LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
le réacteur de la centrale nucléaire de Bushehr,  avril 2007

Iran : le dessous des cartes

5 min
À retrouver dans l'émission

Alors que Benyamin Netanyahou poursuivait à Paris son offensive contre l’Iran, l’Europe tente de s’organiser pour contrer l’effet des sanctions américaines.

le réacteur de la centrale nucléaire de Bushehr,  avril 2007
le réacteur de la centrale nucléaire de Bushehr, avril 2007 Crédits : B. Mehri - AFP

« L’objectif de Benyamin Nétanyahou c’est de sortir du tête-à-tête avec Washington » et de « contraindre a minima les Européens à renforcer l’accord existant », si besoin en réintroduisant des sanctions contre l’Iran, résume dans Le Monde.fr David Khalfa, chercheur associé à l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE). Les Européens, à commencer par les Français et les Allemands, défendent l’accord qu’ils considèrent comme la meilleure garantie contre la prolifération nucléaire dans la région. D’autant que depuis sa signature en juillet 2015, l’Iran a respecté ses engagements, comme l’ont attesté à la fois l’AIEA et les certifications périodiques du gouvernement américain. 

La société iranienne

Du coup, « cela donne à l’Iran une légitimité internationale inédite », car, en l’occurrence, « ce sont les États-Unis qui s’isolent », estime Bernard Hourcade dans l’hebdomadaire Le 1. Il souligne que « La Grande-Bretagne qui suit habituellement Washington, ne le fait pas. L’Iran est moins isolé aujourd’hui qu’hier. » Le géographe spécialiste de l’Iran évoque les évolutions du pays : 

La politique iranienne, c’est 20 % de conservateurs durs, 20 % de modernistes et 60 % de gens qui naviguent en fonction de leurs intérêts locaux ou conjoncturels.

Une société en mouvement dont il lui semble que « le président actuel, Hassan Rohani, incarne parfaitement les défis, les contradictions et les dynamiques », car il le juge « convaincu que l’avenir de l’Iran (et du régime islamique) passe par une participation pacifique à la mondialisation ». Michel Foucher considère que le retour des sanctions va l’empêcher « de répondre aux aspirations d’ouverture et de réforme d’une société urbaine avancée, qui produit chaque année autant d’ingénieurs diplômés que les États-Unis (respectivement 234 000 et 238 000 selon l’Unesco) ». Des sanctions qui ne devraient pas, selon lui, profiter à la Chine, « partenaire commercial de premier plan mais qui ne voudra pas se substituer aux Européens pour répondre aux besoins d’investissement de l’Iran, car ses échanges avec ce pays sont dix-sept fois moindres que ceux qu’elle a avec les Etats-Unis ». Pour l’ancien diplomate, l’Union européenne pourrait envisager des partenariats « dans des domaines cruciaux et échappant aux sanctions : la lutte contre la pollution qui empoisonne l’air des villes dans un pays urbanisé à 80 % », la protection des ressources hydrauliques, « la médecine et la santé publique qui souffrent de l’embargo sur les ventes de médicaments ; l’excellence universitaire via des bourses d’études libellées en euros ». 

L'extraterritorialité du droit américain

Car l’exorbitant privilège dont parlait déjà le général de Gaulle à propos de la monnaie américaine soumet toutes les transactions en dollars à la loi des Etats-Unis, « même lorsqu’elles n’interviennent pas sur leur territoire », comme le rappelle Ibrahim Warde dans Le Monde diplomatique. L’universitaire américain dénonce la mauvaise foi des autorités de son pays qui « maintenaient l’ambiguïté sur la question » pour décourager les investisseurs et exportateurs potentiels tout au long de la levée progressive des sanctions. « Le montant des exportations françaises – rappelle-t-il – a triplé, passant de 500 millions d’euros au moment de l’accord à 1,5 milliards en 2017. » Les Européens s’organisent, ils évoquent la mise en œuvre d’une « loi de blocage » votée en 1996, qui avait permis de soustraire les sociétés opérant sur le territoire cubain, iranien ou libyen aux procédures judiciaires américaines. À l’époque, une plainte déposée à l’OMC, ainsi que la menace de sanctions réciproques avaient amené les Etats-Unis à suspendre leur dispositif à l’égard de l’Europe. Mais comme le montre le cas de PSA qui annonce son retrait d’Iran, pourtant son plus grand marché étranger en volume, pour une entreprise, ces mesures ne pèsent guère « face à la menace d’être coupée du marché américain ». 

Retrait iranien en Syrie

Nous verrons comment l’Europe fait face au diktat américain. Pour ce qui concerne l’Iran, qui a déclaré son intention de reprendre l’enrichissement d’uranium, il reste au point de vue géopolitique ce qui apparaît comme un réel expansionnisme, illustré par sa présence en Syrie en soutien au régime criminel de Bachar al-Assad. Celui-ci était motivé au départ par le souci de maintenir l’approvisionnement en armes du Hezbollah libanais. Mais il s’est traduit au fil du temps par son incrustation aux frontières d’Israël, avec armes et bagages. Visiblement, ce temps est en passe d’être révolu, comme le montre le feu vert accordé par Moscou aux frappes israéliennes contre des sites militaires iraniens. Il y a plus, selon Jean-Pierre Perrin dans Mediapart : à la veille d’une grande offensive du régime syrien contre Deraa, point de départ de la révolte syrienne en mars 2011, Moscou a demandé le retrait « dès que possible » des forces non syriennes des régions frontalières d’Israël. Déjà, le 17 mai, Vladimir Poutine avait déclaré qu’après les récentes victoires de l’armée syrienne, les forces étrangères devaient se retirer du pays, aussi bien les forces iraniennes que turques, américaines ou du Hezbollah. Cette fois, c’est bien l’Iran qui apparaît visé, avec en arrière-fond un accord israélo-russe sur lequel chacun reste discret.

Par Jacques Munier

Chroniques
6H45
11 min
Les Enjeux internationaux
Mali. Présidentielle dans deux mois : l’opposition veut des élections crédibles
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......