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Montpellier, 30 mars 2018

Universités : la sélection sur la sellette

5 min
À retrouver dans l'émission

Une vingtaine d’universités en France sont mobilisées contre la réforme de l’accès aux études supérieures, dont une dizaine ayant voté le blocus.

Montpellier, 30 mars 2018
Montpellier, 30 mars 2018 Crédits : A. Vautier - Maxppp

À Lille, Strasbourg et Montpellier, des militants d’extrême-droite se sont violemment opposés aux étudiants grévistes. Un témoin – par ailleurs opposé au blocage – venu déposer contre les violences à Montpellier vient de saisir l'Inspection générale de la police nationale pour dénoncer les conditions de son audition. Selon l’enquête de Mediapart, « il a été l'objet de pressions par le policier qui l'a entendu, la semaine dernière, dans les locaux du commissariat de police ». Insultes, menaces, propos orduriers ont jailli lorsque le témoin a dénoncé l’attitude complice du doyen et d’un professeur au cours de la descente des nervis cagoulés. Mis en examen, les deux contestent mais les faits ne plaident pas en leur faveur : le procureur de la République a déclaré que, selon le témoignage d’un membre du personnel de l’université, le professeur « avait pris contact sur le parking avec le groupe intervenu en cagoule dans l’université contre les étudiants grévistes ». Et le magistrat fait état d’un autre témoignage rapportant qu’il « avait accompagné ce groupe et lui-même participé aux violences qui ont eu lieu dans l’amphithéâtre ». S’il fallait une raison supplémentaire de motiver les étudiants, ce genre d’expéditions punitives l’apporte sur un plateau, comme le montrent les nombreuses manifestations de soutien. Et elles nuisent à la discussion sur le fond de la question lancinante de la sélection. 

Orientation ou sélection ?

Aujourd’hui, plus de 60% d’inscrits en première année ne terminent pas leur licence, ce qui nourrit frustrations et déclassements. L’orientation défaillante alimente le chômage dans le contexte d’une raréfaction des emplois non qualifiés, alors qu’un pourcentage important – 2% sur les 9% de chômeurs – des offres d’emploi ne sont pas pourvues, faute de formation adéquate. La loi Orientation et réussite des étudiants, aujourd’hui contestée, se donne pour objectif de résoudre ce problème mais selon Antoine Compagnon dans la dernière livraison de la revue Le débat, elle n’y parvient pas vraiment. Si elle a remédié au scandale du tirage au sort dans les filières dites « en tension », elle ne se donne pas les moyens de ses ambitions : réserver « aux surnuméraires un traitement plus humain, au cas par cas, sur dossier ». Le professeur au Collège de France rappelle que « certaines universités ont déjà fait savoir que, faute de moyens, elles accepteraient tous les dossiers sans les trier ». 

D’autres établissements, les plus demandés, pourraient, eux, se contenter de consulter les notes et de retenir les meilleures ; ils atteindraient ainsi rapidement leur capacité d’accueil et sélectionneraient de fait, entraînant une différenciation explicite des universités.

Par ailleurs, la définition des « attendus » - terme apparemment moins prescriptif et contraignant que celui de « prérequis » - qui conditionneraient l’admission à l’université, leur définition est assez vague : « selon les disciplines, expression écrite et orale, aptitude à la logique et au raisonnement, ou à l’analyse et à la synthèse de texte, intérêt pour la démarche scientifique, bon niveau dans au moins une langue étrangère, curiosité intellectuelle, intérêt pour l’exercice de responsabilité collective, associative ou citoyenne, etc. » Comment les universités pourront-elles s’assurer que les candidats y satisfont ? 

Une exception française

Antoine Compagnon esquisse un historique de l’exception française que constitue l’absence de sélection à l’entrée de l’université, qui remonterait au Moyen Age où le baccalauréat était considéré comme le premier grade universitaire, alors décerné dans les facultés mais réservé à une élite. Aujourd’hui, alors que 80% d’une classe d’âge obtient le bac et compte tenu de la démographie la situation est devenue problématique. Ce qui ne semble pas nuire à l’attractivité de la France, troisième pays du monde par le nombre d’étudiants étrangers, comme le rappelle Béatrice Giblin dans la revue Hérodote. Laquelle fête le cinquantième anniversaire de l’université de Vincennes – aujourd’hui Paris 8, lieu et occasion de naissance de la revue. En réponse aux événements de mai 68, le dénommé « centre universitaire expérimental » de Vincennes avait été créé pour mener des expériences pédagogiques innovantes : fin des cours magistraux, travail en petits groupes, initiation à la recherche dès la première année… Vincennes, c’était aussi l’ouverture de l’université à des enseignements inédits comme l’informatique, le cinéma ou la géopolitique. L’admission des non-bacheliers pouvant justifier d’une expérience professionnelle de cinq ans était la nouveauté. De grands professeurs avaient alors été attirés par l’expérience, et notamment Gilles Deleuze, Michel Foucault ou Michel Serres, le sociologue Robert Castel, l'arabisant André Miquel… Cette livraison de la revue Hérodote porte sur la géopolitique des universités dans le contexte de la mondialisation de la connaissance. De la longue marche vers l’internationalisation de l’enseignement supérieur chinois aux universités palestiniennes, en passant par l’Europe, la Turquie, la francophonie ou la Corse, le dossier témoigne de l’emprise du modèle américain.

Par Jacques Munier

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