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De la fumée s'échappe de la ville de Douma, dans la Ghouta orientale.

"Dangereusement toxique"

5 min
À retrouver dans l'émission

Une nouvelle fois, les témoignages d’une attaque chimique en Syrie se multiplient.

De la fumée s'échappe de la ville de Douma, dans la Ghouta orientale.
De la fumée s'échappe de la ville de Douma, dans la Ghouta orientale. Crédits : AFP

Alors que Douma, dans la région de La Ghouta près de Damas, est sur le point de tomber, une attaque aux gaz toxiques du régime syrien sur la ville rebelle suscite une indignation internationale, des Etats-Unis à la Turquie en passant par le pape François. Le site de L’Obs évoque le communiqué commun de l'ONG Syrian American Medical Society, et des Casques Blancs – des secouristes en zone rebelle – qui affirment que des dizaines de personnes ont péri dans cette attaque. 

Ils font également état de "plus de 500 cas, la plupart des femmes et des enfants", qui présentent "les symptômes d'une exposition à un agent chimique". Les patients souffrent de "difficultés respiratoires", de "brûlures de la cornée" et dégagent "une odeur semblable à celle du chlore".

Le département d'Etat américain estime que « Ces informations, si elles sont confirmées, sont effroyables et exigent une réponse immédiate de la communauté internationale », ajoutant que « La Russie, avec son soutien sans faille au régime, porte la responsabilité finale de ces attaques brutales ». Devant des milliers de fidèles rassemblés place Saint-Pierre, le pape a déclaré que « rien ne peut justifier l'usage de tels instruments d'extermination contre des personnes et des populations sans défense » 

La poliorcétique

Dans Le Monde, Rémy Ourdan élargit la focale à une tactique d'encerclement utilisée de façon systématique contre les rebelles et les populations civiles en Syrie. « Employée depuis l'Antiquité, elle a, pour la première fois, été considérée comme un crime contre l'humanité après le siège de Sarajevo. » Après des années d'encerclement et de bombardements sur l'enclave de la Ghouta orientale, « le plus vaste siège militaire de la guerre de Syrie, du point de vue de son ampleur géographique, est en train de s'achever ». « Rarement guerre contemporaine aura autant marqué un retour en force de la tactique du siège que le conflit syrien – souligne le journaliste. Les forces gouvernementales, appuyées par leurs alliés iraniens et russes, ont usé systématiquement de cette tactique militaire contre la rébellion et les populations ayant soutenu la révolte face au pouvoir de Bachar-Al-Assad. Il y eut, au plus fort du conflit, jusqu'à 59 villes, villages et enclaves assiégés. Des sièges ont duré de longues années, et certains durent encore. » Le correspondant de guerre fait l’historique de la poliorcétique, la technique du siège, terme utilisé autant pour l'attaque de l'assiégeant que pour la défense de l'assiégé. 

" C'est la famine qui triomphe "

Depuis les anciens Egyptiens, les Grecs, les Romains, les Mongols et les Ottomans et d'Alexandre à Saladin, ou des Vikings aux croisés, la tactique est appréciée par les stratèges. La seconde guerre mondiale et son bilan modifient le regard porté sur elle : le terrible siège de Leningrad, où la moitié des 2 millions de morts furent des civils, ouvrent les yeux sur l’exorbitant « coût humain payé par les populations pour des batailles entre soldats ». Les conventions de Genève de 1949 n'interdisent pas le siège en soi, « mais elles changent si radicalement les lois de la guerre en faveur de la protection des civils que la technique du siège devient presque impossible à mettre en œuvre sans commettre de crimes de guerre ». Obligation est faite de distinguer civils et combattants et le droit humanitaire international « interdit d'attaquer des civils, d'utiliser la famine et de détruire ce qui est indispensable à la survie, ou d'empêcher les secours de porter assistance aux assiégés ». Or c’est exactement ce qui s’est passé en Syrie depuis sept années que dure la guerre : populations affamées, hôpitaux, écoles, boulangeries industrielles visées, chantages exercés à l’égard de la communauté internationale en interdisant ou en autorisant le passage des convois d'aide humanitaire : il s’agit non seulement d’étrangler les combattants et défenseurs mais de punir les populations. À cela s’ajoutent les attaques chimiques... 

« Dangereusement toxique »

« Dangereusement toxique », c’est le titre de l’édito signé Patrick Saint-Paul dans le Figarovox : « Un parfum de guerre froide flotte à nouveau sur les relations Est-Ouest. Dans une diatribe d'un autre temps, Moscou dénonce l'affaire Skripal comme une "provocation grotesque", mettant en garde contre une nouvelle baie des Cochons. » Après l’invasion de l'Ukraine, l’annexion de la Crimée, l’intervention en Syrie « les coups de poker audacieux et parfois cyniques de Poutine n'ont cessé d'éprouver les relations ». Alors qu’il aurait pourtant besoin de se rapprocher du monde extérieur pour sortir l'économie russe du marasme, l'empoisonnement d'un ex-agent russe à Londres a exacerbé les tensions. Courrier internationalrelaie l’article du Guardian qui révèle que l’avocat russe Boris Kuznetsov aurait remis à des diplomates britanniques des analyses chimiques sur l’agent neurotoxique de la famille Novichok, mis en cause dans l’empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille Yulia. Le document concerne « le meurtre du banquier russe Ivan Kivelidi et de sa secrétaire en 1995. Un meurtre commis au moyen d’une substance issue du programme Foliant, diffusée dans les combinés téléphoniques des deux victimes ». Si les deux poisons se révèlent identiques, « cela montrera que la tentative de meurtre s’est faite avec l’assentiment du gouvernement russe ». Lequel a nié « que la Russie ait jamais développé un agent neurotoxique nommé novichok ». Argument sémantique qui montre que les rapports entre Moscou et l'Occident semblent « plus volatils que jamais ».

Par Jacques Munier

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