté. 

À quoi pensent les autistes ?

Dans un beau livre publié chez Gallimard sous le titre À quoi pensent les autistes ? le pédopsychiatre et psychanalyste Martin Joubert insiste sur la créativité de ces enfants bloqués dans leur processus d’identification aux autres et à leur monde. La finesse de ses observations, sa capacité d’écoute et d’adaptation – voire de mise en cause personnelle – font de cet essai un étonnant viatique à la découverte des mondes parallèles de l’autisme.

Par Jacques Munier

Pour aller plus loin :

Approches plurielles des autismes– II Numéro 14 - Revue annuelle Sous la direction de Graciela C. CRESPIN (Erès)

AUTISME ET MUSIQUE Un duo harmonieux, par Raymond Bossut, Françoise Dorocq (L’Harmattan)

L'association APTE a pour objectif d'apprendre le piano aux personnes touchées par l'autisme, à travers une méthode particulière : la méthode DOLCE.

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