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La motivation est une dynamique qui se construit et se travaille.

Rentrée scolaire : qu’est-ce qui détermine la réussite - ou l'échec - des élèves ?

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C’est la rentrée pour près de 12 millions et demi d’élèves et un million d'enseignants, personnels éducatifs et administratifs. Et comme chaque année, l’occasion d’une réflexion sur le modèle éducatif…

La motivation est une dynamique qui se construit et se travaille.
La motivation est une dynamique qui se construit et se travaille. Crédits : AFP

Le mensuel Sciences Humaines publie un grand dossier sur le sujet : « Réussir à l’école ». Héloïse Lhérété, qui l’a coordonné, rappelle que « de la sociologie aux sciences cognitives, tous les champs de l’éducation instruisent la même question : qu’est-ce qui fait réussir ou échouer les élèves ? La sociologie porte plutôt la focale sur le poids du milieu social ; les psychologues s’intéressent aux ressorts personnels de la performance (motivation, persévérance, confiance en soi, affectivité) ; les cognivistes prétendent décrypter les circuits neuronaux de l’apprentissage ; les pédagogues mettent l’accent sur le rôle et les méthodes de l’enseignant… » Et elle relève l’émergence de problématiques très concrètes, au croisement de ces différentes disciplines : comment transmettre le goût de l’effort, ou nourrir la confiance en soi et la persévérance. Martine Fournier a fait le tour de la littérature concernant la motivation : fruit de l’interaction entre des facteurs individuels, familiaux et sociaux, elle est une dynamique « qui se construit et se travaille ». Pour les psychologues Edward Deci et Richard Ryan, il faut distinguer les motivations intrinsèques – le goût, la curiosité – des motivations extrinsèques – obtenir une récompense en faisant plaisir à ses parents. Selon eux, seules les premières conduiraient à un apprentissage durable. D’autres, comme Albert Bandura, mettent en avant le rôle de la confiance en soi, qui stimulerait le goût du défi personnel. Le neuropsychologue Stanislas Dehaene identifie quatre fonctions majeures de l’apprentissage : l’attention, l’engagement actif, le retour sur erreur et la consolidation. « Un enfant actif qui se trompe apprend de ses erreurs alors qu’un enfant passif n’apprend rien. » Antonio et Hanna Damásio insistent sur le rôle des émotions positives, qui nous guideraient dans la meilleure manière de satisfaire curiosité et plaisir d’apprendre. 

La production de cortisol induite par le stress, lorsqu’elle est fréquente, attaque les neurones de l’hippocampe, région cérébrale essentielle pour l’apprentissage, la mémorisation et la régulation émotionnelle. (Catherine Gueguen , pédiatre)

Maël Virat, psychologue à l’École nationale de protection judiciaire de la jeunesse, relève à contrario que « les comportements de soutien des enseignants (attention, encouragements, intérêt pour le point de vue de l’enfant…) sont fortement associés aux manifestations de sécurité affective des enfants et constituent « un puissant levier scolaire ». 

Revaloriser le métier d'enseignant

Les enseignants auront été le principal sujet de la conférence de rentrée du ministre de l’éducation nationale, mouvement social oblige. Dans le grand entretien avec Jean-Michel Blanquer que publie l’hebdomadaire Marianne, il insiste sur la revalorisation du métier, notamment en termes de rémunération. Les profs français sont parmi les plus mal lotis dans les pays de l'OCDE, gagnant moins de la moitié que leurs collègues allemands et moins qu'aux Etats-Unis, au Japon, en Espagne ou en Italie. La paupérisation entame leur statut et leur crédit social, elle nuit par contrecoup à leur autorité. Le ministre aborde également la question de la formation des enseignants et il cite L’âme désarmée. Essai sur le déclin de la culture générale d’Alan Bloom, où il relève « des passages sur la France extrêmement intéressants puisqu’il décrit notre capacité à développer l’esprit critique par une fréquentation des grands auteurs » Jean-Michel Blanquer estime avoir opéré un rebond par la rigueur méthodologique « imprimée dans les petites classes et dans les programmes de français, au lycée ». Ce qui devrait « rétroagir sur la formation des professeurs ».

Une chaîne subtile d’inégalités

Pour François Dubet, sur le site AOC, c’est le sort des exclus de la sélection scolaire qui, en se dégradant, « a engendré colères et frustrations, affaiblissant sensiblement la confiance dans les valeurs démocratiques portées par l’école ». Le sociologue observe que « la longue période de massification scolaire ouverte au début des années 1960 n’a pas tenu toutes ses promesses », en particulier le postulat de l’égalité des chances et l’idée d’une éducation émancipatrice, développant l’esprit critique et élevant le niveau culturel de la population. « Il suffit d’observer les succès de l’autoritarisme, du nationalisme et de la démagogie pour s’en convaincre », assène-t-il.

Il dénonce les parcours de sélection, qui constituent « un mécanisme d’agrégation des petites inégalités ». Son verdict : « Alors que les inégalités scolaires semblaient résulter directement de la structure des inégalités sociales, elles procèdent désormais de l’accumulation et de la répétition des petites inégalités entre les élèves. » Selon lui, ce ne sont pas « des leçons et des cours bien pensés » qui « suffiront à produire des citoyens éclairés. Les élèves doivent faire des expériences démocratiques, travailler ensemble, participer à la vie de l’établissement », pour redonner un sens concret au slogan usé d’une communauté éducative.

Par Jacques Munier

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