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Gare de triage de Miramas, carrefour stratégique

Services publics, l’écosystème républicain

5 min
À retrouver dans l'émission

Justice, Santé, enseignement, SNCF, énergie… les mouvements sociaux affichent un dénominateur commun : la défense du service public.

Gare de triage de Miramas, carrefour stratégique
Gare de triage de Miramas, carrefour stratégique Crédits : G. Julien - AFP

Le service public, c’est « notre écosystème républicain »… La formule est de Jean Garrigues dans l’entretien accordé à Éric Fottorino et Laurent Greilsamer, qui paraît aujourd’hui dans l’hebdomadaire Le 1. « Le service public reste un point qu’on ne peut toucher dans l’édifice social français. C’est devenu l’un des socles de la citoyenneté républicaine – souligne l’historien. 

Ce socle s’est d’abord forgé au début de la IIIe  République autour des grandes lois concernant les libertés élémentaires, puis l’enseignement. La deuxième strate s’est construite progressivement entre la fin de la guerre de 14-18 et la Libération, renforçant l’idée d’une indissociabilité entre la République et le service public identifié comme une spécificité française.

Ce qui n’exclue pas qu’on puisse en « questionner la rentabilité ». Mais il semble bien que son démantèlement progressif depuis des années – PTT, France Telecom, EDF, gestion de l’eau, autoroutes… – soit vécu comme une dégradation continue. Jean Garrigues ajoute que « pour la SNCF, tous ses dirigeants de 1944 à la fin des années 1950 ont fait l’expérience de la Résistance. Ce n’est pas un hasard. 

Le rôle des réseaux Résistance-Fer n’a fait que confirmer culturellement, même si c’est inconscient chez les Français, cette image positive du service public.

L'État-providence

Une image renforcée par la mise en place de la protection sociale à la Libération et par l’attachement à « une culture portée aussi bien par la gauche (le PC et la SFIO représentent plus de 50 % de l’électorat) que par le général de Gaulle », chez lequel coexistent « une forme de dirigisme jacobin et une méfiance à l’égard des féodalités économiques ». L’historien rappelle sa remarque, lors d’une réunion avec les représentants du patronat qui veulent créer l’équivalent du Medef : « Mais je n’ai vu aucun d’entre vous à Londres. Estimez-vous heureux de ne pas vous retrouver en prison. » Cette méfiance envers le capitalisme privé, dont des pans entiers avaient basculé sans état d’âme dans la collaboration, pousse alors l’État à mettre la main sur de nombreux secteurs de l’économie. Mais la notion elle-même de service public est plus ancienne. Elle a été définie par un juriste de l’entre-deux-guerres, Léon Duguit, dans un traité de droit constitutionnel, « comme un ensemble de services – qu’il s’agisse de protections, de commodités, etc. – que seule la puissance gouvernante est en mesure d’apporter aux citoyens ». Elle vient donc s’articuler à l’idée de l’État-providence qui s’impose après la Seconde Guerre mondiale. Pour le professeur de droit à Bordeaux, à l’ordre et la paix par la justice, au bonheur commun par la protection des droits individuels s’étaient ajoutés l’assistance et la protection du travail, la culture, l’enseignement, le développement de la richesse… Et « l’obligation pour les gouvernants de remplir, au profit des gouvernés, une certaine mission, d’accomplir un certain service » restait le substrat irréductible du service public, une « obligation » qui – je cite « doit s’accomplir au profit de tous les gouvernés sans distinction ».

L’écosystème républicain

Le service public est donc le ciment d’au moins deux éléments de la devise républicaine : l’égalité et la fraternité. Tout cela explique qu’il soit si fortement et symboliquement associé dans l’esprit des Français à la notion de République comme à notre identité et à notre histoire, et que s’il n’est pas exclu à priori de le réformer ou de l’améliorer, la moindre menace sur son existence hérisse nos concitoyens. Alors que les députés viennent d’adopter en première lecture, à une large majorité élargie au groupe Les Républicains, le projet de loi sur la transformation de la SNCF, il n’est pas inutile de s’intéresser au bilan de l’ouverture à la concurrence du fret ferroviaire, qu’il est d’ailleurs prévu dans la nouvelle loi de filialiser. Douze ans après cette ouverture à la concurrence, Martine Orange évoque dans Mediapart un véritable « désastre ». Pourtant avantageux du point de vue écologique, ce mode de transport ne cesse de décliner en France et son enquête détaillée met en lumière les nombreuses failles d’une libéralisation sauvage et incontrôlée. Contrairement à des pays comme la Suisse, qui « ont décidé de favoriser le fret ferroviaire, non seulement en subventionnant le transport de marchandises par rail mais en investissant dans la modernisation de leur réseau et dans de nouveaux modes d’acheminement (camions embarqués, conteneurs, combinaison rail-route, fret cadencé) », rééquilibrant ainsi la concurrence déloyale du transport routier qui bénéficie chez nous de l’exonération d’une partie des taxes pétrolières, de tarifs de péages autoroutiers sans rapport avec l’usure produite des camions par rapport aux voitures, de l’allégements des charges sociales, du recours aux travailleurs détachés… Ouverture à la concurrence et désormais filialisation pour finir par abandonner le secteur : en France, conclut la journaliste, « pour lutter contre le changement climatique, il suffit d’éteindre la lumière derrière soi ».

Par Jacques Munier

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