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Rabat, marche pour l'égalité, avril 2014

Femmes : la longue marche de l’égalité

5 min
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À travail égal en France, les femmes gagnent 16% de moins que les hommes.

Rabat, marche pour l'égalité, avril 2014
Rabat, marche pour l'égalité, avril 2014 Crédits : J. Vassort - Maxppp

De ce point de vue, notre pays est dans la moyenne européenne. L’hebdomadaire Le un rouvre aujourd’hui le dossier des inégalités salariales entre hommes et femmes. Une situation persistante que la sociologue du travail et du genre Margaret Maruani estime totalement incompréhensible même si elle donne plusieurs explications à cela. « Nous sommes dans un pays – observe-t-elle – où, depuis un demi-siècle, les femmes sont plus instruites et plus diplômées que les hommes. Où les femmes constituent désormais près de la moitié de la population active – 48% –, contre un tiers dans les années 1960. » Mais si le principe « à travail égal, salaire égal » est inscrit dans la loi, celle-ci « vise bien souvent un angle mort, car il n’y a pas beaucoup de travail égal ». D’abord parce que « les hommes et les femmes n’exercent pas les mêmes métiers, ou n’ont pas les mêmes fonctions à l’intérieur d’un même secteur ». Et même « s’il arrive qu’hommes et femmes accomplissent le même travail, celui-ci n’est fréquemment pas reconnu de la même façon ». Et la discrimination intervient dès le départ : « Les filles sortent victorieuses de la compétition scolaire et universitaire, mais, une fois sur le marché de l’emploi, les diplômes n’ont ni le même poids ni le même prix selon qu’ils sont détenus par des hommes ou par des femmes. » Au plus bas de l’échelle sociale, « la pauvreté laborieuse est un fléau surtout féminin ». Dans son livre Le Quai de Ouistreham, Florence Aubenas « montre bien la condition de ces femmes de ménage qui travaillent sans arrêt mais ne gagnent pas assez pour vivre ».Chômage, sous-emploi et précarité « touchent beaucoup plus les femmes ». Et même dans la fonction publique, les inégalités subsistent : « Les écarts de salaires sont très importants car hommes et femmes n’ont pas les mêmes carrières, ni les mêmes échelons, indices ou avancements. » Pas facile de retrouver un emploi équivalent après un congé parental, par exemple. Pour Margaret Maruani, ces inégalités « posent la question de « la valeur sociale du travail ». Et « la réponse n’est pas technique mais politique ». La politique… Un domaine où les inégalités de genre sont patentes et pérennes. _Courrier international_publie un entretien avec Mary Beard, professeure de lettres classiques à Cambridge et auteure d’un livre dont la traduction est à paraître chez Perrin en septembre : Les Femmes et le pouvoir. Pour elle « Ce sont les codes du pouvoir qui doivent changer, pas les femmes ». La tâche s’annonce herculéenne si l’on en juge par l’ancienneté des représentations transmises depuis l’Antiquité : au début de I’Odyssée d’Homère, rappelle-t-elle, sa femme Pénélope et son fils Télémaque – « un garçon encore assez immature » – attendent le retour d’Ulysse, le héros de la guerre de Troie. Un jour, Pénélope entend « un aède qui chante les terribles difficultés que rencontrent les héros grecs pour rentrer de Troie. Elle lui demande d’entonner un refrain plus gai. À ce moment-là, Télémaque lui dit : “Silence, mère, la parole est l’affaire des hommes.” Et elle obéit à son fils. » L’universitaire souligne que « dès les prémices de la littérature occidentale il est dit explicitement que “la parole est l’affaire des hommes”… Et dans le contexte du poème, le fait que Télémaque fasse taire sa mère va même dans le sens de sa maturation – comme si pour être un homme adulte, il fallait réduire les femmes au silence. » De telles représentations n’imprègnent pas forcément nos conceptions encore aujourd’hui. Mais dans son livre, Mary Beard montre quel fut le prix à payer pour que des femmes accèdent au pouvoir dans son pays. « On sait que Margaret Thatcher s’entraînait à avoir une voix plus grave, pour sembler plus masculine. Et regardez les tailleurs-pantalons qui font partie de l’uniforme des femmes politiques (moitié pratiques, moitié masculins) ! » Quant à Theresa May, « il pourrait s’avérer qu’elle a été placée au pouvoir pour échouer… et elle ne serait pas la première femme dans ce cas ». On rappelle qu’elle a été élue à la tête du Parti conservateur à peine trois semaines après le Brexit pour lequel elle n’avait pas appelé à voter. Reste un domaine où l’égalité peut progresser dans la connivence des deux sexes : celui de la sexualité, précisément lorsqu’elle est contrainte, voire prohibée chez les jeunes. Dans les pages idées de Libération, la sociologue marocaine Sanaa El Aji évoque les « bricolages » de toute nature auxquels sont réduits les couples avant le mariage. Une situation comparable dans d’autres pays du Maghreb ou du Moyen-Orient. Son enquête menée sur le terrain pendant six ans montre que l’impératif de la virginité des filles entraîne des pratiques de contournement qui ne sont pas sans conséquences pour la suite. « L’entrée des Marocains dans la vie amoureuse et sexuelle se fait dans un mélange de peur et de hchouma (honte) » et ce dès le choix du lieu où abriter les amours « coupables ». Car seuls très peu d’entre eux disposent d’un appartement à eux. Dans les hôtels « il est obligatoire de présenter un acte de mariage. Du coup, dans les grandes villes, c’est un vrai marché noir de location d’appartements meublés ». Et pour les moins fortunés, c’est dur… Pour tous, une seule solution : la révolution des mœurs par la lutte pour l’égalité des sexes.

Par Jacques Munier

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