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Matteo Salvini en campagne, 28/05/18

Rome, crise ouverte

5 min
À retrouver dans l'émission

Après le veto du président Mattarella contre un ministre de l’économie anti-euro, un gouvernement de transition sera chargé d’expédier les affaires courantes jusqu’aux prochaines élections.

Matteo Salvini en campagne, 28/05/18
Matteo Salvini en campagne, 28/05/18 Crédits : M. Spatari - AFP

La campagne d’Italie est d’ores et déjà engagée : en bloquant la constitution du gouvernement Conte, le président a offert aux partis « antisystème » un argument de poids, illustrant selon eux la thèse du pouvoir téléguidé depuis Berlin et Bruxelles, sourd aux aspirations des peuples. Les sondages de ces derniers jours créditent La Ligue de scores frôlant les 25  %, soit 7 à 8 points de plus que le résultat déjà historique recueilli en mars. On peut ainsi craindre une surenchère : pour exister dans cette situation, le M5S va bomber le torse et donner de la voix, comme il vient de le faire en lançant l'idée d'une procédure de destitution contre le président, mesure prévue par la Constitution en cas de " haute trahison " ou de " crimes contre la Constitution ", et qui supposerait l'accord improbable de la Cour constitutionnelle. De son côté, observe Jérôme Gautheret dans Le Monde, le dirigeant de la Ligue semble redécouvrir les vertus du clivage droite-gauche « dont il avait juré la disparition quelques jours plus tôt ». Après avoir « salué les efforts faits par Luigi Di Maio, le chef du Mouvement 5 étoiles », Matteo Salvini a « esquissé un virage tactique, qui constitue la preuve du commencement d'une nouvelle campagne : le retour de la Ligue au sein de l'alliance dite " de centre droit " dans laquelle elle évolue depuis un quart de siècle, au côté du parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia, et des néofascistes de Fratelli d'Italia ». Dans les pages Débats & analyses du quotidien, les économistes Jean-Luc Gaffard et Francesco Saraceno en appellent à un renouveau de la social-démocratie pour contrer le populisme. Selon eux, sa défaite « tient à son acceptation d'un modèle spécifique de mondialisation qui oppose le marché total à l'Etat régulateur, et non à la défaillance proclamée d'un modèle qui fait de la cohésion sociale un gage, certes d'équité, mais aussi d'efficacité ». Faisant « son deuil de la régulation publique », elle « a accepté le clivage simpliste et faux entre mondialistes et souverainistes, en ralliant un consensus sur le terrain économique qui rend les politiques de gauche et de droite étrangement similaires ». L'enjeu est donc désormais « de réconcilier la démocratie et la cohésion sociale dont elle est porteuse avec la mondialisation grâce à des régulations portées en commun », car c’est au moins autant que l’immigration, le thème de la fracture sociale et territoriale qui nourrit le populisme. Mais « la victoire politique est toujours précédée par une victoire dans ce qu’on appelle aujourd'hui la métapolitique, le royaume des idées » explique Alphonse Moura dans le Figarovox. Et d’évoquer la figure de Diego Fusaro, « le philosophe de l'entente Ligue M5S ». Pas très étonnant puisque s’il affiche « une admiration marquée pour Gramsci » il ne dédaigne pas Giovanni Gentile, le philosophe du fascisme. « Proche idéologiquement du M5S, il n'a jamais méprisé la Ligue et Salvini » et il fut l’élève de Costanzo Preve, passé du marxisme à la question nationale, proche d’Alain de Benoist et de la « Nouvelle Droite », déclarant peu avant sa mort qu’il aurait voté Marine Le Pen en 2012… On peut lire les articles de Diego Fusaro sur le site Le Cercle Aristote. Hostilité à l’Europe de Bruxelles et Berlin (la politique allemande comparée à un « camp de concentration économique »), sur fond de critique de l’impérialisme américain dont l’UE serait devenue « un protectorat », le jeune et fringant philosophe n’hésite pas à multiplier les références avantageuses, comme à Foucault et son « gouvernement des vivants ». Retour au débat actuel dans La Croix : « La décision de Sergio Mattarella signifie qu’il place les marchés financiers et les agences de notation au-dessus de la souveraineté de son peuple », estime Frédéric Farah qui parle d’une « forme de coup d’État légal ». L’économiste, chercheur au laboratoire Phare (Philosophie, histoire et analyse des représentations économiques) de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, redoute que les prochaines élections ne tournent au « référendum pour ou contre l’euro, puisque c’est la raison invoquée pour refuser la nomination de l’économiste Paolo Savona comme ministre de l’économie. Alors même qu’une sortie de l’euro avait été écartée du contrat de gouvernement. » Alberto Alemanno, professeur de droit à HEC Paris, titulaire de la chaire de droit de l’UE Jean Monnet rappelle que « s’agissant du cas italien, c’est une prérogative du président que de contrôler la composition du gouvernement » et qu’en 1994, par exemple, « la proposition du premier ministre Silvio Berlusconi de nommer son avocat ministre de la justice avait été rejetée ». Et il précise que ce n’est pas exactement les positions du ministre anti-euro, ni même l’idée en soi d’une sortie de l’euro, qui aurait motivé le président italien mais le risque d’une décision politique prise en l’absence de tout débat public, compte tenu de l’ambiguïté entretenue pendant la campagne à cet égard par les deux partis.

Par Jacques Munier

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