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Le cimetière des réfugiés sur l'île de Lesbos

Le pacte de Marrakech

5 min
À retrouver dans l'émission

Adopté le 10 décembre à Marrakech par 165 pays, le Pacte mondial « pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » doit être ratifié demain à l’ONU. Et c’est aujourd’hui la Journée internationale des migrants.

Le cimetière des réfugiés sur l'île de Lesbos
Le cimetière des réfugiés sur l'île de Lesbos Crédits : Getty

C’est un accord non contraignant, qui réaffirme que les États sont souverains en matière de migrations. Comme le rappelle dans Le Monde Claire Rodier, juriste au Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés) le « pacte de Marrakech » s’inscrit dans la continuité d’une démarche de dialogue entreprise depuis plus de dix ans par les Nations Unies « pour tenter de faire converger les intérêts souvent contradictoires des parties en présence ». Il fait suite au sommet organisé en 2016 au plus fort de la crise migratoire en Méditerranée. C’est un accord minimaliste, « courant en droit international, quand on sait que les sujets traités ne recueilleront pas l’assentiment de toutes les parties mais qu’on cherche malgré tout à rapprocher les points de vue, à poser des jalons ». De fait, il est en retrait par rapport à la Convention internationale sur la protection des droits des travailleurs migrants, adoptée en 1990, mais dont aucun pays d’immigration n’est signataire. Le paradoxe c’est que face aux réactions, « les ONG se retrouvent à défendre un texte à l’égard duquel elles sont très critiques : en mettant en avant le principe de souveraineté des Etats, il entérine les politiques sécuritaires (qui permettent notamment l’enfermement des migrants) et utilitaristes (la migration ordonnée et légale qu’il prône concerne l’immigration de travail, considérée au seul prisme des besoins des pays riches), sans poser de cadre contraignant pour la protection des droits des personnes qui migrent. » Or, souligne la juriste, « ceux-ci sont quotidiennement bafoués, à commencer par le droit à quitter tout pays, y compris le sien, inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme ». 

Un débat biaisé

Le géographe Julien Brachet évoque dans les mêmes pages Débats & analyses du quotidien l’un des objectifs du pacte de Marrakech : « collecter et utiliser des données précises qui serviront à l’élaboration de politiques fondées sur la connaissance des faits ». Une démarche qu’il oppose aux discours idéologiques qui instrumentalisent la question migratoire à défaut de véritable projet politique, et qu’illustre le succès du livre de Stephen Smith, au titre catastrophiste de La Ruée vers l’Europe. Pour ce journaliste, « 150 millions d’Africains » vont déferler sur le continent d’ici à 2050 et 25% de la population européenne serait alors d’origine africaine. Des chiffres qui ne reposent sur aucune base scientifique, quand le démographe François Héran, professeur au Collège de France, parle lui d’une proportion de 3 à 4%. Dans la page Débats de La Croix, Claire Rodier rappelle que « Les un peu plus de 100 000 arrivées, cette année, sont dérisoires au regard des plus de 500 millions d’habitants de l’UE. » Et face aux craintes exprimées par le député Pierre-Henri Dumont, chargé de l’immigration au sein du parti Les Républicains, selon lequel, « dans le domaine des droits de l’homme, de tels textes finissent souvent par produire du droit par le biais de la jurisprudence », la juriste « ne voit vraiment pas comment la justice pourrait s’en revendiquer ». L’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule que « toute personne a le droit de quitter tout pays », et ne dit mot sur le droit de franchir une frontière, est resté « depuis 1948 sans application effective ». Le député des Républicains convient que l’intégration des étrangers doit être améliorée mais déplore la saturation de nos hébergements « notamment parce que 96 % des déboutés du droit d’asile ne sont pas expulsés ». Il estime que « nous devons rééquilibrer nos filières d’immigration en faisant voter, chaque année au Parlement, des quotas : l’immigration familiale représente 40 %, l’immigration du travail seulement 10 % contre 40 % en moyenne dans les autres pays développés. » 

Les migrants dans la ville

La dernière livraison de la revue Espaces et sociétés (Érès) est consacrée aux migrants et à leur accès à la ville. Les contributions portent sur la France, l’Allemagne, l’Espagne, Israël et le Liban. Dans ce pays, l’afflux des réfugiés syriens représente 25% de la population. C’est comme si 17 millions de personnes avaient débarqué dans l’hexagone. D’où les difficultés croissantes par rapport aux ressources, aux services et aux infrastructures : l’eau, l’électricité, le trafic routier ou la collecte des ordures ménagères, et une hostilité de plus en plus marquée à l’encontre des réfugiés. Les règles d’entrée et de séjour se sont durcies dans ce pays qui n’est pas signataire de la Convention de Genève. Il faut aujourd’hui se prévaloir d’un « mandataire » libanais pour solliciter un titre de séjour. Un statut qui interdit toute activité rémunérée, ce qui encourage l’exploitation et le travail illégal, la clandestinité et l’effacement. Une situation qui rappelle les paroles d’Hannah Arendt en 1943 (Nous autres réfugiés).

Nous avons perdu notre foyer, c’est-à-dire la familiarité de notre vie quotidienne. Nous avons perdu notre travail, c’est-à-dire l’assurance d’être de quelque utilité dans ce monde. Nous avons perdu notre langue, c’est-à-dire le naturel de nos réactions, la simplicité de nos gestes, l’expression spontanée de nos sentiments.

Par Jacques Munier

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