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Bernie Sanders à Brooklin, 2 mars 2019

La gauche façon puzzle

5 min
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La campagne des européennes est lancée. Le président a donné le ton et désigné son adversaire : le nationalisme.

Bernie Sanders à Brooklin, 2 mars 2019
Bernie Sanders à Brooklin, 2 mars 2019 Crédits : AFP

Une nouvelle fois, les anciens clivages partisans sont passés à la trappe et la gauche se présente à l’échéance en mode pulvérisé. Luc Le Vaillant s’en émeut dans les pages idées de Libération. « Incapable de faire alliance, la gauche traditionnelle joue aux osselets avec sa colonne vertébrale. » Résumons : « Histoire de pendre le dernier social-démocrate avec les tripes du dernier secrétaire du PS, Mélenchon joue le peuple contre les élites, au risque de fricoter avec la pensée RN. » Benoit Hamon, « n’arrive pas à exister et se voit tiré vers le fond par ses boulets féministes et communautaristes ». « Le PC est un charmant fantôme qui se prend les pieds dans son suaire… Et Glucksmann, casque bleu rabibocheur, va finir par délayer sa bonne volonté dans ce triangle des Bermudes. » Enfin, les écolos, « fatigués de se faire détrousser au coin du bois, viennent de clouer le cercueil de l’alliance rose-verte ». C’est que face au « désastre des promesses non tenues, chacun a repris ses billes, et les revendications se sont fragmentées. Les identités plus ou moins malheureuses se crispent désormais sur leurs exigences ».

Repose en paix ma gauche partageuse et autogestionnaire, conviviale et culturelle, démocrate et républicaine.

La dernière livraison de la revue Vacarme ausculte les « fractures ouvertes de la gauche ». Même constat : « Comme si tout le champ de la pensée s’était radicalement archipélisé, morcelé en îlots indépendants », la dissémination atteint même la praxis. « Non seulement les gauches multiples ne partagent presque plus jamais les mêmes combats, n’occupent plus les mêmes territoires… Mais surtout, quand elles occupent les mêmes lieux et les mêmes luttes elles s’y déchirent comme jamais. » Sur l’islam, l’immigration, la politique internationale (Syrie, Russie, Venezuela, Palestine), le travail, l’Etat ou l’Europe. La diversité était consubstantielle à la gauche, elle en constituait même la promesse d’idées nouvelles et d’émancipation, mais elle se résolvait au final dans la perspective d’un horizon d’attente commun. Aujourd’hui, comme le déplore Pierre Zaoui, le « narcissisme des petites différences » a pulvérisé le Principe Espérance, ce puissant concept où Ernst Bloch voyait l’aboutissement de l’esprit de l’utopie. Dans l’hebdomadaire Marianne, Emmanuel Lemieux cartographie l’explosion des think tanks et autres « clubs de réflexion » en se demandant ce qui s’y joue. On voit bien fleurir les rapports d’experts mais une « différence de papier à cigarette » entre ces différentes boîtes « fait que les idées tiendraient presque du secret-défense industriel ». 

Une scène illustre le décalage entre situation politique et travail intellectuel. Le 17 novembre, acte I des gilets jaunes, les progressistes européens, barricadés à la Sorbonne, réunis par tout le chapelet habituel de think tanks (Terra Nova, Fondation Jean-Jaurès, Fondapol et Les Gracques) planchaient sur les élections européennes dans le grand amphithéâtre et criaient victoire sur leurs propres réseaux sociaux.

La crise des systèmes partisans

Pour Mediapart, Fabien Escalona a lu le livre de Pierre Martin, qui donne quelques clés de la déshérence et perte de sens des engagements politiques : publié aux Presses de SciencesPo il s’intitule Crise Mondiale et systèmes partisans. Pour le politologue, trois grandes causes expliquent ce déclin : l’impuissance croissante des gouvernements à satisfaire les attentes sociales, désormais inversement proportionnelles. La « prolifération normative », qu’elle soit d’origine privée ou publique, qui a « généré une révolte antibureaucratique contre une société de plus en plus complexe ». Et la professionnalisation de l’activité politique avec « la constitution d’une classe politique cherchant à préserver ses intérêts face aux déceptions de l’électorat ».

Reconfigurations

Il en résulte un « nouveau monde partisan », où les clivages traversent chaque camp et où l’on peut observer une forme de radicalisation des positions. C’est le cas en Grande Bretagne avec la transformation du parti travailliste de Corbyn sur une ligne de gauche. C’est également le cas aux Etats-Unis, où Bernie Sanders a lancé sa campagne présidentielle pour l’investiture démocrate sur une position clairement affichée socialiste, comme le souligne Renaud Girard dans Le Figaro. Bernie Sanders « prône une révolution politique capable de créer une « économie qui marche pour tous, et pas seulement pour les très riches », la gratuité des études universitaires, un système d’assurance- maladie universelle, le doublement du salaire minimum horaire de 7,5 à 15 dollars, ainsi qu’« garantie fédérale d’emploi », et enfin de taxer les gains spéculatifs de Wall Street et d’augmenter les impôts des plus riches. Son discours « touche une partie de plus en plus importante de l’électorat américain. Car il est le premier à s’être rebellé contre ce produit fatal du capitalisme mondialisé, qui est l’accroissement des inégalités », relève le journaliste, qui conclut : « le socialisme n’est pas mort. Il renaît en Amérique, continent d’où sont venues toutes les idées nouvelles en Europe depuis un siècle ».

Par Jacques Munier

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