LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Dans la bulle d'un microcosme

Alerte aux pollens : un monde en suspension

5 min
À retrouver dans l'émission

Explosion de pollens sur l’Hexagone : pour les millions de Français allergiques (20% des enfants, 30% des adultes) le risque est maximal.

Dans la bulle d'un microcosme
Dans la bulle d'un microcosme Crédits : M. Constantini - Maxppp

Difficultés respiratoires, conjonctivites, rhinites (le fameux rhume des foins), crises d’asthme… nombreuses sont les perturbations entraînées chez les allergiques par la dissémination dans l’air des pollens de bouleaux, de platanes, de frêne, de charme ou encore de graminées (herbes et céréales). L’occasion d’explorer ces mondes infimes, invisibles à l’œil nu, imperceptibles et que nous ignorons le plus souvent quand bien même eux ne nous ignorent pas. C’est le sujet de la dernière livraison de la revue Techniques & cultures (éditions EHESS). 

L’appréhension des mondes infimes participe d’une extension de l’univers connu en l’un de ses confins

résument Tiziana Beltrame, Sophie Houdart et Christine Jungen, qui ont dirigé l’ensemble. La sociologie de la connaissance s’intéresse ici notamment à ce que Bruno Latour appelle les « effets de zoom » induits par l’échelle microscopique ainsi que « la capacité à saisir adéquatement les propriétés micro-perceptibles des organismes et à les commensurer avec l’expérience humaine ». En s’employant par exemple à décrire et analyser des types de coopération où « des organismes sont, littéralement, mis au travail pour participer à l’activité humaine », comme dans la zone industrielle et portuaire de Fos, où les lichens sont devenus, pour certains riverains engagés dans une expérience de science citoyenne, « des compagnons leur permettant d’identifier et de toucher du doigt la pollution ». 

Les microbes, « bons à penser »

Les microbes sont responsables des infections, mais ils assurent également la fonction essentielle à la vie de la digestion : « déjà présents des milliards d’années avant les humains », nous ne pourrions pas survivre sans eux car « ils sont les recycleurs de la planète » et les « partenaires silencieux de nos corps ». Heather Paxton et Stefan Helmreich étudient un type particulier de coopération des infiniment petits dans notre culture alimentaire : « la manière dont les microbes prêtent aux aliments fermentés des qualités uniques, les rendant à la fois sains et savoureux ». L’exemple des fromages au lait cru – non pasteurisé – illustre ce que les auteurs appellent un ethos post-pasteurien, « un ethos artisanal résolument moderne, qui utilise des partenariats sélectifs avec les organismes microscopiques de notre environnement au service des visées humaines ». 

Là où les pasteuriens voient dans le fromage au lait cru un véritable biohazard et un produit potentiellement infecté de bestioles dangereuses, les post-pasteuriens voient l’inverse : un aliment traditionnel dont la salubrité est garantie par l’action de bons microbes (bactéries, levures et moisissures) capables de supplanter les mauvaises bestioles dans la compétition pour les nutriments du lait.

Aux Etats-Unis, rappellent les anthropologues, la pasteurisation « était motivée autant par le désir d’obtenir des produits plus homogènes et standardisés, de créer des économies d’échelle – autrement dit, par des impératifs de marché – que par des motifs de santé et de sécurité ». Savoir comment « les microbes contribuent à créer la saveur, l’odeur et la texture du fromage à mesure qu’il mûrit » reste une question complexe que les scientifiques, principalement en Europe, commencent tout juste à étudier, mais le fait est que, tout comme les écosystèmes microbiens transforment la terre en sol, ils assurent la métamorphose du lait en fromage et que ce sont « les résidus de la décomposition par le métabolisme microbien des enzymes, des graisses et des glucides contenus dans le lait qui produisent des odeurs et des saveurs particulières ». 

Invisible radioactivité

Dans le même N°de la revue Techniques & cultures, Sophie Houdart a enquêté sur les radionucléides à Fukushima, seulement repérables par les bips des compteurs Geiger. Depuis la triple catastrophe de mars 2011, dans toute la région, l’espace est « peuplé d’entités au mode de présence singulier : invisibles, intouchables, inaudibles, elles mettent au défi tout observateur attentif, requérant de lui qu’il déplace considérablement son appareil théorique et méthodologique. » L’objectif étant, à terme, le retour des habitants, sauf dans la zone interdite de 10 km autour de la centrale, des projets voient le jour pour les inciter à reprendre pied dans la zone dite « de préparation au retour ». Équipés de dosimètres distribués à tous, ils font, dans un sentiment général d’insécurité, l’expérience singulière du « caractère capricieux – stochastique est le mot scientifique – de ce qu’on appelle les faibles doses »… Pour Le Monde diplomatique, Philippe Pataud Célérier a mené l’enquête sur la banalisation qui inspire les politiques publiques, les rapports officiels réduisant les conséquences sanitaires de la catastrophe « à pas grand-chose, attribuant notamment la hausse des cancers aux dépistages systématiques mis en place ». Le risque majeur concerne les plus de 60 000 personnes intervenues dans la centrale depuis 2011. « La production d’ignorance – dénonce le journaliste - est au cœur des méthodes de persuasion qui visent à semer le doute et la confusion sur les seuils de radioactivité tolérés par l’organisme humain. » Mais les habitants se sont vus interdire l’accès à la montagne et ne doivent pas s’approcher des rivières, signe de l’inquiétante présence invisible de la menace.

Par Jacques Munier

A lire aussi : Richard Lloyd Parry, Les fantômes du Tsunami (Payot)

Le 11 mars 2011, un violent tremblement de terre provoque un tsunami de trente-sept mètres de haut sur la côte nord-est du Japon. La tragédie fait près de vingt mille morts, plus de quatre cent mille personnes se retrouvent sans abri, tandis que la centrale de Fukushima s’effondre. L’épicentre du séisme est également l’épicentre narratif des Fantômes du tsunami : l’école primaire Okawa, dans le village de Kamaya, où quatre élèves sur soixante-dix-huit ont survécu. Qu’est-il vraiment arrivé aux enfants pendant qu’ils attendaient dans la cour de récréation juste avant le tsunami ? Pourquoi leurs enseignants ne les ont-ils pas évacués ? Comment les familles ont-elles vécu la perte, le deuil, la disparition ?

Décompte des heures fatales, le récit de Richard Lloyd Parry est aussi une enquête dans un Japon crépusculaire où errent les vivants, les fantômes et les morts. (Présentation de l’éditeur)

Chroniques
6H45
10 min
Les Enjeux internationaux
Cueillir les fruits de l’innovation : une stratégie indienne gagnante ?
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......