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L'Aquarius, mai 2018

SOS Aquarius

5 min
À retrouver dans l'émission

Le navire humanitaire refoulé par l’Italie et Malte avec 629 migrants, dont de nombreux enfants, devrait être accueilli par l’Espagne.

L'Aquarius, mai 2018
L'Aquarius, mai 2018 Crédits : L. Gouliamaki - AFP

C’est le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, qui l’a annoncé hier : son pays accueillera le navire affrété par l’ONG française SOS-Méditerranée qui s’est vu refuser depuis samedi l’accès aux ports italiens et maltais. « Il est de notre obligation d’aider à éviter une catastrophe humanitaire et d’offrir un “port sûr” à ces personnes », dit le communiqué officiel. Il y a urgence : les vivres commencent à manquer à bord, il reste 1300 km à parcourir avant d’atteindre les côtes espagnoles et la directrice générale de SOS-Méditerranée n’a pas manqué de rappeler à l’AFP que le droit maritime international prévoit un débarquement « au plus près possible » du lieu où se trouve le bateau, soit l’Italie ou Malte. Le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) décrit la situation comme « un impératif humanitaire urgent ». Sept femmes enceintes, 11 enfants en bas âge et 123 mineurs isolés se trouvent à bord. 

Émigration et démographie

Au-delà de la question humanitaire, c’est de nouveau le débat sur la pression migratoire en Europe qui est relancé, à l’approche d’un sommet (28-29 juin) qui doit traiter de l'harmonisation des règles de l'asile dans l’Union et de la modification du règlement de Dublin dans l'espace Schengen. « Il y aura bien une vague durable d'émigration africaine – prévient Gabriel Martinez-Gros dans Le Monde. Et l'Europe et la France, surtout, sont bien plus exposées à cette crise migratoire que toute autre région du monde. » L’historien précise que, contrairement aux vagues de départs massifs causées par la guerre, comme en Syrie ou en Afghanistan, mais pour l’essentiel provisoires, l’émigration africaine est dopée par le « combustible le plus puissant de la migration de masse : la pression démographique ». Alors que dans le monde la natalité s’est stabilisée à entre un et trois enfants par couple, elle dépasse presque partout quatre enfants en Afrique. Dans les pays les plus féconds du continent – plus de 5 enfants par famille – il y a deux groupes : le premier en Afrique centrale et orientale : la République démocratique du Congo (accablée par les conflits et par une forte mortalité, 5,96  enfants par femme), l'Angola (5,59), le Mozambique (5,14), le Burundi (5,58) et l'Ouganda (5,46). Le deuxième groupe nous concerne directement : « on y trouve en effet la majorité des Etats du Sahel et de la savane sub-saharienne, et un grand nombre d'Etats francophones que la France soutient dans leur lutte contre le djihadisme ». Soit le Burkina Faso (5,23 enfants par femme), le Nigeria (5,42), le Tchad (5,80), le Mali (5,92), la Somalie (6,12) et le Niger (7,15, record mondial). « La vague migratoire africaine est donc, sans doute, un problème "européen", mais plus réellement et spécifiquement français, dans la mesure où ces Africains francophones choisissent aussi spontanément la France que les Kurdes ou les Afghans préfèrent l'Angleterre » conclut Gabriel Martinez-Gros, qui observe que l'avant-garde la plus prospère du continent échappe à cette fatalité démographique : le Kenya (3,77), le Rwanda (3,78) ou le Gabon (3,68). 

Ouvrir le débat

Il y a bien un lien entre le développement et la démographie, de même que sont liées « l'immigration en France et la divergence démographique en Afrique », et il nous incombe « d'en parler avec courage », ajoute l’historien. Ne serait-ce que pour éviter la récupération par l’extrême-droite. À propos de la réaction du nouveau gouvernement italien face à l’urgence humanitaire de l’Aquarius, Emmanuel Berretta souligne dans Le Point que la décision espagnole a sauvé Matteo Salvini du ridicule car le tonitruant ministre de l’Intérieur – en campagne pour les municipales – n’a aucune autorité sur les ports italiens. « Du coup, le maire de Naples, Luigi de Magistris (en rupture avec la gauche de Renzi), en avait profité pour ouvrir les quais de la ville et désavouer Salvini en déclarant : 

Si un ministre sans cœur laisse les femmes enceintes, les enfants, les personnes âgées, les êtres humains mourir en mer, le port de Naples est prêt à les accueillir. Nous sommes humains, avec un grand cœur. Naples est prête, sans argent, à sauver des vies. (Luigi de Magistris, maire de Naples)

Il est vrai qu’on ne peut pas abandonner les pays européens les plus exposés en méditerranée à leur sort, même si le pape François en « appelle depuis de longues années toutes les nations à se montrer généreuses avec les migrants ». Et sa voix, qui compte en Italie, reste un défi supplémentaire pour le gouvernement populiste. Dans la dernière livraison de la revue Études, la présidente du Secours catholique – Véronique Fayet – plaide pour « un grand débat national sur la question des migrants qui réunirait des migrants, des responsables politiques et religieux et des représentants de la société civile ». Ce débat, clivant dans l’opinion, s’impose, selon l’ex-adjointe aux questions sociales et à la solidarité du maire de Bordeaux. Elle constate que la proportion des migrants dans les accueils augmente, d’où un « embouteillage » avec les SDF, auquel seul pourrait remédier la sortie vers un logement durable. Et elle témoigne : « On dit que les gens ne sont pas accueillants, mais nous voyons le contraire sur le terrain. » 

Par Jacques Munier

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