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Le Parlement européen

Refaire de la politique

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Les partis et mouvements politiques fourbissent leurs armes en vue des élections européennes de mai prochain dans une confusion dont le désistement de Daniel Cohn-Bendit comme tête de liste LaREM est un signe fort…

Le Parlement européen
Le Parlement européen Crédits : AFP

Dans une atmosphère générale de débâcle annoncée, c’est à qui siphonnera les voix des électeurs dans son orbite : Wauquiez et Dupont-Aignan à l’extrême-droite, Mélenchon à la gauche de la gauche, confer le boycott orchestré des députés insoumis à la Fête de l’Huma, et Macron au péril de sa « rhétorique des blocs » : démocraties « libérales » contre régimes « illibéraux », « progressistes » contre « populistes »… Dans Mediapart, Ludovic Lamant passe au crible cette stratégie du clivage qui trace une « ligne de partage pour structurer la politique européenne avant les élections de mai 2019 », une « grille d’analyse, qui masque les alternatives à l’Europe néolibérale » et qui avait porté ses fruits face à Marine Le Pen lors du deuxième tour de la présidentielle. Chef de file des écologistes au Parlement européen, le Belge Philippe Lamberts, la résume ainsi : 

Macron a besoin des démons du genre Orbán et Salvini pour se profiler sur le devant de la scène. Ce sont les meilleurs ennemis du monde, ils se nourrissent les uns des autres. Ils veulent bipolariser le débat de façon à ce que disparaissent tout ce qui n’est pas eux. 

Nombreux sont ceux qui se refusent en Europe à gober la mouche, notamment au nom de l’unité européenne, même si ce n’est pas toujours dénué de calculs politiciens. Aux Pays-Bas, en Autriche, en Allemagne comme en Belgique des coalitions redoutent une sécession des partis nationalistes. Et le puissant PPE – la grande famille des conservateurs européens – voit se profiler le risque d’une perte d’influence en cas de création d’un groupe d’extrême droite au Parlement de Strasbourg. Ce serait justement l’objectif du chef de l’État : l’implosion du PPE, « qui lui permettrait de récupérer ses éléments les plus centristes dans un nouveau groupe construit sur mesure après les élections de mai ». À y regarder de près, le clivage en question apparaît moins tranché au plan idéologique, « sur nombre de dossiers économiques majeurs, du libre-échange aux politiques budgétaires, en passant par les réformes dites structurelles (marché du travail, retraites…) ». Et il permet de passer sous silence les alternatives au récit dominant, qui au-delà de la fable de la « concurrence du plombier polonais » pourrait dessiner les contours d’une Europe sociale. 

La dialectique ami-ennemi

Le storytelling du « clivage » recycle au fond la « dialectique ami-ennemi » définie par Julien Freund comme l’essence du politique. Protège-moi de mes amis, je me charge de mes ennemis, lesquels peuvent s’avérer à l’occasion des alliés objectifs. En l’occurrence, des amis on a pompé la substance : le fantôme du PS et la frange modérée des Républicains jusqu’au camp retranché de Wauquiez à la lisière de l’extrême-droite. De quoi alimenter encore, si besoin, le discrédit des partis politiques dans l’opinion, qui rejoint ainsi les conceptions de Max Weber ou Schumpeter selon lesquels ils ne seraient rien d’autre que des « organisations spécialisées tendues vers la conquête de postes », oublieuses de leur mission d’origine : le bien commun. Dans un ouvrage collectif paru aux éditions du Croquant sous le titre Que faire des partis politiques ? Daniel Gaxie et Willy Pelletier analysent la crise actuelle de la représentation politique en démocratie et ils observent que les partis subissent une forme d’évidement : « baisse du nombre des adhérents, gentrification des recrutements, affaiblissement des engagements, recul des activités militantes »… Nicolas Bué relève également l’obsolescence des programmes, notamment à gauche, malgré une apparence de plus en plus sophistiquée mais qui confine au détail et manque de vision à long terme. Sinon, c’est purement et simplement la défense du statu quo ante… Et à droite, on a cessé de se préoccuper de l’Eglise ou de l’Empire, de la morale ou de la grandeur de la patrie pour se rabattre sur la diminution des charges des entreprises. Les partis, ces institutions en voie de disparition, sont désormais appelés à être remplacés par des « mouvements dématérialisés, aux adhésions éphémères, à portée de clics d’ordinateur, sans organisations locales, n’existant qu’à travers les réseaux sociaux ». Mais, au fond, ces « innovations revendiquées (souplesse, numérisation, dématérialisation, réseaux) constituent depuis longtemps le répertoire même des modernisateurs libéraux pour, par exemple, reconfigurer les administrations, habiller et légitimer leurs formes de plus en plus verticales, au principe d’une caporalisation renforcée dans les relations entre les hiérarchies et des personnels réduits à n’être que ressources humaines. » Dans Le Monde Éric Fassin débat avec Mark Lilla de sa thèse développée dans La Gauche identitaire (Stock). Une gauche qui se complairait dans un discours sur la diversité, oubliant les enjeux économiques et sociaux, et la recherche du bien commun et qui serait particulièrement active sur les campus, « encourageant les étudiants au narcissisme et à ne plus s'intéresser qu'à leur identité, en fonction d'affinités raciales, de genre, ou d'orientation sexuelle ». S’il est vrai que « Donald Trump a surfé sur le racisme et le sexisme pour attiser le ressentiment contre Barack Obama et Hillary Clinton. Imputer son triomphe aux universitaires qui parlent de genre et de race, n'est-ce pas inverser les causes et les effets ? » lui répond Éric Fassin.

Par Jacques Munier

Rencontre avec Willy Pelletier (Que faire des partis politiques ?) et d'autres auteurs des éditions du Croquant (Cédric Lomba : La restructuration permanente de la condition ouvrière), ce soir 19H au Bar restaurant Le Lieu Dit - 6, rue Sorbier 75020 Paris

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