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Réseaux sociaux et information

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L’influence d’internet et des réseaux sociaux sur l’information: ils ont fait évoluer le modèle économique et surtout ils ont profondément modifié les relations entre les usagers et les producteurs de l’info.

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réseaux sociaux Crédits : J. Eckel - AFP

Dans un vigoureux réquisitoire, l’historien Vingtras s’insurge dans le blog qu’il tient sur Mediapart contre le « poison mental et psychique » de la rumeur, au pouvoir de destruction massive de « notre aptitude à vivre ensemble » démultiplié par les réseaux sociaux. Auteur d’un livre sur la Commune de Paris, publié aux éditions du Croquant sous le titre Les 72 immortelles ou la fraternité sans rivages, il rappelle que l’arme politique de la fausse rumeur n’est pas nouvelle et cite « la légende noire des "pétroleuses", ces "hideuses mégères de la Commune qui transportaient du pétrole dans leurs pots à lait et qui, passant devant les immeubles, se baissaient pour jeter le liquide inflammable dans les soupiraux". » Aujourd’hui, « nous avons la preuve que les incendies de Paris lors de la Semaine sanglante, ont été provoqués par des "bombes au pétrole" que Thiers avait fait venir de la Pyrotechnie de Bourges, par trains spéciaux, au cours du mois d'Avril 1871. » Toutes les rumeurs ne sont pas aussi tenaces, mais elles peuvent avoir des conséquences tout aussi désastreuses. Dans son annuaire des fausses informations Les Décodeurs du site Le Monde.fr les répertorie en plusieurs grandes catégories, à commencer par les rumeurs à caractère politique, « informations erronées ou manipulées diffusées pour des raisons idéologiques ». Il y a également les théories conspirationnistes « qui visent à expliquer des événements par l’intervention de puissances cachées sans en apporter la moindre preuve » comme la théorie fumeuse sur la fusillade de Las Vegas et le deuxième tireur embusqué, rumeurs qui s’emploient à entretenir la confusion, là aussi à des fins idéologiques. Autre cas de figure : les pièges à clics, des légendes urbaines souvent grossières, diffusées sur des sites peu connus comme la fausse annonce de la mort de l’acteur Samy Naceri, ou massivement relayées parce qu’elles ont été reprises par des tabloïds. Celles- là sont « motivées par les gains financiers tirés des clics qu’elles génèrent » en termes de revenus publicitaires. Enfin les canulars, qui ne piègent que les internautes peu attentifs. Que font les réseaux sociaux à l’information, c’est le sujet d’une vaste enquête collective publiée par la Maison des sciences de l’homme sous le titre #info Commenter et partager l’actualité sur Twitter et Facebook. Arnaud Mercier et Nathalie Pignard-Cheynel soulignent « l’inexorable montée de l’audience des sites d’information via les réseaux socionumériques, ce qui n’est pas sans conséquences sur « les équilibres économiques des titres de presse », comme sur la manière dont « les journalistes produisent et diffusent l’information ». « Le rapport aux sources, les liens avec l’audience, les techniques multimédias de fabrication de l’information, l’avènement du datajournalisme… tout est plus ou moins modifié. » Le modèle traditionnel reposait sur une forme de transaction où les journalistes fournissaient « aux citoyens un bien public – des informations triées, vérifiées et hiérarchisées sur ce qui se passe dans le monde ». Aujourd’hui « les internautes sont devenus des producteurs d’information via la miniaturisation et la simplification des techniques de capture du réel (webcaméras, smartphones…) Via leurs blogs mais de plus en plus via leurs réseaux socionumériques, ils assurent la diffusion de leurs production. » Ils sont devenus « les promoteurs des contenus d’information, que ceux-ci soient créés par des journalistes ou  par des amateurs », et désormais « l’accès direct aux pages des médias commence à devenir une exception, et avec lui l’idée d’une stratégie ordonnée de l’internaute dans sa quête d’information, au profit d’une circulation plus chaotique, d’une entrée sur un site de média par un click sur son Facebook ou sur son Twitter. » D’où le risque d’un « mélange des genres, entre informations sérieuses et divertissement, entre faits recoupés et rumeurs. » Le message le plus partagé dans le corpus étudié par les chercheurs concernait… l’opération d’une tumeur au cerveau d’un poisson rouge ! Nous croyons vivre dans des démocraties alors que nous vivons dans des médiarchies, affirme Yves Citton dans un livre paru au Seuil sous le titre – précisément – de Médiarchie. Le néologisme où l’on entend l’ancien grec archè, qui signifie « à la fois le commencement et le commandement, l’origine et le pouvoir », renvoie à l’idée et la méthode d’une archéologie du pouvoir médiatique : « après plus d’un siècle de développement des médias de masse – écrit-il – et après quelques décennies d’émergence des cultures numériques, les gens sont produits toujours à la fois comme des individus et comme des agrégats, selon les types de publics structurés par les appareils de communication qui régissent leurs interactions. » Ou pour le dire autrement : « les médias font les publics, ce ne sont pas les peuples mais les publics qui sont les substrats du politique ». S’appuyant sur un corpus de travaux méconnus en France, les « media studies » très développés dans les pays anglo-saxons et germaniques, Yves Citton s’emploie moins à critiquer les médias qu’à essayer de « cartographier » le régime d’expérience qu’ils construisent, tout à la fois sociologique, politique, technique et esthétique. Afin de « mieux comprendre ce que font de nous les médias de masse », et « comment une meilleure compréhension de ces réseaux peut nous aider à en déjouer certains effets ».

Par Jacques Munier

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