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Clio, la muse de l'histoire, instruit le jeune lion britannique

Nouveaux enjeux de l’enseignement

5 min
À retrouver dans l'émission

Un collectif de juristes universitaires analyse les impasses et l’esprit du dispositif d’accès à l’université Parcoursup.

Clio, la muse de l'histoire, instruit le jeune lion britannique
Clio, la muse de l'histoire, instruit le jeune lion britannique Crédits : Getty

La tribune est publiée aujourd’hui dans les pages idées de Libération. Les auteurs soulignent que si « le scandale du tirage au sort dans le système précédent (APB) a largement servi de fondement et de justification à la mise en place de la loi ORE (Orientation et réussite des étudiants) », celui-ci n’a au final concerné que 0,4% des affectations dans l’enseignement supérieur en 2017. La mise en chiffres généralisée de Parcoursup, notamment pour intégrer les appréciations qualitatives dans les algorithmes de classement aboutit à départager des candidats au millième de point, alors même que l’opération du chiffrage pose problème. Est-ce vraiment un progrès par rapport au tirage au sort ? Mais par-delà la technique, les signataires dénoncent « une philosophie, celle de la concurrence généralisée, entre les élèves d’abord, entre les établissements ensuite, au moyen d’une sélection qui ne dit pas son nom ». Ils relèvent « cette spécificité jamais questionnée de l’enseignement supérieur à la française » : le système où coexistent les formations universitaires ouvertes à tous et les grandes écoles et autres grands établissements qui pratiquent la sélection. 

C’est donc sur l’Université essentiellement que pèse l’accroissement de la démographie étudiante, alors qu’elle a connu depuis de longues années une diminution continue des moyens qui lui sont alloués.

D’autres aspects posent problème, comme l’obsolescence programmée du baccalauréat comme examen national établissant l’aptitude à suivre les études supérieures de son choix, au prix d’un accroissement de la part du « contrôle continu » qui laisse présager un creusement des inégalités entre élèves. Dans les pages Débats de L’Obs, Laurence de Cock évoque ses souvenirs de prof d’histoire à Nanterre, « dans des préfabriqués qui laissaient passer l’eau », voyant « l’établissement se dégrader à cause de l’abandon par l’État, et non du fait des élèves ». Elle publie aux éditions Libertalia un ouvrage « Sur l’enseignement de l’histoire », sujet tendu s’il en est. Aujourd’hui le débat est phagocyté par le thème de l’identité. À la question de savoir s’il faut adapter les programmes à la diversité culturelle dans les classes, l’historienne rappelle les réponses respectives de Jean-Pierre Chevènement – alors ministre de l’Éducation nationale – et de l’orientaliste Jacques Berque. Le premier estimait que « la République ne reconnaît ni les identités, ni les cultures, mais seulement la citoyenneté, et le récit national-républicain est le meilleur moyen d’intégrer les enfants d’où qu’ils viennent ». Pour le second il était bon de faire place à l’immigration et à l’histoire coloniale. La question n’est pas nouvelle : « en 1957, Fernand Braudel introduit dans les programmes de terminale sa fameuse grammaire des civilisations ». Laurence de Cock résume ainsi sa propre conception de l’enseignement de l’histoire : « l’idée du passé comme bien commun ». 

L' "histoire totale"

Pour nourrir le débat, il est bon de jeter un œil du côté des chercheurs. L’histoire sociale nous a permis d’échapper au « roman national » où l’histoire est faite par les « grands hommes ». L’histoire globale a considérablement enrichi notre connaissance du cours du monde et aujourd’hui des historiens comme Patrick Boucheron évoquent le projet d’une « histoire totale ». Il s’en explique dans la dernière livraison des Carnets de science, la revue du CNRS. L’idée n’est pas neuve : il s’agit de faire l’histoire « de la cave au grenier », en partant de l’histoire matérielle pour comprendre les mentalités. Jacques Le Goff avait ouvert la voie, lui qui avait débuté ses recherches avec les salaires dans l’université de Padoue et l’histoire du travail pour en venir à l’imaginaire médiéval. Décrypter la domination seigneuriale, suppose de « connaître tout ce qui fait courber l’échine au paysan : pas seulement les impôts, mais aussi la foi et la fidélité. » Patrick Boucheron revient sur son entreprise controversée d’Histoire mondiale de la France, une histoire connectée qui s’employait à rendre compte de l’influence mondiale de notre pays. Certains, qui n’avaient pas compris le sens du projet, lui ont reproché d’avoir omis le baptême de Clovis ou la loi 1905 de séparation des Églises et de l’État alors que figure dans l’ouvrage collectif la naissance de la République au Brésil en 1889. C’est que « ses fondateurs sont influencés par les intellectuels français » comme Auguste Comte. Et la crainte d’en faire trop sur la grandeur de la France s’est trouvée balayée par les critiques inverses, déplorant l’atteinte au « récit national ». Mais pour l’historien, la polémique était édifiante, avec « cette idée sous-jacente que l’histoire de France dont certains politiques ont besoin, ce n’est pas aux historiens de l’écrire ». Une histoire immuable depuis Lavisse, ils devront la répéter eux-mêmes… Patrick Boucheron publie avec François Hartog un essai sur L’histoire à venir (Anacharsis), deux conférences contre le présentisme et le sentiment de fatalité. On peut y lire, due au premier, cette belle définition : « l’histoire est l’art de se souvenir de ce dont les hommes sont capables ».

Par Jacques Munier

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