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Une cellule à la Santé

9 m2 à la Santé

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La maison d’arrêt parisienne ouvre ses portes aujourd’hui après quatre ans et demi de travaux.

Une cellule à la Santé
Une cellule à la Santé Crédits : AFP

Elle n’accueillera dans un premier temps que quatre-vingts personnes venues de Fresnes et de Fleury-Mérogis. Des détenus triés sur le volet, sélectionnés parmi les candidats au transfert et qui viennent pour travailler dans les services généraux (cuisines, distribution des repas, entretien des bâtiments, etc.). « Mais pour cette première semaine ici, ils referont le ménage de fond en comble », prévient la directrice de la prison. Et comme l’indique Jean-Baptiste Jacquin dans Le Monde.fr, « le seuil des 100 % d’occupation de cet établissement conçu pour huit cents détenus, dont cent sous le régime de la semi-liberté, devrait être atteint avant l’été ». Réaliste, la nouvelle directrice table sur une occupation de 150% - la moyenne nationale, alors que certains établissements dépassent les 200%. Car on a surpassé le nombre record de la seconde guerre mondiale avec plus de 71 000 détenus. Parmi eux, le tiers est en attente de jugement. Celle qui dirigeait auparavant la maison d’arrêt des Baumettes à Marseille a décidé de commander des lits superposés pour remplacer dans la moitié des cellules le lit individuel prévu pour les équiper. Margot Hemmerich et Charles Perragin ont rencontré pour l’hebdomadaire Marianne les architectes chargés de la rénovation à la Santé : en centre ville, elle « a surtout porté sur une réorganisation : ajouter des cours de promenade, agrandir les parloirs et les coursives, mieux intégrer la porte d'entrée dans le paysage urbain et introduire des espaces végétalisés, sans pousser les murs ni se débarrasser de l'ancien panoptique central ». D’une manière générale, ces professionnels soulignent le paradoxe de « maximiser dans le même temps l'apaisement en détention et la sécurité ». Le cahier des charges du dernier plan lancé en 2002 s'est alourdi et complexifié. « Il faut de la lumière, des vues sur l'extérieur, de la covisibilité entre agents, des ambiances diversifiées, du verdissement, des équipements durables dont la maintenance est aisée. Mais il faut également ralentir les détenus, les protéger, les confiner, les surveiller, pouvoir alerter et intervenir rapidement ». Un vrai casse-tête… « Rassembler tout en séparant. Une contradiction qui a logiquement engendré des modes de fonctionnement rigides, où la prise en compte de la spécificité des différentes populations carcérales est quasi impossible » résument les journalistes de Marianne, qui citent un rapport de 2013 du contrôleur général des lieux de privation de liberté : les prisons« font peser sur les personnes un a priori de dangerosité. […] 

Le choix architectural des centres pénitentiaires a d'abord pour conséquence de produire des établissements de très grandes dimensions - avec un dispositif général de sécurité uniformément appliqué malgré la cohabitation de populations pénales différentes - et d 'aspirer la détention vers le régime correspondant au niveau de sécurité le plus élevé. 

L'un des architectes ayant participé au plan pénitentiaire de 2002 déplore que certaines zones de la détention, comme les ateliers de travail, soient parfois conçues indépendamment de l'usage. « On nous demande des ateliers avec une surface codifiée a priori. Il faut tant d'ateliers de 125 m2. Pour faire quoi ? Pourquoi pas 250 ? Pourquoi pas un étage ? On ne sait pas, mais c'est non. On préfère adapter la fonction à la forme plutôt que de penser un lieu de travail adapté à l'économie locale du lieu d'implantation de la prison. » Il vient de livrer un centre pénitentiaire avec un atelier de 2 000 m2, où seuls huit détenus travaillent et l’architecte dénonce le fait que le personnel pénitentiaire qui « vit la détention » ne soit pas assez consulté dans la conception des prisons. Dedans Dehors, la revue de l’OIP (Observatoire international des prisons) consacre un dossier à l’impact de l’incarcération sur les proches des détenus : conjoints, enfants ou parents. « Le maintien des liens familiaux, condition fondamentale de la réinsertion des personnes placées sous main de justice et de la prévention de la récidive, est une des principales missions de l’administration pénitentiaire », affirme le ministère de la Justice. Et pourtant, ce droit fondamental est quotidiennement malmené. Ne pas pouvoir assister à la naissance d’un enfant, apprendre la mort d’un parent des semaines plus tard, subir les conséquences brutales de la perte d’un salaire lorsqu’on est le conjoint d’un détenu, faire des kilomètres pour une visite au parloir – près d’une personne sur quatre réside à plus de 100 km de la prison dans laquelle son proche est incarcéré… « Mon petit-fils a quatre ans, il a déjà fait trois fois le tour de la terre en nombre de kilomètres, rien que pour les visites à son père » témoigne la mère d’un détenu basque condamné pour des infractions en lien avec le terrorisme. Résultat : « seulement un quart des condamnés à une peine de plus de cinq ans ont une visite hebdomadaire. »  Le Genepi est une association d’étudiants « qui milite pour le décloisonnement des institutions carcérales par la circulation des savoirs et des témoignages entre les personnes enfermées, les bénévoles et la société civile ». Elle vient de perdre la subvention allouée par l’administration pénitentiaire. Le dernier numéro de la revue qu’elle édite Passe-murailles est consacré au mitard. Un lieu barbare dont l’association réclame la disparition dans les projets de construction de nouvelles prisons.

Par Jacques Munier

A lire aussi : Les Cahiers dynamiques, revue professionnelle de la Protection judiciaire de la jeunesse. Travail avec les familles : de nouveaux enjeux

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