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Alexandria Ocasio-Cortez au Barclays Center, New York,  26/09/2018

Midterms : le vote des femmes

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Aux élections américaines de mi-mandat, le 6 novembre, le vote des femmes pourrait bien changer la donne.

Alexandria Ocasio-Cortez au Barclays Center, New York,  26/09/2018
Alexandria Ocasio-Cortez au Barclays Center, New York, 26/09/2018 Crédits : Getty

D’abord parce que, pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, les démocrates présenteront plus de candidates que de candidats. Dans Le Monde, Gilles Paris fait le portrait de l’une d’entre elles : Amy McGrath, pilote de chasse, qui se présente dans la 6e circonscription du Kentucky après avoir obtenu l’investiture démocrate face au favori de son camp. 43 ans, mariée à un républicain rencontré à l'armée et mère de trois enfants, elle « incarne une nouvelle génération de candidates démocrates, celle des anciennes combattantes des guerres postérieures aux attentats de septembre 2001. 

D'autres femmes se retrouvent, comme elle, en première ligne dans des bastions conservateurs : Mikie Sherrill, dans le New Jersey et, au Texas, MJ Hegar, qui fut pilote d'hélicoptère chargée des secours et dissimule aujourd'hui ses blessures à l'épaule sous un tatouage de dragon.

"Etre socialiste aux Etats-Unis"

Si les positions d’Amy McGrath sont plutôt modérées et qu’elle se refuse à prendre pour cible le président élu, ce n’est pas le cas d’une nouvelle génération de militantes et militants qui n’hésitent pas à revendiquer l’étiquette de « socialiste », dans la foulée de Bernie Sanders. « Les adhésions au parti socialiste américain (DSA), dont Bernie Sanders est proche sans en être membre, ont explosé après la présidentielle – l'organisation est passée de 5 000 à 50 000 adhérents, dont beaucoup de jeunes ou très jeunes adhérents », observe Mathieu Magnaudeix dans Mediapart. Et il rappelle que « le 8 novembre 2017, un an pile après la victoire de Trump, une douzaine de socialistes ont remporté des victoires locales, en Virginie, dans l'Iowa ou le Tennessee, doublant en un soir le nombre d'élus du parti ». Parmi les candidats qui ont remporté des primaires face à des démocrates, il y a de nombreuses femmes qui devraient faire leur entrée au Congrès en novembre, comme l'avocate Rashida Tlaib, une fille d'immigrés palestiniens de Detroit, Summer Lee – jeune avocate, issue d'un quartier populaire et « lestée comme des millions de jeunes Américains d'une dette étudiante gigantesque » – qui devrait être élue au Sénat de l'État de Pennsylvanie, ou encore la New-Yorkaise Alexandria Ocasio-Cortez. 

Alexandria Ocasio-Cortez, future cadette du Congrès

D’origine portoricaine, la future cadette du Congrès à 28 ans a battu à la primaire pour la Chambre des représentants le baron démocrate, Joe Crowley, « élu depuis vingt ans dans la très populaire circonscription législative du Bronx et du Queens à majorité hispanique, et connu pour ses conflits d'intérêts immobiliers… dans une ville rongée par l'explosion des loyers ». Dans son clip de campagne elle déclarait : 

Les gens comme moi ne sont pas censés être candidats à des élections. Cette candidature, ce sont les gens contre l'argent. Nous avons les gens, ils ont l'argent. 

Les socialistes américains sont en fait des sociaux-démocrates qui se réfèrent au New Deal de Franklin Roosevelt et à la Great Society de Lyndon Johnson : « la régulation du capitalisme, la relance keynésienne, des programmes sociaux ». Alexandria Ocasio-Cortez, elle, s’est prononcée pour un « New deal vert » avec « 100 % d'énergies renouvelables », des filets sociaux comme la garantie d'emploi, une réforme du système judiciaire et carcéral qui criminalise les minorités, ou encore une sécurité sociale universelle. 

Les "dangers du socialisme"

« L'Obamacare fait-il son retour dans les esprits à l’approche des Midterms ? » titre L’Humanité ses pages Débats&controverses. « Des sondages attestent que la santé est au centre des attentes aux Etats-Unis et au cœur du débat politique. » Etienne Minvielle, chercheur au CNRS, rappelle que la couverture prévue par cette réforme – combattue par les Républicains – a déjà bénéficié à 20 millions d’Américains qui en étaient dépourvus. Et « quel que soit le prochain acte de cette bataille, les États-Unis restent la seule démocratie occidentale qui n'a pas adopté un système de couverture universel d’assurance-maladie ». Une situation étrange eu égard au droit, défendu bec et ongles, de porter une arme à feu… Jacob Hamburger, éditeur et cofondateur du blog Tocqueville 21 et Sarah Rozenblum, politologue et chercheuse en santé publique à l'Université de Michigan évoquent un rapport récent de la Maison Blanche qui met en garde contre les « dangers du socialisme », dont il constate la popularité croissante aux États-Unis. « Ce document s’attarde sur une proposition faite par le " socialiste démocratique " Bernie Sanders lors de la campagne de 2016, relayée depuis par de nombreux candidats de gauche » et qui suggérait « d’étendre le programme Medicare (aujourd’hui restreint aux personnes âgées) à l’ensemble de la population » afin « de substituer au réseau actuel d’assureurs privés un système de santé exclusivement financé par l’État, qui garantit un accès universel aux soins ». Une idée qui fait son chemin dans l’opinion… Notamment grâce aux femmes, dont la correspondante à Washington de l’hebdomadaire Le Point, Hélène Vissière, confirme le rôle déterminant dans les élections à venir

Elles ont réussi à mettre sur le devant de la scène des sujets qui leur tiennent à cœur comme le harcèlement sexuel, l’égalité salariale, l’accès à la santé.

Par Jacques Munier

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