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On ira... Où tu voudras, quand tu voudras

L’été indien

5 min
À retrouver dans l'émission

Joe Dassin, pour retarder la fin de l’été… et annoncer une nouvelle saison des amours : l’automne.

On ira... Où tu voudras, quand tu voudras
On ira... Où tu voudras, quand tu voudras Crédits : Katarina Sundelin - Maxppp

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est pour les humains une saison beaucoup plus favorable à l’éclosion du sentiment, après la saturation estivale des corps dénudés offerts au soleil. Des études scientifiques le confirment : le taux de testostérone, l’hormone du désir, n’est jamais aussi élevé que durant les mois d’automne. Le mensuel Sciences Humaines consacre à point nommé son dernier numéro aux arts d’aimer. Car l’amour est à la fois une alchimie neuronale, une patience et une stratégie subliminale organisées. Martine Fournier évoque le composé instable d’amitié, de désir et de passion dont la fusion « improbable » constitue le sentiment et elle cite cette formule de Belle du Seigneur d’Albert Cohen, l’un des plus attachants romans d’amour : 

même quand je ne pense pas à vous, en moi, ça pense en vous

Nietzsche désignait sans ambages comme « sensation sexuelle » la nature singulière et remarquable de ce sentiment qui aurait – je cite – « ceci de commun avec les sensations de pitié ou d’adoration que grâce à elles, un être humain fait du bien à un autre tout en éprouvant du plaisir – on ne rencontre pas si souvent dans la nature dispositions aussi bienveillantes ! » Et Merleau-Ponty exalte dans la Phénoménologie de la perception le caractère polyvalent de l’amour, qui révèle, au-delà du « simple mécanisme corporel », et « prouve même et surtout s’il s’attache follement à son objet, notre pouvoir de nous mettre en question, de nous vouer absolument, notre signification métaphysique ». La frontière s’efface entre l’amour profane et l’amour mystique et le sentiment amoureux devient ce que les anthropologues appellent un « embrayeur de puissance », consacré à l’objet d’amour qu’il soit humain ou divin. De cette admirable « confusion des sentiments », le plus fort témoignage reste l’Extase de Sainte Thérèse, qui fait vibrer le marbre du Bernin et ajoute à la transe mystique le vertige de ses propres mots évoquant une « longue lance d’or » pongée « jusqu’au fond des entrailles » et qui, en se retirant la laisse « tout en feu avec un grand amour de Dieu ». Reste que pour Schopenhauer, dans la Métaphysique de l’amour sexuel, l’amour serait une ruse du « vouloir-vivre », un piège de la nature pour conduire à la reproduction des êtres que tout sépare, c’est pourquoi – je cite – « le mariage est une dette contractée dans la jeunesse et que l’on paie à l’âge mûr ». Un phénomène irrationnel réduit à la fonction de procréation et à la survie de l’espèce, les amants reconduits à leur condition d’instruments et de « dupes » du « génie » du genre humain. Les regards langoureux ne seraient alors qu’un examen minutieux destiné à faire le bon choix biologique car « la plénitude d’un sein de femme exerce un attrait extraordinaire sur le sexe masculin parce qu’il promet au nouveau-né une nourriture copieuse ».

Le "polyamour"

Côté alchimie, l’imagerie cérébrale révèle la mécanique hormonale du désir. Le sentiment amoureux se traduit de fait par un véritable « feu d’artifice de neurotransmetteurs » : la lulibérine et la testostérone, qui commandent le désir, la dopamine qui produit la sensation de plaisir, la dose d’endorphines dégagée par l’orgasme, avec l’ocytocine, l’hormone de l’attachement. Mais toute cette physiologie moléculaire ne suffit pas à expliquer le supplément d’âme engendré par l’amour, les raisons du choix de tel ou tel partenaire, ou encore le rôle de la culture dans l’expression du sentiment amoureux, que Saint Augustin résumait ainsi : « Je n’aimais pas encore mais j’aimais à aimer et aimant à aimer je cherchais un objet à aimer ». De quoi justifier cette tendance nouvelle et affichée : le polyamour. Pour Charlie Hebdo, Laure Daussy a mené l’enquête sur les amoureux « partouzeurs du sentiment » qui mettent en cause le tabou de la monogamie dans le couple. Il ne s’agit pas d’infidélité, de libertinage ou d’échangisme mais de relations amoureuses multiples. Car selon cette mère de famille de trois enfants qui vit avec leur père et retrouve son amant tous les dix jours : « les gens sont malheureux dans un couple exclusif car ils attendent trop de l’autre ».

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
10 min

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