LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Los Angeles, 6 décembre 2018

Inégalités : le grand chantier 2019

5 min
À retrouver dans l'émission

En ce début d’année, moment propice aux bilans et perspectives, la question des inégalités est à l’ordre du jour, en France et dans le monde.

Los Angeles, 6 décembre 2018
Los Angeles, 6 décembre 2018 Crédits : Getty

Inégalités de revenus, d’accès aux soins et à l’éducation, et de genre également… Dans la dernière livraison de la revue Études, Gaël Giraud, Felipe Korreales et Cecilia Poggi brossent un tableau complet de ce qui devrait être à bon droit le grand chantier de l’année, selon l’ONU en tout cas, qui a inscrit la réduction des inégalités à l’agenda des 17 objectifs de développement durable. Car tout est lié... 

Au Nord comme au Sud, lutter contre le réchauffement ou garantir l’accès à une eau potable ou encore à une éducation de qualité ne se fera pas sans réduction des inégalités. 

Les économistes observent que si elles ont tendance à se réduire au niveau mondial entre pays, elles ne cessent de croître au sein de quasiment tous les pays. Encore soulignent-ils que la réduction des inégalités dans le monde est essentiellement due à la Chine et à l’Inde « qui sont parvenues à sortir de la pauvreté plus de 800 millions de personnes en trois décennies ». Et ils insistent sur « la performance de la plupart des pays sud-américains en termes de réduction des disparités de revenus » mais aussi de croissance du PIB dans la première décennie du siècle, grâce aux politiques de redistribution dites « bolivariennes », notamment au Brésil de Lula, un fait souvent passé sous silence et qui montre « que l’équité n’est pas un obstacle mais un adjuvant à la croissance ». La dépendance de pays comme le Venezuela aux marchés internationaux de matières premières « insuffisamment régulés » a constitué un signe fort de la fin de cet « été latino-américain », dû essentiellement par ailleurs au retour de politiques néo-libérales. Quant aux inégalités dans l’éducation, elles ont également tendance à se réduire, en tout cas pour l’enseignement primaire où 80% d’une tranche d’âge est désormais scolarisée dans le monde. Mais là aussi de fortes disparités subsistent suivant les pays, notamment en Afrique. Or « ces enjeux éducatifs sont cruciaux pour l’avenir du continent – soulignent les auteurs – et son éventuelle industrialisation verte au cours des prochaines décennies ». Les inégalités en matière d’éducation renforcent évidemment celles des revenus. Et la situation des jeunes femmes reste partout préoccupante à cet égard. Pour ce qui concerne la santé, les auteurs relèvent ce paradoxe, qui s’illustre en particulier chez nous, en France : « Un pays peut avoir un bon système de soin et de profondes inégalités de santé. » Là aussi tout est lié et ce sont les inégalités sociales qui déterminent celles en matière de santé. Conclusion sans appel : 

Les pays riches sont parvenus au terme de ce que la croissance économique peut faire pour améliorer notre qualité de vie. La réduction des inégalités est donc aujourd’hui un meilleur facteur de progrès en termes de qualité de vie que la croissance.

Le mensuel Alternatives Economiques a resserré la focale sur notre pays pour un dossier sur les fractures françaises : pouvoir d’achat des plus modestes, dépenses contraintes – logement, fioul, essence, etc. – l’effort inégalement réparti sur la transition écologique, la panne d’avenir et de mobilité sociale pour les classes moyennes… Les faits sont là, ils sont têtus. « Selon l’Insee, le niveau de vie moyen des 40% de Français les moins riches a diminué entre 2008 et 2016 », du fait du chômage, de l’évolution du Smic, plus lente que celle de l’ensemble des salaires, et de la multiplication des temps partiels. L’écart entre le niveau de vie annuel moyen des 10% les plus riches et celui des 10% les plus pauvres s’est creusé. Si l’on ajoute à leurs dépenses contraintes l’alimentation, il ne leur reste en moyenne que 180 euros pour payer les vêtements, les sorties ou les pleins de carburant. Dans lutte contre le réchauffement climatique, l’effort est aussi inégalement réparti. Une étude de l’Insee établit que « les 20% des ménages les plus aisés induisent, via leurs achats, 29% des émissions de CO2 alors que les ménages les plus modestes n’en induisent que 11% ». Pourtant la taxe carbone pèse 4 à 5 fois plus dans le budget des 10% les plus pauvres que dans les budgets des plus riches. Enfin, la peur du déclassement dans les petites classes moyennes s’alimente notamment de la sélection instaurée par la procédure Parcoursup. À cet égard Philippe Aghion défend sur le site La vie des idées « la nécessité d’augmenter le financement de l’université sans avoir recours à une hausse des frais d’inscription ». Pour expliquer ce que rapporte l’éducation gratuite, il mobilise l’idée d’« externalité », centrale dans l’analyse économique, et particulièrement celle de la croissance, son principal domaine de recherche. « L’externalité se définit comme la conséquence pour autrui des actions d’un individu ; conséquence qui n’est pas prise en compte par l’individu au moment de son choix. » Elle peut être négative, comme la pollution que nous produisons individuellement, ou positive. « L’éducation produit indéniablement des externalités positives : si je m’éduque cela contribue au savoir de mes enfants ainsi qu’à celui des personnes qui travaillent avec moi. C’est pourquoi l’État – qui lui peut prendre en compte les externalités et leurs effets sur la société dans son ensemble – se doit de financer l’éducation. »

Par Jacques Munier

Chroniques
6H45
12 min
Les Enjeux internationaux
Amérique Latine : un continent "hors-radar" international ?
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......