LE DIRECT
Cérémonie à l'Arc de Triomphe, 11 novembre 2018

11 novembre, le jour d’après

5 min
À retrouver dans l'émission

Au moment de signer l’armistice, de nombreux officiers de l’état-major – à commencer par Foch – poussaient à la poursuite de la guerre.

Cérémonie à l'Arc de Triomphe, 11 novembre 2018
Cérémonie à l'Arc de Triomphe, 11 novembre 2018 Crédits : L. Marin - AFP

C’est ce que rappelle Pierre-Yves Hénin sur le site de l’hebdomadaire Le Point. Face à une Allemagne affaiblie, l’opportunité d’une offensive en Lorraine, où le front est dégarni, apparaît comme un moyen de transformer l’avantage militaire en victoire politique : « la bataille n’ayant pas été portée sur leur sol, les militaires allemands peuvent convaincre l’opinion que leur armée n’a pas été réellement vaincue et que les Alliés ne sont pas fondés à leur imposer des conditions trop lourdes ». Pour Raymond Poincaré, le président de la République, « seule une occupation d’une partie de l’Allemagne laverait l’humiliation de la défaite de 1870 ». La préparation de l’offensive est planifiée mais la signature de l’armistice va finalement l’annuler. L’historien relève que les partisans d’une poursuite de la guerre ont alors négligé un élément important : « depuis le 9 novembre, la révolution a gagné Berlin. Une nouvelle offensive aurait transformé en déroute la retraite allemande, laissant les troupes en débandade à la merci des comités de soldats. Comme Bismarck face à la Commune, les alliés eux-mêmes, peu désireux de voir s’installer un pouvoir spartako-bolchevique, auraient dû aider à la reconstitution de l’armée allemande ! » 

La révolution spartakiste

Outre-Rhin, en effet, les mutineries de marins de la base de Kiel, où l’état-major avait ordonné fin octobre une opération « pour l’honneur », donnent le coup d’envoi d’un vaste mouvement qui aboutira à la révolution spartakiste. Courrier international publie la une du quotidien allemand Frankfurter Zeitung le 11 novembre 1918. S’il se réjouit de la fin des combats, il s’alarme des conditions imposées par les Alliés et fait état d’une note adressée par le gouvernement allemand au secrétaire d’État américain, Robert Lansing : « si le blocus se poursuit et qu’en même temps se durcissent les restrictions aux transports et la pénurie de vivres », alors « le chaos politique sera aussi total qu’inévitable ». Et « l’Allemagne souffrirait, mais souffriraient aussi les hommes qui, emportés par l’ivresse de la victoire, ne prêteraient pas attention aux dangers qui menacent leurs propres peuples si l’Allemagne, l’empire qui semblait le plus solide, se muait en centre du bolchevisme mondial. » Le journal en appelle à préserver la toute jeune République et dénonce l’acharnement des alliés.

Quoi que fassent les puissances ennemies pour mettre des chaînes à l’Allemagne, elles ne le font plus pour se protéger d’un ancien régime dont le premier représentant s’est enfui en Hollande ; non, elles le font contre la démocratie allemande et contre les valeurs qu’elles ont toujours prétendu défendre.

L'Europe de 2018

Côté austro-hongrois, l’effondrement de l’Empire a des conséquences territoriales considérables, qui vont redessiner la carte de l’Europe centrale jusqu’aux crises et conflits de la fin du XXe siècle. L’irrédentisme, des Serbes, des Tchèques ou des Roumains s’affirme au détriment de la Hongrie, notamment, et d’une manière générale la mosaïque de mixité culturelle, linguistique et confessionnelle qui caractérise la région constitue une bombe à retardement. Comme le souligne l’historienne Catherine Horel dans le Figarovox en rappelant que les « pangermanistes autrichiens lorgnaient vers le Reich », c’est « la difficulté pour l'Autriche de définir une identité propre qui soit allemande par la langue et la culture, mais non par l'attachement à l'Allemagne, [qui] a été peut-être plus préjudiciable à la monarchie que son impossibilité à trouver une solution au problème posé par les autres groupes nationaux. » Pour Dominique Moïsi, dans Les Echos, c’est l’une des leçons à tirer de la Grande Guerre, à l’occasion de cette commémoration de 1918 : 

On peut se conduire comme Clemenceau pour gagner la guerre, mais pas pour gagner la paix, et le nationalisme dans ses excès conduit de manière directe ou indirecte à la guerre.

D’où sa défense et illustration du multilatéralisme, rejeté aujourd’hui par Trump comme hier par l’Amérique d’après le président Wilson : poussée par un mouvement isolationniste, elle « laissa l’Europe face à elle-même et à la montée suicidaire en son sein de mouvements populistes et irrédentistes ». « Le 11 novembre 2018, un rendez-vous manqué pour la paix ? », titre L’Humanité sa page Débats&Controverses. Pauline Tétillon dénonce notamment, à l’occasion de la tenue du Forum de Paris sur la paix, l’attitude de la France qui s’accommode des manquements aux droits humains dans des pays auxquels elle vend des armes. 

Aux Héros de l'armée noire

La coprésidente de l’association Survie, qui se mobilise contre la Françafrique, rappelle que de nombreux chefs d’états invités à la commémoration du 11 novembre « sont responsables des conflits dans le monde », et que notre pays a précipité dans la guerre de 14 « des milliers d’hommes recrutés de force dans son Empire colonial ». C’est à ces soldats que rend hommage la statue inaugurée à Reims la semaine dernière et dont le parcours mouvementé est symbolique des méandres du cours de l’histoire. Conçue en 1921, contre la haine et la campagne de calomnies visant les « soldats de couleur » dans les territoires allemands occupés après la Grande Guerre, elle fut détruite par les nazis. Dans les pages Idées de Libération, Alain Mabanckou et Pascal Blanchard racontent cet arrière plan qui remet en lumière l’engagement de centaines de milliers de combattants africains.

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
10 min

Les Enjeux internationaux

UE - USA : quelle autonomie pour la Défense européenne ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......