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8 mai 1945 sur les Champs Elysées a Paris

La guerre-monde

5 min
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Alors qu’on célèbre aujourd’hui la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe, on peut s’intéresser à sa dimension planétaire.

8 mai 1945 sur les Champs Elysées a Paris
8 mai 1945 sur les Champs Elysées a Paris Crédits : AFP

L’histoire de la Seconde guerre mondiale est encore aujourd’hui un vaste chantier où demeurent de grandes zones d’ombre. Ne serait-ce que le bilan exact des victimes. On dispose seulement d’un « ordre de grandeur » qui a une valeur symbolique pour prendre la mesure de l’ampleur de la tragédie, comme pour les cinq ou six millions de victimes de la Shoah. Le chiffre estimé pour l’ensemble du conflit mondial indique la jauge colossale de cinq fois celui de la Grande Guerre, qui fut une sorte de répétition générale au point de vue industriel et de la guerre totale, soit cinquante à soixante millions de morts. Deux historiens avaient dirigé en 2015 une entreprise collective « d’histoire globale » à la mesure de l’ampleur de l’événement, montrant comment ce processus de mondialisation avait modifié les catégories et les représentations de l’espace et du temps, formant « un monde en soi » et à bien des égards « commun », jusque dans les pratiques sociales, comme la vie nocturne, celle des partisans mais aussi celle des simples civils… Leur volumineux ouvrage portait ce titre éloquent : La guerre-monde. Alya Aglan et Robert Frank se référaient là à ce que Fernand Braudel avait appelé en son temps une « économie-monde ». 

La mondialisation des conflits

On peut rappeler que certains avaient eu la prémonition dès le début du conflit de son caractère « global », comme de Gaulle dans son Appel du 18 juin 40, alors que les Etats-Unis ne sont pas entrés en guerre : « Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays – déclarait-il alors. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. » D’autres esprits encore plus anticipateurs avaient prévenu, comme le sénateur radical Albert Sarraut dès 1929, que la déflagration mondiale se propagerait depuis l’Asie : « c’est sur ce théâtre – écrit-il dans sa préface au livre de Georges Maspéro sur l’Indochine – que, dans un avenir peut-être moins éloigné qu’on ne le suppose, se jouera le plus grand drame de l’humanité ». Et de fait, les historiens s’accordent aujourd’hui à considérer la guerre sino-japonaise, en 1937, comme le véritable début du conflit planétaire, avant l’Anschluss ou l’invasion de la Pologne. La fin de la guerre ouvre un nouveau chapitre de l’histoire du monde, qui en restera à cette échelle globale. Ce sont les déplacements massifs de population – comme ceux des millions d’Allemands expulsés d’Europe de l’est – mais aussi l’instauration d’un état de droit international ou encore la guerre froide, et au delà de cette date mémorielle du 8 mai 1945 ou des traités de paix conclus en 1947 avec quelques uns des vaincus l’évidence s’impose vite que la guerre-monde ne sera pas suivie d’une paix-monde. La tentation est grande, du coup, de risquer aujourd’hui un coup d’œil sur ce qui peut « faire monde » en matière de conflits guerriers à notre époque. Dans le Figarovox, Gérard Chaliand estime qu’au Moyen-Orient, « la tension va (encore) monter ». Accord sur le nucléaire iranien, bombardements orchestrés par Israël, offensive turque contre les Kurdes, présence américaine en Syrie… 

Il y a des années que les tensions internationales n'ont été aussi vives au Moyen-Orient.

Netanyahou a préparé d’une façon très médiatique le terrain à « la très probable dénonciation du traité nucléaire » par Donald Trump, sans révéler autre chose que ce que tout le monde savait : que jusqu'en 2003 il y a eu un programme nucléaire en Iran, l'accord signé en 2015 visant précisément à s’assurer de son abandon, au moins jusqu’en 2025. Même si l’Iran, vu la position acquise dans la région – de l’Irak au Liban en passant par la Syrie – n’a aucun intérêt à monter aux extrêmes, nombreux sont ceux qui souhaiteraient lui mettre des bâtons dans les roues en allant à l’affrontement. Ou en misant sur l’effondrement du régime, comme les Américains dans la perspective d’un rejet du traité nucléaire et d’un maintien des sanctions. 

Djihad global ?

L’autre menace globale est aujourd’hui constituée par le djihadisme, comme l’ont montré les récents attentats meurtriers en Afghanistan. Dans Le Monde, Christophe Châtelot analyse les particularités  du djihad en Afrique, telles que les observe notamment Marc-Antoine Pérouse de Montclos dans le livre publié à La Découverte sous le titre L’Afrique, nouvelle frontière du djihad ? Ce spécialiste du Nigeria invite reconsidérer « la mise en récit du terrorisme au “Sahelistan” ». Selon lui, « la notion d'arc de crise projette l'image d'un système de conflits interconnectés et entretient le fantasme d'une coordination stratégique à partir d'un commandement central ». Il insiste sur le caractère local de ces mouvements djihadistes, aux motivations plus politiques que religieuses. Et il estime que 

Les armées occidentales s'illusionnent sur leur capacité à mater des insurrections qui ont des origines sociales. Elles tombent dans le piège de la prophétie autoréalisatrice lorsque les décideurs exagèrent le caractère global de la menace, internationalisent en conséquence leur réponse au terrorisme et provoquent en retour une extension de l'aire d'opération des groupes djihadistes.

Par Jacques Munier

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