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L’empire des GAFA

5 min
À retrouver dans l'émission

Les entreprises emblématiques de la Silicon Valley inspirent un mélange de fascination et de crainte…

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GAFA Crédits : D. Meyer - AFP

GAFA… Leur politique d’élusion fiscale et leur pouvoir sur l’exploitation de nos données personnelles suscitent inquiétude et hostilité. L’hebdomadaireLe un leur consacre aujourd’hui sa nouvelle édition. Vincent Martigny est allé mener une enquête au long cours dans le « royaume des ingénieurs », un territoire de taille modeste desservi par l’autoroute 101 qui relie San Francisco à San José mais « un géant économique : la douzième puissance économique mondiale ».

La rencontre entre la culture militaire et la contre-culture

Fred Turner, directeur du département des sciences de la communication de l’université Stanford retrace l’histoire de la Silicon Valley, ainsi nommée en référence au matériau de base des composants électroniques, le silicium. La côte ouest des Etats-Unis est traditionnellement investie par l’industrie militaire, dont la prospérité a largement bénéficié aux entreprises technologiques locales, c’est pourquoi l’historien résume l’efflorescence de l’économie numérique dans les années 60 comme le fruit paradoxal de « la rencontre entre la culture militaire et la contre-culture ». Ce sont des ingénieurs militaires qui ont fourni leurs premières puces électroniques à Steve Jobs et Steve Wozniak, les fondateurs d’Apple. « Historiquement, la culture militaire est bien plus ouverte que les gens ne l’imaginent – explique Fred Turner – et la contre-culture est, dans son versant californien, bien plus à l’aise avec l’idée de commerce que ce qu’on pense. » Mais pour le spécialiste d’histoire culturelle, si des sociétés comme Facebook et Google ont été créées au départ autour de l’idée de bien public, elles se sont progressivement enfermées dans un « palindrome protestant ». Fournir de l’information est bon pour le monde, mais puisque c’est Google qui la fournit, ce qui est bon pour le monde est bon pour Google et inversement. « Et l’argent que nous gagnons en faisant cela est un signe de notre bonté. » Une déclinaison à l’échelle planétaire de l’éthique protestante du capitalisme façon Max Weber, où le chiffre d’affaire est l’indice de l’impact positif sur le monde. Pourtant, observe Fred Turner, Apple, « l’un des membres les plus cyniques de la Vallée se vend comme une entreprise utopiste, alors qu’elle est tout sauf cela. Il suffit d’observer ses pratiques d’approvisionnement et le mal qu’elle fait à l’environnement pour construire les IPhone ». 

Une menace pour la démocratie

C’est sans doute pourquoi « d’anciens cadres des géants du web affichent publiquement des remords », que relaie la dernière livraison de la revue We Demain. « Ceux d’avoir participé à bâtir des empires numériques qui, par leur puissance expansionniste et leur cupidité, menacent les fondements de nos démocraties. » Et de fait, l’exploitation de nos données personnelles, outre qu’elle permet de cibler les offres commerciales, exerce une influence avérée sur la décision individuelle en matière politique. Fils d’actualité personnalisés qui nous enferment dans une bulle, détection des bassins d’électeurs potentiels, manipulations de l’opinion par les organes d’influence, tout cela forme une sphère fantôme de « décisions invisibles » selon l’expression de Tim O’Reilly, qui parle aussi, à propos de l’emprise croissante des algorithmes, d’une « algocratie ». Comme le rappelle Luc Lewitanski dans son article très documenté, « Facebook a admis avoir décelé, aux Etats-Unis, 470 comptes utilisés par des Russes pour attiser les divisions de la société américaine. Des chercheurs de l’université de Californie du Sud estiment que 10 à 15% des comptes actifs sur Twitter sont automatisés pour envoyer des messages politiques mensongers. » La société Cambridge Analytica s’est servi des résultats d’innocents quiz psychologiques pour bombarder d’informations biaisées voire mensongères les internautes ciblés pendant les campagnes pro-Brexit et pro-Trump. Pire encore : Facebook, interdit depuis 2009 en Chine, a proposé d’y mettre en place « des instruments de censure pour séduire le gouvernement. Dans le même objectif, Apple a banni les réseaux privés virtuels utilisés par les dissidents chinois pour naviguer de façon anonyme. » Et que dire du système mis en place par les homologues chinois des GAFA, une évaluation des données pour établir un « indicateur de fiabilité sociale » qui peut empêcher aux usagers jugés les moins « fiables » l’accès à certains services ou visas… Mais il existe d’ores et déjà plusieurs outils de résistance à la « dictature de l’absence d’alternatives » : des moteurs de recherche qui ne tracent pas les données, le blocage des pubs intrusives, les réglages qui empêchent le suivi et les sites qui vous donnent une vision d’ensemble de vos données recueillies (myactivitygoogle.com), avec possibilité d’effacement. 

Interview fantôme

Et les possibilités de la machine autorisent même un usage subversif sur le mode du détournement : l’écrivain autrichien Clemens J. Setz a mis au point un programme capable d’exploiter les données de son ordinateur pour répondre à sa place aux interviews. Parmi ces données, ses précédents ouvrages. D’où le haut niveau de qualité littéraire des entretiens. Mais comme le montre l’article de Courrier international, le robot informatique, avec ses réponses poétiques et ambiguës, peine à simuler une vraie rencontre. 

Par Jacques Munier

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