LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
L’École de médecine d'Alger, 3 mars 2019

Algérie : le jour en trop

5 min
À retrouver dans l'émission

D’importantes manifestations se sont déroulées partout dans le pays pour s’opposer au cinquième mandat du président sortant, lequel a confirmé sa candidature, assortie de quelques concessions.

L’École de médecine d'Alger, 3 mars 2019
L’École de médecine d'Alger, 3 mars 2019 Crédits : AFP

La tenue d’une conférence nationale en vue d’adopter des réformes institutionnelles, économiques et sociales, l’organisation d’une élection présidentielle anticipée où le président s’engage à ne pas être candidat, ainsi que « l’élaboration et l’adoption par référendum populaire d’une nouvelle constitution ». On verra comment les Algériens réagiront à cette demi volte-face… Mais comme le soulignent Amir Akef et Charlotte Bozonnet dans Le Monde, l’hypothèse d’un renoncement n’était pas publiquement envisagée par le régime dont l’essentiel des acteurs, « oligarques du Forum des chefs d’entreprise, le syndicat UGTA, une noria de partis politiques dont les deux formations de la majorité présidentielle – le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND) –, sont embarqués dans le « vaisseau Bouteflika ». Tellement liés aux vingt années de sa présidence et aux intérêts y afférant qu’ils feront tout pour sauver le statu quo. » Quant à l’opposition, qui va de l’extrême gauche aux islamistes, elle n’a pris aucune part à la contestation, qui semble l’avoir pris de court. Elle avait tenté en vain de se mettre d’accord sur un candidat unique. Deux tendances en son sein à l’égard des élections : « ceux qui appellent au boycott des élections, comme le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et le Front des forces socialistes (FFS), deux partis historiques » qui estiment que les manifestations « ne visent pas uniquement la candidature de M. Bouteflika mais répondent à une profonde exigence de changement ». Pour eux, « la pression populaire ouvre une fenêtre d’opportunité qui permettrait de sortir de l’agenda du pouvoir et d’exiger, non pas un scrutin présidentiel, mais l’élection d’une assemblée constituante ». Dont acte, apparemment, dans la lettre présidentielle. Le site de l’hebdomadaire Le Point rappelle les quatre autres candidats en lice - 9 à ce jour : Abdelaziz Belaïd, 55 ans, transfuge du FLN, qui a recueilli 3% des voix à la présidentielle de 2014. Un ancien ministre du Tourisme, Abdelkader Bengrina, président du mouvement islamiste El Bina et deux quasi inconnus Ali Zeghdoud, président du « microscopique » Rassemblement algérien et Abdelkrim Hamadi, indépendant. Autant dire qu’une nouvelle fois, cette élection est jouée. 

Economie et politique de rente

Sur le site d’information et d’analyse AOC, Pierre Puchot souligne que, contrairement à ce qu’on peut entendre dans la plupart de nos medias, « l’Algérie n’est pas ce corps social inerte qui subirait, sans bouger, le régime d’un président malade, et se réveillerait soudain fin février 2019, à deux mois de l’élection présidentielle. Tout ou partie du pays a manifesté ces dernières années dès le printemps arabe, et même avant lui, dès 2010. Mobilisations des enseignants, des médecins et personnels des hôpitaux – dont on se rappelle les défilés particulièrement fournis en plein centre d’Alger – des avocats, des journalistes, de toute une région (la Kabylie, le Sud…). » Face à ces mouvements, la réponse du pouvoir a toujours été la même : un mélange de répression, de renoncements « et une série d’annonces aux portées financières considérables pour le pays ». Comme ce « programme baptisé Ansej à destination des jeunes » qui « coûta chaque année au régime plusieurs dizaines de milliards d’euros » et « permit un temps aux Algériens qui le souhaitaient de récupérer jusqu’à 100.000 euros pour fonder une hypothétique entreprise, sans qu’aucune contrepartie sérieuse ne soit exigée. Beaucoup ont disparu avec l’argent sans demander leur reste. » Une rente pour « compenser la colère et la vacuité d’un pays incapable d’offrir une perspective à sa jeunesse » et qui est désormais à bout de souffle. 

En Algérie, le kw/heure est facturé de quatre à cinq fois moins cher qu’au Maroc. Et la consommation intérieure ne fait qu’augmenter, de 10 % en moyenne par an pour le carburant. A tel point que, malgré l’importance de réserves d’hydrocarbures qui fondent il est vrai à vue d’œil, l’Algérie est obligée d’en importer pour répondre à la demande intérieure croissante. Près de 3 milliards par an en moyenne depuis 2011 selon les données officielles. Un système ruineux qui conduit le pays à la banqueroute. 

Pour le spécialiste du Moyen-Orient, « Bouteflika symbolise aujourd’hui une Algérie de l’indépendance qui n’a pas tenu ses promesses. Face aux derniers moudjahidin, deux générations manifestent ensemble à travers tout le pays, concomitamment et non pas uniquement pour des revendications sectorielles. L’une, exclue de l’histoire, l’autre, pour ne pas subir le même sort. » Dans Les Echos Dominique Moïsi relève que « les Algériens ont déjà commencé à voter, pas dans les urnes, mais avec leurs pieds. En 2017-2018 des Algériens en grand nombre ont demandé des visas pour aller vivre en France. Puisqu’il leur est impossible de changer le régime, il leur faut se résigner à changer de pays. L’Algérie à ce rythme manquera cruellement de médecins, d’avocats, d’enseignants, parce que ce sont souvent les plus éduqués qui partent. »

Par Jacques Munier

Chroniques
6H45
11 min
Les Enjeux internationaux
Pologne : Après Gdansk, le pari de la tolérance peut-il gagner en 2019 ?
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......