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La terre depuis Apollo 4, en 1967

Pour la planète

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À retrouver dans l'émission

Prix agricoles, bien-être animal, glyphosate ou réduction du plastique alimentaire: le projet de loi alimentation et agriculture fait son retour ce mercredi à l'Assemblée nationale.

La terre depuis Apollo 4, en 1967
La terre depuis Apollo 4, en 1967 Crédits : NASA - AFP

Appel de 200 personnalités pour sauver la planète, puis de 700 scientifiques tout récemment, mobilisation pour le climat dans une centaine de pays, dont la France, samedi dernier… Paradoxalement, le départ de Nicolas Hulot semble avoir eu pour effet de ramener l’écologie au cœur du débat public.

nousvoulonsdescoquelicots.fr

Aujourd’hui c’est Charlie Hebdo qui lance l’appel des 100 en faveur des coquelicots et contre les pesticides. Fabrice Nicolino * présente cette campagne citoyenne qui vise à rassembler « chaque mois, le même jour et à la même heure, sur les places des villes et villages » les porteurs d’une cocarde symbolique : un coquelicot en tissu de récupération. Dans le N°spécial qui paraît aujourd’hui, le journaliste écolo revient notamment sur l’histoire funeste de la puissante industrie des pesticides. Bayer, qui vient d’avaler Monsanto, est à l’origine de l’utilisation des gaz pendant la Grande Guerre. Dans l’Allemagne nazie, c’est l’un de ses chimistes qui a inventé le gaz sarin et lancé la production des pesticides organophosphorés. Quant à Monsanto, c’est la firme qui a mis au point l’agent orange pour l’armée américaine au Vietnam, « un herbicide dément » visant à détruire la forêt tropicale qui abrite les combattants vietcongs. « Les Américains déverseront des millions de litres, et trois millions de vietnamiens, jusqu’à la troisième génération, souffrent de cancers et de maladies neurologiques. » Comme d’autres industries mortifères – le tabac ou l’amiante – la puissante chimie des pesticides pratique le lobbying à outrance, la désinformation et la production de l’ignorance en finançant des recherches bidon pour instiller le doute sur ses méfaits dans l’opinion. Jacques Littauer suggère de mettre en balance les milliards d’euros engrangés par ce secteur industriel – le troisième en France après l’automobile et la métallurgie – avec le coût induit par les maladies provoquées et « les atteintes parfois irréversibles à l’environnement ». Un calcul nécessaire, estime l’économiste du journal, « si en face des milliards que les produits phytosanitaires rapportent aux empoisonneurs on veut pouvoir mettre d’autres milliards, ceux que leurs produits toxiques coûtent à la société, et notamment à la Sécu ». 

La "soupe de plastique"

Pour Le Monde, Patricia Jolly a embarqué sur la goélette scientifique Tara en mission d’observation du gyre de plastique, « la grande poubelle du Pacifique » ou le « continent de plastique », une soupe de particules répandues par la désagrégation des 8 millions de tonnes de plastique déversées chaque années dans la mer. « Dans le plus vaste océan du globe, les polluants imprégnés de substances cancérogènes et mutagènes sont absorbés par la faune marine et remontent dans la chaîne alimentaire. » Plastique : peut-on vivre sans ? titre aujourd’hui l’hebdomadaire Le 1. La question est cruciale car elle ne concerne pas que les océans : « Dans les couches géologiques – souligne Julien Bisson – on peut déjà identifier l’apparition de plastiglomérat, un alliage fort peu naturel de roches et de composés plastiques qui a tout de la bombe à retardement. » Nathalie Gontard évoque notre « addiction au plastique » : « C’est un matériau versatile, qui peut se mettre en forme et se profiler très facilement, là où le verre, le papier ou le métal sont difficilement modelables », et « qui présente un excellent rapport poids-résistance, ce qui explique qu’on le retrouve dans l’automobile et l’aéronautique ». La directrice de recherche à l’INRA ajoute que plus de la moitié des 300 millions de tonnes de plastique produites chaque année est utilisée par l’agroalimentaire, pour l’emballage des aliments et que nous en « jetons chaque année l’équivalent de notre poids corporel. Or ce plastique va persister bien au-delà de notre propre vie, au moins cinq à six fois la durée de notre existence ». Avec des risques « importants à long terme : le plastique est un polymère qui ne se dissout pas comme le métal ou le verre, mais se dégrade en petits morceaux, microscopiques puis nanoscopiques ». Et là, « qu’ils soient enfouis sous la terre, placés dans des réservoirs géotextiles ou immergés dans les océans », ils peuvent « contaminer l’ensemble de notre environnement et des organismes vivants ». Même le recyclage n’est pas une solution à long terme car « on ne peut que retarder sa relégation au rang de déchet, et on devrait plutôt nommer décyclage cette opération ».  D’où l’urgence « de réduire considérablement notre consommation de plastique » et même d’apprendre à s’en passer. 

Sémiotique plastoc

L’« âge du plastique » né dans la modernité d’après-guerre serait donc en passe d’être révolu. Roland Barthes en avait fait l’analyse sémiotique dans ses Mythologies : plus qu’une substance – écrivait-il – il est « l’idée même de sa transformation infinie » et « comme son nom vulgaire l’indique, l’ubiquité rendue visible ». Il incarne « le songe de l’homme devant les métamorphoses et proliférations de la matière » et son usage ménager en fait « la première matière magique qui consente au prosaïsme ». Avec lui « la hiérarchie des substances est abolie, une seule les remplace toutes : le monde entier peut  être plastifié, et la vie elle-même, puisque, paraît-il, on commence à fabriquer des aortes en plastique ». 

Par Jacques Munier

* Fabrice Nicolino, François Veillerette : Nous voulons des coquelicots (Les Liens qui Libèrent)

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