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Sammy Ketz de l'AFP sous le feu d'un sniper, Maalula, Syrie, 2013

Le métier de journaliste

5 min
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Après trois années de baisse, les violences contre les journalistes sont reparties à la hausse en 2018, selon le bilan annuel de Reporters sans frontières.

Sammy Ketz de l'AFP sous le feu d'un sniper, Maalula, Syrie, 2013
Sammy Ketz de l'AFP sous le feu d'un sniper, Maalula, Syrie, 2013 Crédits : AFP

Parmi les 80 victimes cette année, 63 journalistes professionnels, soit une hausse de 15 %, treize non-professionnels (contre sept en 2017) et quatre collaborateurs de médias, souligne l’ONG qui dénonce une violence « inédite » contre les reporters. C’est l’Afghanistan qui a été le pays le plus meurtrier cette année avec quinze tués, détrônant la Syrie, qui occupait cette place depuis 2012 et reste le deuxième pays le plus dangereux avec onze reporters tués. Le nombre de journalistes en détention est également en hausse : 348 contre 326 en 2017, ainsi que celui des otages : 60 journalistes captifs à ce jour contre 54 l’an dernier. Plus de la moitié de ceux qui sont morts dans l’exercice de leur fonction ont été « sciemment visés et assassinés », comme l’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi, ou le journaliste slovaque Jan Kuciak, mort le 21 février. 

Le journalisme d'investigation

L’hebdomadaire Le un propose aujourd’hui un N° double, avec deux sujets à bien des égards complémentaires : la désinformation qui nuit à la crédibilité de la presse et le métier de reporter, le journaliste de terrain. La figure et le travail de Jan Kuciak, assassiné avec sa compagne alors qu’il était sur le point de publier une enquête sur l’influence de la mafia calabraise au sein du gouvernement slovaque, sont évoqués par Pavla Holcova, journaliste tchèque, qui travaillait en étroite collaboration avec lui. Comme il arrive souvent, le travail d’investigation est parti d’un petit détail qui met la puce à l’oreille : « le Premier ministre slovaque Robert Fico, un populiste de gauche, avait embauché une jeune femme du nom de Mária Trošková comme assistante personnelle ». On ne savait rien de son parcours personnel et le mutisme obstiné du service de presse du gouvernement déclencha l’enquête qui de fil en aiguille conduisit à mettre au jour « l’étendue de la présence de la ‘Ndrangheta dans l’est de la Slovaquie, la façon dont elle se sert d’exploitations agricoles pour détourner les fonds européens, tout en entretenant des liens avec le parti au pouvoir ». L’assassinat et l’affaire ont provoqué dans le pays « les plus grandes manifestations depuis 1989 », lors de la chute du mur de Berlin, ainsi que la démission du Premier ministre. Ils ont joué, ajoute Pavla Holcova, comme « un révélateur de la frustration de la société slovaque face à l’impunité des politiques. 

Avant l’assassinat, la crédibilité des journalistes était au plus bas, nous avions l’impression d’écrire des articles compliqués qui n’intéressaient personne et qui n’avaient aucun impact, car aucun des hommes au pouvoir impliqués dans des affaires de fraude fiscale n’était finalement poursuivi. » La réaction populaire « nous a redonné foi dans notre travail : cela justifiait les risques que nous prenions pour chercher la vérité.

L'indépendance de la presse

L’hebdomadaire publie la carte de la liberté de la presse établie par Reporters sans frontières, en signalant, du vert au brun, les pays où la situation est bonne jusqu’à ceux où elle est très grave. Autant dire que ce n’est pas le vert qui domine… Comme les Etats-Unis, la France est en jaune – situation plutôt bonne. Commentaire : 

Si la presse est globalement libre et plutôt bien protégée par la loi, le paysage médiatique français est largement dominé par de grands groupes industriels dont les positions principales se trouvent dans d’autres secteurs. Cette situation entraîne des conflits d'intérêts qui font peser une menace sur l’indépendance éditoriale, ainsi que sur la situation économique des médias. 

Un autre aspect est souligné par Éric Fottorino dans son éditorial. 

La perte de confiance qui frappe l’information et ceux qui la diffusent ouvre la voie au grand n’importe quoi, à ce que Guy Debord appelait la société inversée, où le vrai ne serait plus qu’un moment du faux.

On a beaucoup et à juste titre incriminé les réseaux sociaux et internet dans cette affaire. Mais un extrait du texte de Pierre Bourdieu sur la télévision – qui n’a pas pris une ride – pointe les effets pervers de la logique du scoop, dont on peut voir qu’elle a aussi gagné la presse écrite. 

Pour être le premier à voir et à faire voir quelque chose, on est prêt à n’importe quoi, et comme on se copie mutuellement en vue de devancer les autres, on finit par faire tous la même chose, la recherche de l’exclusivité, qui ailleurs produit l’originalité, la singularité, aboutit ici à l’uniformisation et à la banalisation.

Hommage à Cabu

Le dessin de presse est à l’affiche de La Quinzaine littéraire, avec un dossier en hommage à Cabu, dont la mort dans l’attentat de Charlie Hebdo démontre que le risque est partagé avec les reporters. Jean-Luc Porquet, son collègue et ami au Canard enchaîné, qui vient de publier chez Gallimard une biographie de Cabu enrichie de nombreux documents inédits, raconte que Jean-Luc Godard déclarait en 1975 : « Cabu est le meilleur journaliste de France. » Et il ajoute qu’il dessinait sans arrêt, « c’était sa manière d’appréhender le monde ». En observateur politique mais aussi reporter souriant ou sarcastique de notre société.

Par Jacques Munier

Un témoignage saisissant sur le travail de l’ombre de ces « journalistes citoyens » en première ligne, qui ont également payé un lourd tribut à la liberté d’informer : Hala Kodmani, Seule dans Raqqa (Pocket)

Le journal de Nissan Ibrahim
Le journal de Nissan Ibrahim

Syrie, 2011. Prise en étau entre les exactions d’un dictateur et la barbarie de l’État islamique, Raqqa souffre en silence. Sur Facebook, pourtant, une jeune femme prend la plume. C’est une résistante, une intellectuelle, une amoureuse. Elle raconte l’enfer d’un peuple, son quotidien de combats, de terreurs – son espoir aussi. Le symbole d’une ville, d’un pays tout entier. Antigone moderne, elle en partagera le destin : dénoncée en 2015, elle mourra exécutée dans les geôles de Daech. Journal de bord et testament, Seule dans Raqqa est plus qu’un témoignage : un chant de liberté. (Présentation de l'éditeur)

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