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Viscum album

Au gui l’an neuf

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Le Nouvel An est un rite de passage, il est célébré partout dans le monde sous des formes diverses mais comparables, et avec une signification identique : le renouveau.

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Viscum album Crédits : Getty

Tous les jours se ressemblent au fil du temps, mais le Jour de l’an est unique, ne serait-ce que par le changement du chiffre de l’année. Le moment a pu varier au cours de l’histoire en fonction des calendriers, aujourd’hui encore les peuples de l’aire culturelle persane, Iraniens et Kurdes notamment, le fêtent en mars au début du printemps, mais il a conservé ce sens de recommencement depuis la plus haute antiquité, où il était lié au retour du soleil. Les anciens Babyloniens le célébraient par des festivités et rites de purification durant une dizaine de jours et pour les Égyptiens, l’événement majeur de la crue annuelle du Nil marquait, dès les premiers signes de la montée des eaux, le début de la fête au cours de laquelle on faisait des offrandes aux morts et aux dieux, notamment à Rê, le dieu solaire, dont on célébrait à cette occasion l’anniversaire. Si dans la Rome antique, Romulus fait commencer l'année le 1er mars, César fait adopter le 1er janvier, du nom du dieu Janus, le protecteur des Portes et portiques. En latin janua signifie "portail" ou "découverte" et le dieu a deux visages, l’un tourné en avant, et l’autre vers l’arrière. C’est là tout le sens et l’effet de seuil du réveillon. À Rome, le jour de l'an, les portes des temples sont ouvertes, on s'offre des cadeaux et on échange des vœux sous les auspices de Janus, comme le rappelle Ovide dans les Fastes : « Pourquoi prononçons-nous des paroles joyeuses à tes calendes, et pourquoi faisons-nous cet échange de vœux ? » Réponse : 

Les commencements comportent des présages. Les temples des dieux sont ouverts, de même que leurs oreilles : nulle langue ne formule en vain des prières ; les paroles ont leurs poids. 

Et c’est bien là l’autre signification universelle du Jour de l’an : avec le renouveau, nos formules votives prennent une importance inédite, qu’elles soient adressées à nos proches ou à nous-mêmes. Un mot sur les Gaulois : le baiser sous le gui à l’an neuf allait puiser aux plus anciennes ressources druidiques. César, conquérant et envahisseur, mais aussi attentif observateur le signale dans La guerre des Gaules, en insistant sur la solennité exceptionnelle de sa cueillette. 

Le gui est fort difficile à trouver. Quand on l'a découvert, les druides vont le chercher avec respect et toujours le sixième jour de la lune, jour si révéré par eux qu'il est le commencement de leurs mois, de leurs années, de leurs siècles même, qui ne sont que de trente ans. 

En souvenir de cette célébration végétale et rituelle, on prononçait au Moyen Âge le jour de l’an ces paroles propitiatoires : Le blé lève. Et c’est là un autre aspect du caractère universel du culte du Nouvel an, comme le montre Salvatore D’Onofrio dans son enquête sur la pratique de la germination de grains de blé, d’orge ou de légumineuses à l’approche de la fête. Du Norouz persan aux Pâques chrétiennes en passant par le Népal ou la Sardaigne, les pousses émergentes symbolisent le renouveau de la nature autant que celui des natures humaines. Le professeur à l’université de Palerme et membre du Laboratoire d’anthropologie sociale au Collège de France, souligne dans un livre au titre évocateur – Le matin des dieux (Éditions Mimésis) – l’élément inaugural commun à ces procédures symboliques mises en place « pour marquer périodiquement le passage du temps ». Lequel n’est jamais neutre… Car lorsqu’un cycle se boucle, le risque d’un terme posé à l’existence s’annonce à chaque fois. C’est en réponse à cette menace symbolique que l’anthropologue Antonino Buttitta, cité par l’auteur, évoque « la régénération périodique du temps au moyen de la répétition symbolique de la cosmogonie, la régénération de la nature accompagnée par la purification des péchés ». De ce dernier aspect de la célébration de l’an neuf subsiste dans un registre laïc la litanie des bonnes résolutions. 

Ex-voto

La dernière livraison de la revue Techniques & culture aborde sous différents angles, époques et régions du monde, les pratiques votives, quand il s’agit de Matérialiser les désirs. Des cadenas d’amour aux ex-votos, en passant par la céramique attique et ses images votives, ou les dépôts d’armes, de rouelles ou de jetons dans les sanctuaires du monde celtique, les coordinateurs de l’ensemble – Pierre-Olivier Dittmar, Pierre-Antoine Fabre, Thomas Golsenne et Caroline Perrée – se sont accordés sur une définition propre à faciliter l’approche comparative : « L’ex-voto est un don physique à une puissance supposée agissante en un lieu spécifique et l’expression d’un désir formulé ou assouvi. » Ce qui le renvoie à l’anthropologie du don et le fait apparaître comme une forme de métonymie du dédicant, car ce don « transforme l’objet en personne », tout en tissant une série de liens invisibles « entre les vivants et les morts, entre les amoureux, entre les membres d’une famille »… Ces objets votifs fonctionnent alors comme des « interfaces » engageant sur un mode affectif non seulement des humains entre eux, mais aussi des individus et des fragments du monde.

Par Jacques Munier

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