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La grande grève de Barrow-in-Furness (GB) de juillet 1897 à janvier 1898

Histoire populaire

5 min
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Le mouvement des gilets jaunes a suscité de nombreuses comparaisons historiques et il a lui-même revendiqué l’héritage révolutionnaire. L’occasion de revenir sur la notion d’histoire populaire.

La grande grève de Barrow-in-Furness (GB) de juillet 1897 à janvier 1898
La grande grève de Barrow-in-Furness (GB) de juillet 1897 à janvier 1898 Crédits : Getty

Dans un ouvrage qui vient de paraître au Seuil sous le titre Le fond de l’air est jaune et qui rassemble des articles publiés tout au long de cette crise, Michelle Zancarini-Fournel commente l’une des phrases prononcées par les manifestants : « On est en train de faire l’Histoire ». Pour l’historienne, le « champ d’expérience » ouvert par le mouvement, « incarné dans le présent par certaines pratiques exprimant d’autres possibles peut ouvrir à un horizon d’attente ». Même s’il faut être prudent avec les comparaisons historiques et prendre en compte les contextes différents, cette tension dynamique entre « champ d’expérience » (le passé tel qu’il est perçu depuis le présent) et « horizon d’attente » (le futur tel qu’il est envisagé à partir du présent) définit parfaitement les usages qu’on peut faire de l’histoire dans un registre militant et à l’appui d’un répertoire d’action qui emprunte à des modèles éprouvés, ainsi qu’à des représentations héritées. C’est ainsi que la Ligue spartakiste, qui enclencha la révolution allemande de 1918, se réclamait symboliquement du nom de Spartacus, le meneur de la plus grande révolte d’esclaves de la République romaine. D’où l’intérêt de l’histoire populaire qui dégage l’horizon du fatras des batailles impérialistes et des luttes dynastiques pour éclairer le terrain modeste et collectif, souvent convulsif, de ceux qui n’ont pas voix au chapitre, les « subalternes » comme les désignait Gramsci. Dans son dernier livre, publié à La Découverte – Les luttes et les rêves. Une Histoire populaire de la France – Michelle Zancarini-Fournel a adopté leur point de vue. Ceux qui subissent une domination à la fois culturelle, sociale, économique et politique ont leur mot à dire et il résonne dans l’histoire. C’est pourquoi son livre débute en 1685, l’année où est édicté le Code noir, mais aussi celle de l’abrogation de l’Édit de Nantes : l’histoire de l’esclavage avec celle de la discrimination des protestants. Plus tard, les révolutions et la mémoire qu’elles engendrent formeront un esprit de résistance qui témoigne « de la pérennité d’une opposition larvée dans les milieux populaires » écrit-elle. 

Les principes révolutionnaires – le droit naturel, la liberté et l’égalité – ont été incorporés par des subalternes qui ont la volonté de préserver et de transmettre ces acquis.

L'histoire par le bas

Dans Le peuple, Michelet affirme que pour la nation c’est comme en géologie, la chaleur est en bas. L’idée anime le courant qu’on appelle « l’histoire par en bas ». Edward Thompson, auteur notamment de La formation de la classe ouvrière anglaise, en a été l’un des pionniers dans les années 60 et plus récemment Howard Zinn, avec son Histoire populaire des Etats-Unis. Markus Rediker, historien de la traite négrière et de la piraterie a illustré dans Les Hors-la-loi de l’Atlantique (Seuil) le fait qu’il ne s’agit pas seulement d’une histoire des pauvres ou des classes laborieuses, mais de leur « capacité d’agir » et « d’affecter le cours de l’histoire ». Il montre l’importance des grands voiliers dans l’essor du capitalisme, équivalente à celle du travail salarié et de la manufacture, notamment par la traite transatlantique, ces bâtiments constituant de véritables laboratoires de la division du travail avec des règles de discipline extrêmement violentes. D’où les formes de résistance qui se sont développées. 

En anglais, le mot grève (strike) vient d’un terme qui désigne le fait d’abattre les voiles. La première grève s’est déroulée sur les docks de Londres en 1768.

Les dures conditions de travail, avec des salaires très bas, une nourriture indigente, une discipline brutale, poussaient les marins vers la piraterie, où ils pouvaient pratiquer une forme inédite de démocratie en élisant leurs officiers et leur capitaine, en soumettant les projets d’abordage à délibération, et en divisant le butin de manière égalitaire. C’est cela, au moins autant que les atteintes à la propriété des marchands, que les autorités françaises et britanniques combattaient. L’historien américain s’est employé à repérer l’écho de ces idées, portées « sur les quais et les docks jusqu’à l’intérieur des terres », et « leur impact essentiel dans le mouvement des Lumières mais aussi parmi les travailleurs ». Il rappelle que l’un des premiers opposants à l’esclavage, Benjamin Lay, était un marin.

Les rapports de pouvoir

Mais l’écriture de l’histoire est également située historiquement. Auteur d’Une histoire populaire de la France (Agone), Gérard Noiriel relève que l’Histoire populaire des Etats-Unis d’Howard Zinn est écrite « dans la foulée du triomphe du progressisme après Mai 68 », alors que la sienne vient au moment où il est en recul et où la « crise du mouvement ouvrier a considérablement affaibli les luttes sociales au profit des conflits identitaires ». Benjamin Caraco souligne sur le site nonfiction.fr que l’historien dépasse du coup le seul point de vue des dominés pour privilégier « l’analyse de la domination, entendue comme l’ensemble des relations de pouvoir qui lient les hommes entre eux. » 

Par Jacques Munier

A ce sujet, une controverse éclairante avec Patrick Boucheron sur le blog de Gérard Noiriel

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