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Suède : le faux-nez des « Démocrates »

4 min
À retrouver dans l'émission

Une fois de plus en Europe, on assiste avec la Suède à la montée de l’extrême-droite xénophobe et à la polarisation du débat électoral autour de l’immigration.

Le pays modèle de tolérance et d’ouverture, qui a proportionnellement accueilli le plus grand nombre d’immigrés et, lors de la crise migratoire de 2015, le plus grand flux de demandeurs d’asile par habitant jamais enregistré dans l’OCDE, se retrouve confronté à des problèmes d’intégration économique, sociale et culturelle que le parti d’extrême-droite opportunément baptisé « Démocrate » a instrumentalisé à son profit. Comme le rappelle Fabien Escalona dans Mediapart, ce parti a su « s’extraire du folklore néonazi et suprémaciste blanc qui lui aliénait toute crédibilité, et l’empêchait de capter des sentiments anti-migrants et anti-establishment qui étaient déjà répandus dans la population suédoise ». Il s’est employé à lisser son image « avec le logo inoffensif d’une fleur bleue, en lieu et place d’un poing tenant une torche enflammée. Le programme lui-même a été purgé des propositions les plus radicales, comme le rapatriement forcé de tous les migrants arrivés depuis les années 1970. » La politisation du thème de l’immigration et de l’asile a d’ailleurs bénéficié, par contrecoup, à ses plus farouches adversaires du Parti de gauche, tenants d’une politique d’accueil généreuse, ceci contribuant à la fragmentation du paysage politique. Pourtant, « l’attitude des Suédois envers les immigrants et les réfugiés ne s’est pas durcie au fil des années ». 60 % d’entre eux souhaitaient que leur nombre décroisse en 1990, 40 % en 2015. Mais dans un pays où le système de protection et de redistribution sociale reste important, l’immigration est devenue une charge du fait de la dégradation du marché du travail, impliquant moins de recettes fiscales et des coûts en termes de subventions publiques et de transferts sociaux, souligne Tino Sanandaji dans un rapport publié par la Fondation pour l’Innovation Politique. C’est ce qui explique le tournant amorcé par le gouvernement social-démocrate dès la fin de 2015 avec le rétablissement du contrôle aux frontières, les restrictions drastiques du droit d’asile et du permis de séjour ou encore du regroupement familial. L’argumentaire xénophobe du parti des Démocrates de Suède en appelle donc à des mesures que le pays a, de fait, déjà prises. C’est pourquoi il en rajoute sur la thématique identitaire… Et là aussi, la surenchère se nourrit comme ailleurs d’informations mensongères. L’envoyée spéciale à Stockholm de l’hebdomadaire Le Point titre ainsi son article : La percée de l'extrême droite en Suède dopée par les fake news ? Julie Malaure, cite notamment une étude menée par des chercheurs d'Oxford et publiée dans le New York Times qui établit « qu'un tiers des articles relatifs aux élections suédoises circulant sur les réseaux sociaux serait issu de trash websites. Des sites « poubelles », diffusant des informations « délibérément trompeuses », contre l'immigration et l'islam, en vue d'influencer les élections. Ou encore, comme le souligne dans Le Monde Anne-Françoise Hivert - la correspondante du quotidien dans les pays nordiques - des sites comme Russia Today, Sputnik, ou Breitbart et Infowars qui propagent « un message souvent très islamophobe » et volontiers catastrophiste pour instiller la désunion. Mais, commente Anne Rovan dans Le Figaro, « les résultats en demi-teinte de dimanche soir, somme toute assez peu lisibles et beaucoup moins tranchés qu’anticipé » ne risquent pas de faire le lit de « la révolution démocratique en Europe » annoncée par Marine Le Pen dans un tweet triomphaliste au soir des élections. La correspondante à Bruxelles du quotidien précise cependant que la nette progression de l’extrême-droite « contraint désormais le centre gauche au pouvoir à se lancer dans de longues et difficiles tractations avec la droite » et que le « pays s’apprête donc à rejoindre la liste déjà très étoffée des États membres dirigés par des gouvernements de coalition. Des coalitions qui à leur tour n’ont de cesse de brouiller encore un peu plus les frontières politiques traditionnelles. » À huit mois des européennes, le constat peut sembler fâcheux et n’augurer « rien de bon pour la suite, notamment les consultations à venir en Lettonie et surtout en Bavière ». Raison de plus pour réaffirmer le principe de l’état de droit, comme l’a fait dans son dernier discours sur l’état de l’Union le président de la Commission européenne. « Un message à l’attention de Viktor Orban » qui prendra ce mardi la parole dans l’hémicycle pour défendre sa politique contre un rapport du Parlement européen dénonçant ses nombreux manquements. Car demain, « les eurodéputés seront appelés à voter pour décider si oui non ils demandent au Conseil d’engager la procédure de l’article 7, retirant à la Hongrie ses droits de vote au sein de l’Union ». Une consultation qui devrait révéler la « photographie exacte des rapports de force entre progressistes et nationalistes ». Et donner la mesure de l’embarras du PPE à se positionner entre les uns et les autres. 

Par Jacques Munier

Droit de réponse de SPUTNIK

Votre article du 11 septembre 2018 intitulé "Suède, le faux nez des Démocrates" comporte une inexactitude que je souhaite rectifier. 

SPUTNIK ne propage pas de "message souvent très islamophobe" mais se contente de décrire l'actualité et les faits-divers de plusieurs pays européens. De plus SPUTNIK ne propage pas de "message volontiers catastrophiste pour instiller la désunion". SPUTNIK est une agence de presse dont le but est d'apporter un regard russe sur l'actualité.

Nadiil Nizamutdinov, chef de la réprésentation en France

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