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Manifestation anti-Brexit le 26 janvier 2019 à Louth, en Irlande

Brexit, saison 2

5 min
À retrouver dans l'émission

La perspective du « no deal », un départ de la Grande Bretagne de l’Union européenne sans accord, semble se profiler à l’horizon.

Manifestation anti-Brexit le 26 janvier 2019 à Louth, en Irlande
Manifestation anti-Brexit le 26 janvier 2019 à Louth, en Irlande Crédits : Getty

Et c’est la pierre d’achoppement de la frontière entre les deux Irlande qui s’avère in fine le nœud du problème, à moins de deux mois du Brexit et après dix-sept longs mois de négociation, comme le rappelle Cécile Ducourtieux dans Le Monde. Pour éviter le retour d’une démarcation physique entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, Michel Barnier avait proposé le « backstop », ou « filet de sécurité », une clause temporaire pour maintenir cette frontière ouverte aux biens et aux personnes. L’Irlande du Nord resterait alignée sur les normes européennes (sanitaires, réglementaires, fiscales, etc.), les contrôles de marchandises s’effectuant entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni. Mais c’est là où le bât blesse : le backstop reviendrait à unifier l’île d’Irlande en l’amarrant à l’Union européenne. Les dix députés nord-irlandais du Parti unioniste ne veulent pas en entendre parler. Or Theresa May a besoin d’eux pour conserver sa majorité à la Chambre des communes. 

La voie étroite d’un Brexit de gauche

Politiquement, la situation pourrait profiter aux travaillistes, qui réclament la tenue d’élections générales plutôt qu’un nouveau référendum sur le Brexit, c’est du moins la position de Jeremy Corbin. Car les projets relancés par le Labour depuis qu’il en a pris les rênes en 2015 s’accommodent mal des règles budgétaires européennes : « renationaliser des services publics délabrés après leur privatisation ; réhabiliter l’investissement public, notamment dans le secteur industriel créateur d’emplois ; encadrer la finance »… Dans Le Monde diplomatique, Chris Bickerton souligne le paradoxe : la plupart des nouveaux militants d’un parti qui « s’est hissé au rang de plus grande formation européenne en nombre d’adhérents » est favorable à l’Europe. Le politologue de Cambridge évoque « la voie étroite » d’un Brexit de gauche : « quitte à entretenir l’ambiguïté », le parti travailliste, une fois au pouvoir, envisage de négocier un accord pour une union douanière, qui obligerait le Royaume-Uni à respecter les règles fixées par l’Union européenne sans pour autant renoncer à son programme politique. « Sortir des traités européens pourrait par ailleurs permettre de repenser le modèle de croissance britannique » ajoute Chris Bickerton. Aujourd’hui, « dans un contexte où la faible productivité tire les salaires vers le bas, son financement dépend en grande partie du boom de l’immobilier », un secteur spéculatif et pas seulement locatif. « Le Brexit – observe-t-il – a déjà commencé à transformer le marché du travail britannique ». Dans le secteur du bâtiment, par exemple, où le pourcentage de travailleurs venus d’États membres de l’Union est particulièrement élevé, les salaires se mettent à augmenter dans la perspective d’un tarissement du flux de main d’œuvre à bon marché. Pour Jeremy Corbin, le débat sur le Brexit « dénature les priorités des Britanniques », qui « souhaiteraient moins pouvoir répondre à la question " Pour ou contre l’Europe ? " qu’à une autre : " Pour ou contre les politiques menées depuis l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979 ? " ». 

Quelle Europe voulons-nous ?

L’opposition entre les « pour » et les « contre » l’Europe, mise en scène médiatiquement, doit être dépassée, selon Jean-Marc Ferry, au profit d’une réflexion de fond sur « la crise technique de la gouvernance par les règles », ainsi que sur la « crise éthique de solidarité et de coresponsabilité politique des États membres ». Le philosophe, spécialiste et traducteur de Habermas, dresse dans la revue Études le bilan d’une Europe problématique pour dégager l’horizon d’une Union où les souverainetés nationales pourraient s’organiser en vertu d’un « principe de coresponsabilité solidaire autorisant une coordination macroéconomique ». Pour lui, « l’erreur est d’avoir instauré une monnaie unique dans une zone à la fois économiquement hétérogène et juridiquement décloisonnée, sans prévoir en même temps des dispositifs de compensation ». Car les règles budgétaires imposées par Bruxelles amènent les Etats – le nôtre en particulier – à résorber le déficit des finances publiques en réduisant les dépenses – notamment sociales – et en accentuant la pression des prélèvements obligatoires. D’où une stagnation du pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires qui nuit à l’activité. 

On ne peut pas modifier le fait que l’euro soit sous-évalué pour l’Allemagne et sur évalué pour l’Italie. Aussi l’ajustement que l’on préconise ne se fait-il plus par les monnaies, mais par les pouvoirs d’achat. C’est ce que, par euphémisme, on nomme la dévaluation interne. (Jean-Marc Ferry)

Et qu’on impose sous l’appellation trompeuse de « réformes structurelles ». Cette tendance générale à une privatisation de la monnaie et de la politique elle-même « n’est pas seulement antisociale et antiéconomique. Elle est aussi antipolitique. » Et elle contribue grandement à conforter le clivage sur la question européenne et à nourrir « un combat de posture promis à l’enlisement des guerres de position ». 

Par Jacques Munier

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