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Londres, 18 février 2019

Le Brexit, à double tranchant

5 min
À retrouver dans l'émission

Les premières lignes de la tribune d’Emmanuel Macron sur l’Europe évoquent le Brexit à la fois comme une menace et l'occasion d'un appel à l’union.

Londres, 18 février 2019
Londres, 18 février 2019 Crédits : Getty

Il serait « le symbole de la crise de l’Europe, qui n’a pas su répondre aux besoins de protection des peuples face aux grands chocs du monde contemporain ». Le symbole aussi de sa vulnérabilité, car « ce sont le mensonge et l’irresponsabilité qui peuvent la détruire. Qui a dit aux Britanniques la vérité sur leur avenir après le Brexit ? » 

Le royaume désuni

L’hebdomadaire Le 1 est consacré à l’interminable feuilleton du divorce. « Comment la fière Albion, qui dictait il y a peu encore ses règles à l’Europe, est-elle devenue si fragile, au point de ressembler désormais à un royaume désuni ? » demande Julien Bisson. Jean Quatremer lui répond en retraçant l’histoire chaotique des relations britanniques avec l’Europe, toujours « un pied dehors et un pied dedans ». 

Londres s’est taillé un statut particulier : au centre de l’UE quand il le veut, à la marge quand ses intérêts le commandent.

Sa première demande d’adhésion en 1961, après des années de dédain, se heurte au véto du général de Gaulle, qui voit dans la Grande-Bretagne le cheval de Troie des intérêts américains. La seconde demande aussi, refus assorti d’une proposition d’accord d’association. Les mots prononcés alors par de Gaulle ont une curieuse résonnance aujourd’hui... 

Faire entrer l’Angleterre, ce serait pour les Six donner d’avance leur consentement à tous les artifices, délais et faux-semblants qui tendraient à dissimuler la destruction d’un édifice qui a été bâti au prix de tant de peine et au milieu de tant d’espoir… Charles de Gaulle, 1967 

Et de fait le pays est constamment resté sur la défensive, obtenant le rabais de sa participation au budget sous Margaret Thatcher, puis de ne pas participer à la monnaie unique ni à la politique sociale de l’Union européenne, ni à Schengen ou à la politique d’immigration et d’asile… Pourtant, « le marché intérieur de 1993 s’est fait aux conditions britanniques : le Royaume-Uni a accepté la création d’une vaste zone de libre-échange, mais a exclu toute harmonisation sociale et fiscale ». Et il a torpillé le livre blanc du président de la Commission Jacques Delors « qui proposait, en 1993, de lancer de grands travaux européens pour lutter contre la récession ». 

Londres est encore parvenu à écarter toute idée de politique industrielle ou de réglementation des marchés financiers.

Désormais, comme le souligne David Lodge, c’est au sein même du Royaume que la désunion menace : Écossais et Irlandais « sont massivement favorables au maintien dans l’Europe ». Mais la fracture la plus importante n’est pas là, selon l’écrivain. « Elle est entre jeunes et vieux. »

L’électorat âgé a très majoritairement voté pour le Brexit. Avec l’âge, on devient souvent conservateur, inquiet, on voudrait que les choses restent comme on les a toujours connues. C’est terrible, parce que ce sont les jeunes qui vont le plus souffrir du Brexit.

"Choisir entre l’Europe et le grand large"

La dernière livraison de la revue Politique étrangère consacre un dossier au Brexit et relève que ses conséquences n’ont pas été sérieusement envisagées par ses zélateurs, comme on le voit dans le dossier irlandais : « Avec l’Irlande, Londres veut à la fois quitter le Marché unique (Brexit oblige) et y garder un pied (pour garantir la quasi-disparition de la frontière intra-irlandaise qu’instaurent les accords du Vendredi saint). » De même, on entend conserver l’accès au marché financier européen, dont par ailleurs on s’éloigne, ou maintenir des relations étroites en matière de sécurité alors qu’on s’est exclu des instances de décision… 

Mais être d’Europe tout en n’y étant pas, n’est-ce pas là le fond d’un débat que les Britanniques n’ont jamais tranché avec eux-mêmes ? (Éditorial)

Et Pauline Schnapper revient sur l’un des arguments du Brexit – développer les relations privilégiées avec les Etats-Unis et le Commonwealth en compensation des restrictions d’accès au marché européen, ainsi que pour maintenir le statut international de la Grande-Bretagne. « L’âpreté des relations entre Donald Trump et Theresa May montre toutefois qu’il s’agit d’un pari risqué. » La politique protectionniste engagée par le président américain, notamment à l’égard de l’Europe, « n’est guère compatible avec la vision britannique du libre-échange ». Quant au Commonwealth, il représente « moins de 9% des échanges commerciaux britanniques, soit ce que le Royaume-Uni échange avec la seule Allemagne ».

À quelque chose malheur est bon

Ce lundi, Theresa May a annoncé la création d’un fonds doté d’un milliard de livres à destination des régions en difficulté pour accélérer la création d’emplois, financer des formations et stimuler l’économie locale. « La prospérité est répartie de manière injuste », a-t-elle déclaré. Comme le relève The Times, relayé par Courrier international, il se trouve que ces régions ont voté en faveur du Brexit et qu’elles sont représentées à la Chambre des communes par des travaillistes dont les voix pourraient s’avérer décisives pour la Première ministre au moment de présenter une seconde fois son accord au Parlement. Dans les rangs conservateurs, on est furieux. Encore un motif de divisions…

Par Jacques Munier

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