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Le sommet Trump / Kim Jong Un à Singapour, le 12 juin 2018

Économie et diplomatie populistes

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Le populisme a beaucoup été étudié sur le plan politique, moins du point de vue économique ou diplomatique.

Le sommet Trump / Kim Jong Un à Singapour, le 12 juin 2018
Le sommet Trump / Kim Jong Un à Singapour, le 12 juin 2018 Crédits : AFP

Marie Charrel, Jakub Iwaniuk et Blaise Gauquelin ont passé au crible pour Le Monde les politiques économiques en Europe centrale. Pologne, Hongrie, Bulgarie, République tchèque, Slovaquie ont en commun de s’employer à « gommer les excès des politiques de privatisation et d’ouverture d’après 1989 tout en créant une élite économique nationale, afin de réduire la mainmise des étrangers sur les secteurs clés » et d’y installer des affidés du pouvoir, de manière à développer son influence, notamment dans la banque, l’énergie et les médias. Et tous redoutent le « piège des pays à revenus intermédiaires » incapables de rattraper le niveau de vie des économies de l’Ouest. « Ce qui donne, avec des nuances selon les pays, un étrange mélange de mesures libérales, de quelques nationalisations et d’une redistribution limitée, où tout n’est pas bon à jeter. Et où les contradictions ne manquent pas – note Dominik Owczarek, de l’Institut des affaires publiques, un think tank indépendant de Varsovie. « En 1989, après la chute du Mur, l’Europe centrale s’est libéralisée en rêvant de rattraper le niveau de vie de l’Ouest – analyse le politologue bulgare Ivan Krastev. Mais “imiter” l’exemple d’autres pays y a généré un sentiment d’infériorité. Puis la crise de 2008 a ébranlé la confiance dans ce modèle, désormais rejeté. » En Hongrie, dans la déroute financière et sous assistance du FMI, Viktor Orbán décide après son élection en 2010 de mettre fin aux cures d’austérité et de soutenir l’économie et les épargnants. La Pologne a évité la récession et bénéficié de la reprise économique, assurant le plein-emploi. Le populisme n’y prospère pas sur le chômage et les séquelles de la crise. « En revanche – souligne Dominik Owczarek – les fruits de la croissance engrangée depuis trois décennies ont été inégalement répartis, en particulier entre les grandes villes et les campagnes, alimentant les frustrations ». Les atteintes aux libertés sont à moyen terme une menace pour ces économies. « D’abord, parce qu’elles contribuent à faire émigrer les jeunes diplômés, rebutés par le tournant illibéral, alors que ces pays souffrent déjà d’un déclin démographique vertigineux. » Une fuite des cerveaux qui « affaiblira mécaniquement la croissance future ». Ensuite parce que, « la mise sous tutelle de la justice ou, pour la Hongrie, de la banque centrale va tôt ou tard éroder l’environnement des affaires » estiment les auteurs de l’enquête, comme l’illustrent les exemples russe et turc. « S’il peut doper l’activité à court terme, le populisme est toujours nocif pour l’économie sur le temps long », résume Jérémie Cohen-Setton, chercheur à l’Institut Peterson, à Washington. Ce que confirme Dani Rodrik, économiste à Harvard : malgré les chiffres actuels de la croissance américaine, les mesures de Donald Trump – baisse des impôts, cadeaux fiscaux aux entreprises, dérégulation de la finance et de l’énergie – si elles ont stimulé l’activité à court terme, n’ont résolu aucun des problèmes structurels, en particulier la hausse des inégalités que sa politique fiscale va au contraire aggraver. 

Une vision alternative des relations internationales

Dans la dernière livraison de la revueLe débat, Maya Kandel – historienne et spécialiste de la politique étrangère des Etats-Unis – analyse celle de Trump. Portant « une vision alternative des relations internationales », elle s’apparente sous cet angle à celle de la Russie ou de la Chine. Pour ce qui concerne le président américain, « cette vison se décline autour de trois principales obsessions : une hostilité aux alliances qu’il voit comme des entraves à la souveraineté américaine sans aucun bénéfice ; une opposition au libre-échange en faveur d’une approche mercantiliste du commerce international ; une attirance pour les régimes et dirigeants autoritaires ». D’où une agressivité accrue à l’égard de ses propres alliés, souvent davantage qu’à l’encontre de ses ennemis. Ayant constamment recours au registre de l’émotion – en particulier la colère et le ressentiment – le dirigeant populiste a tendance à prendre plus de risques à l’égard de l’ordre international. Sachant qu’il doit sa légitimité à sa seule base électorale, ses discours visent d’abord à la contenter, sans plus de vision stratégique et quand bien même ils s’adressent aussi à des audiences étrangères. « L’appétence pour le recours à la force plutôt qu’à d’autres moyens de l’action extérieure », notamment diplomatiques dénote un manque d’expérience en matière militaire. Le mépris pour l’action diplomatique et le soft power font le jeu de puissances comme la Russie qui sait déployer à cet égard tout un arsenal d’alliances paradoxales et de moyens de communication. Enfin, la tendance à privilégier les rencontres au sommet qui flattent son narcissisme « constituent la parfaite traduction à l’international du show de télé-réalité permanent qu’est devenue la présidence américaine ». Maya Kandel rappelle les propos de Donald Trump évoquant le sommet avec le dictateur nord coréen, insistant sur la présence de « six mille caméras alors que pour les oscars à Hollywood il n’y en a que mille au plus. »

Par Jacques Munier

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