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Un soldat français engagé dans la coalition internationale contre Daech

Le retour des djihadistes

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Alors que l’assaut a été lancé par la coalition arabo-kurde contre le dernier réduit de l’Etat islamique en Syrie, le scénario de l’exfiltration des ex-combattants de l’organisation se précise.

Un soldat français engagé dans la coalition internationale contre Daech
Un soldat français engagé dans la coalition internationale contre Daech Crédits : AFP

D’après Le Monde, ce serait dans le cadre d’une « opération internationale coordonnée », notamment appuyée par les Etats-Unis. Selon cette hypothèse reposant sur un accord entre alliés, il s’agirait « d’organiser une sorte de pont aérien permettant l’évacuation des djihadistes étrangers de Syrie ». Un système qui « aurait l’avantage de pallier le manque de moyens de certaines nations pour récupérer leurs djihadistes et d’encadrer la sortie des personnes concernées avec toutes les garanties du droit international ». Alors que « la France freinait des quatre fers sur les rapatriements de djihadistes, arguant qu’ils pouvaient être jugés sur place » et que « seuls les enfants pouvaient faire l’objet d’une exfiltration », l’annonce par le président américain du retrait des forces américaines de Syrie a accéléré le calendrier et modifié la position française. 

Le risque d’évasion et de dispersion

Ce qu’on redoute aujourd’hui, c’est que « les Kurdes jusque-là soutenus par les Etats-Unis relâchent la surveillance des combattants étrangers dans leurs camps, avec à la clé un risque d’évasion et de dispersion ». Sans confirmer l’information – rapporte Courrier international – le ministre français de l’Intérieur, Christophe Castaner, a déclaré mardi que « ceux qui rentreront en France seront judiciarisés et confiés aux juges ». Interrogé par le quotidien britannique The Telegraph, un responsable de la place Beauvau a précisé qu’“aucun détail pratique n’a été arrêté pour l’instant, ni la nature des opérations visant à les rapatrier, ni le nombre exact de personnes concernées, ni la date”. Environ 130 ressortissants français – une cinquantaine d’adultes (hommes et femmes) et des dizaines d’enfants – sont détenus par les Forces démocratiques syriennes (FDS), majoritairement kurdes. Mais comme le rappelle Le Point, « leur nombre pourrait augmenter alors que les dernières poches du groupe Etat islamique, désormais acculé sur un territoire de quatre kilomètres carrés, sont en train de tomber ». L’hebdomadaire indique que « face à la menace turque, les Kurdes syriens négocient un accord sécuritaire avec le régime de Damas, qui pourrait alors mettre la main sur des centaines de djihadistes ». Si l’on se souvient que dès le début de la révolution syrienne ce régime avait libéré les plus dangereux d’entre eux afin de grossir les rangs de l’Etat islamique et d’ouvrir un nouveau front dans le pays pour apparaître comme le recours, on ne peut que s’inquiéter de son pouvoir de nuisance s’il venait à récupérer d’ex-combattants de l’organisation. « Parmi les djihadistes retenus par les FDS figurent plusieurs responsables français de l’État islamique, dont Adrien Guihal, membre de la filière d’Artigat qui a planifié plusieurs attentats en France, dont celui de Nice », rappelait The Telegraph

L'impact social des attentats

La dernière livraison de la revue Ethnologie française (PUF) est consacrée aux effets sociaux des attentats. Contribuent-ils à renforcer la cohésion nationale ou font-ils apparaître des clivages plus profonds, comme après l’attentat de Charlie Hebdo, avec les débats autour d’être ou ne pas être Charlie. Une fois passé l’effet de souffle de l’événement, « ces attaques laissent place à des conflits d’interprétation et des débats contribuant à en amplifier l’impact social », relève Jérôme Truc qui insiste sur l’intérêt de la démarche ethnographique, de terrain et qualitative, par rapport aux enquêtes quantitatives fondées sur les sondages d’opinion. À la thèse classique de Georg Simmel sur les effets fédérateurs d’une attaque extérieure, le travail de terrain et les études de cas viennent apporter des nuances significatives. Randall Collins qui a étudié les effets des attentats du 11 septembre sur la société américaine souligne que « tout conflit n’augmente pas en soi la solidarité de groupe. L’élément-clé de ce processus est l’incident déclencheur » mais « la solidarité est produite par les interactions sociales au sein du groupe, pas par le conflit en lui-même en tant qu’événement extérieur ». Dans l’enquête conduite par Nancy Foner après le 11 septembre, il apparaît que l’impact de l’attentat dans la population newyorkaise « a considérablement varié selon le groupe social ou professionnel, ou selon le quartier que l’on considère ». Ceux qui étaient déjà « dans des positions de marginalité et de vulnérabilité – les travailleurs immigrés de Chinatown ou les arabo-musulmans de Jersey City par exemple – ont ainsi plus durement souffert de leurs conséquences que d’autres New Yorkais, même plus directement exposés aux attentats ». Greg Smithsimon, qui a mené l’enquête dans le quartier huppé de Battery Park City, voisin du World Trade Center et où de nombreux habitants ont eu à déplorer des victimes parmi leurs proches, a montré comment l’entre-soi de classe a pu les aider à surmonter l’épreuve jusque dans le rejet des « autres New Yorkais amenés à traverser leur quartier et à faire usage de ses espaces publics, notamment en période de commémoration », des passants recueillis, alors désignés comme des « touristes ».

Par Jacques Munier

Pour aller plus loin : le programme 13-Novembre, mis en place sous l’égide du CNRS et de l'Inserm. Destiné à s’échelonner sur une dizaine d'années, il « regroupe un ensemble de sept études coordonnées, visant toutes à explorer l'impact d'un événement aussi traumatisant non seulement sur la mémoire individuelle des individus qui l'ont vécu de près ou de loin, mais aussi sur la mémoire collective de la société ». A retrouver sur le site Les jours.

Se saisir des attentats, par Nicolas Duvoux & Gérôme Truc , sur le site La vie des idées

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