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La Maison Blanche, 24 avril 2018

Macron, un an après

5 min
À retrouver dans l'émission

Dans la presse, c’est l’heure du bilan après un an d’exercice du nouveau président.

La Maison Blanche, 24 avril 2018
La Maison Blanche, 24 avril 2018 Crédits : L. Marin - AFP

En matière d'image, résume Gérard Courtois dans Le Monde – qui consacre au bilan un dossier complet de 8 pleines pages – « si d'indéniables qualités lui sont reconnues (énergie, modernité, présidentialité notamment), le chef de l'Etat souffre, aux yeux d'une majorité de Français (53  %), de ne pas " bien comprendre " leurs problèmes. Au plan sociologique, le déséquilibre s'est creusé depuis un an entre une France populaire qui le juge de façon critique et une France aisée plus positive. Au plan politique, enfin, le candidat centriste – ou central – de mai  2017 est devenu un président nettement situé à droite par les Français ». C’est la principale leçon que le journaliste tire de l'enquête menée par Ipsos-Sopra Steria du 25  avril au 2  mai, pour le Centre de recherche de Sciences Po (Cevipof), la Fondation Jean-Jaurès et Le Monde. Avec en préambule cette observation que le président « résiste bien – mieux en tout cas que ses prédécesseurs immédiats – à l'usure du pouvoir après un an de mandat ». 

Un monde où l’on pourrait se passer de la politique

Dans les pages Débats & analyses du quotidien, Olivier Mongin estime que Macron « a cédé du terrain » par rapport à ses convictions de départ. « L'histoire contemporaine bat de l'aile sur le plan démocratique, et les progrès économiques et techniques ne sont pas nécessairement des facteurs de progrès social et de solidarité. » Dans ce contexte, l’ancien directeur de la rédaction de la revue Esprit observe « un décalage entre une politique " hexagonale " indissociable d'un " train de réformes " mené à bride abattue, et une volonté d'agir à l'échelle européenne et mondiale. On a l'impression d'un repli sur l'Hexagone, un réformisme forcené de l'exécutif étant pour lui la condition d'une politique européenne que ses discours ont mis en avant, alors qu'il doit tenir compte de la marginalisation politique de Merkel. » Et à propos des mouvements sociaux, Olivier Mongin ajoute que « l'action politique démocratique doit rendre possible une conflictualité pacifiée. C'est le fameux " consensus conflictuel " de Ricœur. » Dans le magazine Society, Vincent Martigny souligne que « les électeurs qui ont voté pour Macron au 1er tour – dont plus de la moitié ayant voté pour François Hollande au premier tour de 2012 – pensaient élire un candidat de centre gauche, et ils se réveillent avec le programme d’Alain Juppé en 1995 ! » Le politologue évoque la relation à l’ordre qui caractérise le président, alors que notre pays entretient historiquement avec le désordre une relation ambivalente : point trop n’en faut, « mais c’est quand même l’origine de la Révolution française, des luttes sociales »… Il rappelle que le modèle autoritaire du système présidentiel de la Ve République « a été fondé par et pour le général de Gaulle à un moment où la France avait besoin d’être reconstruite », alors qu’aujourd’hui émerge dans la société « un désir de plus d’horizontalité, de plus de participation, de plus de co-construction des politiques publiques et de la décision », c’est particulièrement manifeste à l’échelle locale. Et il analyse chez Macron, derrière « la tentation d’un gouvernement des meilleurs », le fantasme post-démocratique « d’un monde où l’on pourrait se passer de la politique ». Or, un précédent comme le virage techno-libéral de Blair et Shröder à la fin des années 90, montre qu’il est concomitant de l’essor des populismes en Europe… 

Le "storytelling" macronien

« Plus vous singez l’Autorité, plus vous serez infantilisé. Plus vous vous moulez dans la Forme, plus vous serez humilié par elle » résume Christian Salmon dans Mediapart, en se référant à Gombrowicz et sa fascination pour « le paradoxe de l’immaturité », à propos du « reality-show » mondial de Macron chez Donald Trump. « Celui qui croyait avoir bâti un rapport de force sur une poignée de mains fut traité tel le candidat d’une émission de télé-réalité, traîné devant les caméras comme un garçon timide, cajolé en public comme un enfant, épousseté de ses pellicules et de ses calculs avant d’être présenté devant le jury des médias. » Le spécialiste du storytelling prend prétexte de l’intrusion du candidat devenu président dans le grand show trumpien intitulé « Diriger le monde », pour analyser l’éviction du politique « au nom d’une révolution technologique, celle des big data et du gouvernement des algorithmes, qui est en train de confisquer l’espace même du possible, neutralisant ainsi toute possibilité de symbolisation… » C’est sans doute pourquoi le promoteur de la « start-up nation » a décidé d’ajouter une touche de romanesque à son image en s’entretenant avec Michel Crépu dans la dernière livraison de la NRF… « Emmanuel Macron cherche à l’évidence à construire un pouvoir charismatique en héroïsant son destin personnel et en faisant du romanesque le cœur de l’aventure politique. Ce qui n’est ni sa place, ni son rôle », commente, tranchant, Christian Salmon. « Les Français sont malheureux quand la politique se réduit au technique, voire devient politicarde. Ils aiment qu’il y ait une histoire. J’en suis la preuve vivante ! » affirme le président dans l’exercice improbable consistant à en appeler au « tragique » pour redonner du sens à la politique. En particulier – poursuit-il avec des accents lyriques – en Europe, « ce vieux continent de petits-bourgeois se sentant à l’abri dans le confort matériel ». 

Par Jacques Munier

Des extraits de l'entretien de la NRF avec Emmanuel Macron dans Le Monde

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