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Le nouveau gouvernement, 01/06/2018

L’Italie, « laboratoire » de la démocratie ?

5 min
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Le pays coutumier des « crises de gouvernement » vient-il d’adopter le chemin le plus court vers l’instabilité politique ?

Le nouveau gouvernement, 01/06/2018
Le nouveau gouvernement, 01/06/2018 Crédits : AFP

Si l’Italie peut être considérée comme un « laboratoire » de la démocratie, ce serait en l’occurrence celui du docteur Faust. Courrier international publie une revue de la presse italienne sur la formation du nouveau gouvernement. Il Sole-24 Ore observe que les résultats ont dessiné « une carte électorale coupée en deux : au Nord, traditionnellement plus prospère, la Ligue a séduit avec des promesses de baisses d’impôts et un discours anti-immigration. Au Sud, plus pauvre et miné par le chômage et l’émigration des jeunes, le Mouvement 5 étoiles a tablé sur la proposition d’un revenu de base ». Les mouvements populistes, explique Il Fatto Quotidiano, « renvoient à la nostalgie d’un peuple uni et pur, à l’affirmation de son droit à exercer directement le pouvoir (éventuellement en se choisissant pour ventriloque un chef plus ou moins charismatique), au rejet des intermédiations, des institutions, de la représentation, et enfin, à l’identification d’ennemis à combattre sans relâche parce qu’ils usurpent les prérogatives du peuple et lui soutirent sa souveraineté. » Pourtant – souligne Erri de Luca dans L’Obs – la coalition hétéroclite qui a pris le pouvoir ne peut pas être considérée comme l’expression directe de la volonté populaire : la Ligue et le M5S « ne sont en aucun cas des forces qui ont remporté les élections, mais deux tronçons qui passent une alliance de circonstance, en dehors de tout programme ». Un autre écrivain italien évoque dans l’hebdomadaire le « minestrone, une grosse soupe qui mixte des idées potentiellement dangereuses ». Un autre écrivain, Roberto Saviano, dénonce dans le projet politique de la coalition « une terrible absence : un projet de développement concret pour le Mezzogiorno, le sud de l’Italie ». La promesse de revenu minimum de près de 1000 euros par mois, même en cas d’improbable réalisation, ne pourrait – selon lui – empêcher « le Sud de couler à pic ». Et il raille le mode de communication de la nouvelle classe politique : « la perche à selfie. Quoique fassent et annoncent les leaders populistes, ils se font d’abord un selfie », comme Matteo Salvini après que le président Mattarella a rejeté sa proposition pour le ministère de l’Économie, pour déclarer sa « colère »… Quoiqu’il en soit, c’est désormais sur les actes que l’on jugera le gouvernement et Roberto Saviano alerte d’ores et déjà sur les conséquences de certaines mesures comme la flat tax (impôt à taux unique) sur les revenus de l’épargne, qui « frapperaient de plein fouet les couches moyennes ». 

Le "laboratoire de la démocratie"

« Il flotte, dans l'histoire de la démocratie italienne, une sorte d'impuissance, ressentie comme une fatalité, à régir la vie du pays avec les instruments propres à une démocratie moderne » affirme Simonetta Greggio dans Le Monde. La romancière le rappelle : « Depuis ma plus tendre enfance, les mots " crise de gouvernement " sont une ritournelle à laquelle je me suis habituée, ainsi que tous les Italiens. Si mes comptes sont bons, nous en sommes à la 83e depuis la fin de la guerre. » Et d’égrener les motifs de mécontentement des Italiens : « La pauvreté insidieuse et rampante. Le chômage des jeunes, surtout dans le Sud. Un système universitaire complexe et mal adapté aux besoins des chercheurs. Le calvaire des petites et moyennes entreprises, soumises aux tracas administratifs d'une bureaucratie périmée. La malasanità, un système hospitalier disloqué entre privé et public, déséquilibré entre le Nord et le Sud. » Celle qui s’apprête à publier une biographie d’Elsa Morante (à paraître le 22 août chez Flammarion) en appelle à la France et à l'Europe afin qu’elles « écoutent, et viennent en aide à ce pays compliqué et merveilleux que l'on a souvent appelé le " laboratoire " de la démocratie ». Car « ce qui arrive en Italie aujourd'hui peut arriver, demain, partout ». Les écrivains sont de fins observateurs de leurs sociétés, ainsi que des diffuseurs et pourvoyeurs d’idées. Comme le rappelle Elena Musiani dans son livre sur la formation de l’unité italienne (Faire une nation. Les italiens et l’unité XIXe-XXIe siècle. Folio histoire), c’est Leopardi qui a le mieux défini le sens du mot Risorgimento dans un poème éponyme où il associait à la Renaissance le mythe chrétien de la résurrection. Le thème politique qui émerge au long du XIXe siècle, celui à la fois d’une indépendance et d’une unité du vieux pays, s’est constamment nourri de la contradiction entre une culture de haute époque – héritage romain et humanisme de la Renaissance – et d’une fragmentation des identités, des langues et des pouvoirs des cités-États. Et ce, malgré une culture matérielle forte de « ses marchands, ses réseaux commerciaux, l’habileté de ses hommes d’affaires ». L’intérêt de l’enquête historique d’Elena Musiani est de montrer que le mouvement du Risorgimento est un processus inachevé, et toujours en cours. Le jugement de Taine, au cours de son voyage à Rome, sur l’Italie « divisée en trois morceaux » semble encore d’actualité. Et le Risorgimento demeure à ce jour « la fabrique des italiens ».

Par Jacques Munier

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