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Dans le cortège de la manifestation, 1er mai 1968

Le 1er mai, il y a 50 ans

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Interdit depuis 1954 pour cause de guerre d’Algérie, le défilé de la fête du Travail renaît à Paris le 1er mai 1968.

Dans le cortège de la manifestation, 1er mai 1968
Dans le cortège de la manifestation, 1er mai 1968 Crédits : J. Marie - AFP

Organisé à l’initiative de la CGT qui avait choisi de défiler avec le Parti communiste, le défilé du 1er mai 1968 rassemble, pour la première fois depuis 1954, des dizaines de milliers de manifestants. Le lendemain, après de nouveaux incidents à Nanterre, le doyen décide de fermer la faculté. Mais à ce moment précis, nul ne se doute encore de l’ampleur qu’allaient prendre les événements que l’histoire désignera du nom de ce joli moi de mai. Et en particulier, à côté du mouvement étudiant, l’importance d’une mobilisation sociale, partout en France, qui débouchera sur la plus grande grève générale de l’histoire de notre pays. À la fin du mois, on compte 7 millions de grévistes, rappelle Xavier Vigna dans le Hors-série de L’Obs« 68, le grand tournant ». 

Sans qu’il y ait jamais de consigne nationale ni de comité central de grève, comme en 1947, le mouvement se diffuse par la base et se généralise. 

Le spécialiste d’histoire ouvrière souligne la politisation d’un mouvement déclenché par la journée de grève générale du 13 mai, à l’appel de l’ensemble des organisations syndicales « pour protester contre la répression policière à l’encontre des étudiants lors de la nuit des barricades ». 

La politisation du mouvement social

Les débats sur la cogestion ou l’autogestion sont à l’ordre du jour et une nouvelle catégorie d’ouvriers accède à la parole : les jeunes, les femmes, et les immigrés. L’occupation des usines se généralise. La tactique inaugurée par les grèves du printemps 1936 n’est pas une nouveauté mais elle reste « une transgression majeure » car elle « constitue une violation de domicile, interdite par la loi ». Destinée à créer un rapport de forces, l’occupation « encourage le rêve d’instaurer un pouvoir ouvrier dans les usines ». En mai 68, elle s’accompagne souvent de la séquestration de membres de la direction, pour les obliger à négocier, comme à Sud-Aviation, à Nantes. Mais au final, les accords de Grenelle qui sifflent provisoirement la fin de la partie se révèlent décevants, même si le relèvement du salaire minimum de 35% et la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise est à mettre à leur crédit. En revanche, pas de diminution de la durée hebdomadaire du travail et « l’augmentation des salaires (7% en juin et 3% en octobre) est modérée si on la compare aux 6 à 7% obtenus les années précédentes ». Dans le contexte de prospérité des « Trente Glorieuses » et suite à un mouvement d’une telle ampleur, le bilan est en demi-teinte. Mais le pli est pris et les luttes pour l’émancipation ouvrière se poursuivront pendant des années. Dans le N° spécial de Marianne « Mai 68, ça s’est passé près de chez vous », Aimé Halbeher, le secrétaire général de la CGT Renault de Billancourt confirme

Ces discussions nationales n'ont pas pu régler les problèmes spécifiques à Renault : par exemple la suppression des contrats provisoires, de la clause antigrève sur les primes, les salaires – le Smig était porté à Grenelle à 665 F par mois, et chez Renault le minimum, c'était 850. Donc l'augmentation de 35 % du Smig intégrée à Grenelle, ça pouvait pas concerner les salariés de Renault.

Mais « la lutte la plus puissante, la plus massive, la plus longue dans l'histoire du mouvement social français » a changé le rapport de force dans les années qui ont suivi : « Les salariés se sentaient unis, mobilisés, plus forts et ils n'étaient pas prêts à accepter ce qu'ils auraient accepté auparavant de la part de leur hiérarchie », souligne le syndicaliste. 

Parcours militants

L’hebdomadaire affiche son parti pris dans ce N°spécial : « nous préférons les récits des ouvriers de Peugeot, des paysans bretons, des lycéens de Marseille, des étudiants de Toulouse, aux souvenirs ressassés du "syndicat des copropriétaires" de Mai 68. » Hervé Nathan s’entretient avec Olivier Fillieule, l’un des codirecteurs de l’ouvrage collectif publié aux éditions Actes Sud sous le titre Changer le monde, changer sa vie, qui brosse le portrait inédit de la France militante des années 70 à travers cinq villes : Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Rennes. Une trentaine de chercheurs ont collecté les récits de vie de plus de 300 militants, actifs entre 1966 et 1983. Ceux-là ne sont passés « du col Mao au Rotary » : la plupart sont restés fidèles aux idéaux de leur jeunesse. Pour tracer ce portrait de soixante-huitards ordinaires, les chercheurs ont constitué, à partir du fichier des militants révolutionnaires tenus à l’époque par les RG, un échantillon des personnes engagées. Syndicalisme, féminisme, gauchisme : Olivier Fillieule, professeur de sociologie politique à l’université de Lausanne, résume les principaux enseignements de ce travail, qui articule temps biographique et temps historique. Non, les soixante-huitards n’ont pas trusté les postes de pouvoir, bien au contraire, leur engagement militant les a souvent conduit à une forme de déclassement volontaire. Mai 68 ne fut pas dans l’ensemble une révolte d’enfants gâtés contre les pères, les familles et leurs valeurs. 

Le militantisme des soixante-huitards n'est pas forcément ni toujours en rupture avec les transmissions familiales.

L’intérêt de l’ouvrage tient aussi aux évolutions des socialisations militantes qu’il met au jour. « La mobilisation du Larzac, par exemple, ne défendait pas seulement un certain type d’agriculture et ne se limitait pas à l’antimilitarisme : elle posait aussi des questions relatives à l’identité occitane ou à la sauvegarde de l’environnement ».

Par Jacques Munier

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