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Chemnitz, 27/08/2018

Migrants : des éléments pour débattre

5 min
À retrouver dans l'émission

Les violentes manifestations anti-migrants à Chemnitz en Allemagne déclenchent dans la presse une série de mises au point.

Chemnitz, 27/08/2018
Chemnitz, 27/08/2018 Crédits : S. Willnow - AFP

Dans Le Figaro, Nicolas Barotte évoque l’émotion légitime des Allemands devant la succession des agressions, crimes et attentats perpétrés par des migrants. Mais face à la récupération politique par l’extrême-droite, le correspondant du quotidien à Berlin examine les chiffres : « l’impact de la vague migratoire de 2015 et 2016 sur la criminalité en Allemagne n’est pas à minimiser. Les migrants demeurent proportionnellement surreprésentés parmi les auteurs  de crimes et délits : 8,5% en 2017 alors qu’ils ne représentent que 2% de la population. La proportion atteint 15,9% pour les agressions sexuelles ou 15,1% pour la criminalité violente ». Si l’arrivée de plus d’1 million de réfugiés « a mécaniquement fait bondir le nombre de demandeurs d’asile soupçonnés d’actes criminels », pour l’essentiel des hommes jeunes avec des difficultés sociales, une population « où la criminalité est plus forte, quelle que soit l’origine », l’examen des statistiques montre que « la proportion des crimes et délits commis par des Syriens, des Irakiens ou des Afghans (les trois principales origines des migrants enregistrés) est nettement plus faible que la proportion de ces nationalités parmi les migrants » en général. À l’extrême-droite c’est surtout le thème de l’insécurité qui mobilise, mais on peut observer à l’autre bord politique un retour de l’argument de la dégradation sociale par la mise en concurrence sur les salaires avec des migrants prêts à en rabattre sur les conditions de travail et la rémunération. 

La pression sur les salaires

Dans les pages idées de Libération, Bruno Amable rappelle que « les conservateurs allemands ont ainsi tenté, sans succès, de diminuer le salaire minimum, introduit de fraîche date, pour, selon eux, favoriser l’insertion des migrants ». Reste, comme le montrent des études récentes, que « la migration de réfugiés afghans par centaines de milliers n’aura pas le même type d’impact que l’arrivée de quelques milliers d’ingénieurs indiens ou quelques centaines d’infirmières boliviennes ». Aux Etats-Unis, par exemple, l’impact de l’immigration « sur les salaires est moindre dans les Etats où il y a un salaire minimum que dans les autres ». Et si l’on revient au cas allemand, 

ce n’est sans doute pas totalement un hasard si l’hostilité aux migrants s’exprime, parfois de façon violente, plus dans les régions à forte proportion de salariés pauvres (dans l’Est) qu’ailleurs.

Toujours est-il que l’une des dirigeantes du parti de gauche Die Linke lance aujourd’hui le mouvement Aufstehen, qui met en question – je cite – la « bonne conscience de gauche sur la culture de l’accueil » des migrants. Courrier international cite Der Spiegel, qui esquisse « les grandes lignes d’une “solution humaine à la question du siècle, acceptable pour les citoyens européens” au lieu de les pousser dans les bras de l’extrême droite ». Parmi elles, « des financements aux pays voisins des foyers de crise pour mettre un terme aux “silos à humains” que constituent les camps. En créant des “villes temporaires” où le travail se déplacerait vers les hommes et non l’inverse, ou en supprimant les accords commerciaux qui ruinent l’économie africaine ». 

L'aide publique au développement

Dans Le Monde Christophe Châtelot note une inflexion du discours présidentiel à l’égard de l’Afrique à l’occasion de la dernière Conférence des ambassadeurs. Il n’est plus question, comme l’an dernier, « de l'Afrique et de ses plaies »  : le terrorisme qui " nourrit des crises régionales et des divisions en Afrique " ; les migrants sur ces " routes de la nécessité, qui déplacent tant d'Africains, qui font qu'aujourd'hui, le désert en Afrique et la Méditerranée sont devenus des cimetières ". Cette année, il est davantage question de l'Afrique comme " continent d'avenir " et de l’augmentation de l'aide publique au développement (APD) dans le budget 2019, aide qui a vu la part du continent diminuer depuis quinze ans, tandis que celle des pays émergents ne cesse de croître. C’est notamment le cas de la Chine, qui va consacrer 60 milliards de dollars supplémentaires au développement économique des pays africains, selon le président Xi Jinping, lors du 7e Forum sur la coopération sino-africaine qui s’achève aujourd’hui et qui réunissait à Pékin, les dirigeants de 53 pays africains. Comme le rappelle l’économiste Jean-Joseph Boillot dans la page Débats de La Croix, la Chine « est depuis neuf ans la première puissance économique du continent, avec la moitié des investissements et du commerce » et un volume d’échanges qui ne cesse de croître. « Le deuxième partenaire de l’Afrique reste les États-Unis, même s’ils sont en déclin. Puis la France arrive en troisième position, mais sa part de marché a été divisée par deux en trente ans. » D’abord en quête de matières premières, les Chinois ont inondé le marché africain de leurs biens d’équipement et de consommation, et investi dans les infrastructures : routes, ports, voies de chemin de fer… Avec pour conséquence un endettement accru des Africains et « le transfert de gisements de matières premières en cas de difficultés de remboursement ». Gagnant-gagnant…

Par Jacques Munier

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