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Présidentielle 2007

Les politiques et leur image

5 min
À retrouver dans l'émission

Retour sur la baisse de popularité du président en cette rentrée, telle qu’elle est mesurée par différents sondages

Présidentielle 2007
Présidentielle 2007 Crédits : R. Dugne - Maxppp

Bruno Cautrès se demande, sur le site d’information et d’analyse AOC, ce que mesure au juste la popularité. Si la méthodologie des enquêtes d’opinion ne varie guère d’un institut de sondage à l’autre, ceux-ci n’utilisent « pas les mêmes indicateurs de cette popularité ». L’institut Elabe enregistre « la confiance dans Emmanuel Macron pour affronter efficacement les principaux problèmes qui se posent au pays », alors que d’autres utilisent des indicateurs plus indéterminés, comme l’IFOP, la satisfaction générale, BVA une opinion d’ensemble et Yougov le « jugement porté sur l’action du président de la République » sans le nommer. Le politologue souligne la difficulté d’interpréter ces résultats de manière globale, en les additionnant pour produire un « pourcentage de popularité ». D’où l’importance d’examiner les réponses aux « questions ouvertes », qui permettent aux personnes sondées de préciser leur opinion au-delà des questionnaires binaires ou en quatre points, comme : « tout à fait, plutôt, plutôt pas ou pas du tout satisfait ». Par exemple, dans l’enquête sur le bilan d’image d’Emmanuel Macron un an après son élection, BVA demandait si l’on soutenait ou s’opposait à l’action du président « mais proposait également une modalité de réponse intermédiaire (« Vous attendez de voir quels seront les résultats de l’action menée par Emmanuel Macron et le gouvernement avant de vous prononcer »). 41% des personnes interrogées choisissaient cette option, « manifestant ainsi un élément fondamental de la structure de la popularité d’Emmanuel Macron : la proportion de Français toujours incertains quant à leur jugement sur lui et qui attendent de voir les résultats ». Dans les sondages de cette rentrée, Bruno Cautrès relève que si « les opinions positives créditent sa volonté d’aller au bout de ses réformes et sa stature présidentielle, les opinions négatives sont plus diversifiées et touchent aux politiques mises en place (« président des riches ») mais aussi à plusieurs facettes de l’image présidentielle (« arrogance », « hors sol », « monarque », entre autres) ». Celles-ci lui collent d’ailleurs à la peau depuis la campagne présidentielle. Dans la dernière livraison de la revue Langage&Société, consacrée à la réparation d’image dans le discours de campagne, Keren Sadoun-Kerber analyse la prestation d’Emmanuel Macron dans L’Émission politique sur France2. À la question sur son patrimoine, le candidat répond d’abord par l’esquive en renvoyant à ceux de ses adversaires qui sont touchés par des affaires (Fillon et Le Pen, sans les nommer), puis il s’emploie « à déconstruire l’image du banquier d’affaires qu’on projette sur lui », et qui présuppose l’appât du gain, en affirmant qu’il n’est pas quelqu’un qui aime l’argent, sinon il n’aurait pas quitté le secteur privé. Mais rien sur les soupçons de favoritisme à l’égard des plus riches que ne manquait d’alimenter son programme, car il s’agissait en l’occurrence de « sauver la face »… L’analyse en termes de pragmatique du langage révèle aussi une grande maîtrise des différents registres d’interaction, selon qu’il s’adresse à un journaliste, un adversaire politique, ou à l’invité mystère François Ruffin, face auquel il campe une attitude paternaliste, conforme à la vocation présidentielle, en affectant de prendre ses « divers gimmicks (agenda, carte d’Amiens, slogan sur le T-shirt) avec le sourire, comme un père qui sourit aux blagues d’un enfant »… À l’inverse, l’analyse des discours de restauration de son image par François Fillon, analyse menée dans la revue par Magali Guaresi et Damon Mayaffre, révèle un télescopage dévastateur entre différentes stratégies de communication comme le déni et la mortification. Car « il est difficile de nier la faute en même temps que de s’excuser de l’avoir commise ». Or c’est ce que fait le candidat Fillon, notamment lors de son discours au Trocadéro. En minimisant la faute, en la désignant comme une « erreur », il condamnait le caractère performatif de l’excuse à l’insignifiance. Cela dit, l’image des politiques, c’est aussi tout simplement le portrait. Dans un ouvrage publié aux éditions De Boeck sous le titre Sémiotique du portrait, Anne Beyaert-Geslin décrypte la signification sous-jacente à la représentation du visage, depuis les origines jusqu’au selfie, et la dialectique subtile qu’elle instaure entre le « je », le « tu » auquel elle s’adresse et le « nous » qu’elle esquisse virtuellement. C’est particulièrement vrai du portrait des politiques, où il s’agit de construire une forme « d’iconisation du caractère », notamment sur l’affiche électorale. Greimas associait l’iconisation à « une procédure de persuasion véridictoire ». Et dans le chapitre Photogénie électorale de ses Mythologies, Roland Barthes distinguait la pose de face qui « accentue le réalisme du candidat », et la pose de trois quarts où « le regard se perd noblement dans l’avenir (…), domine et ensemence un ailleurs pudiquement indéfini ». Quelque part entre l’annonce et l’anticipation…

Par Jacques Munier

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