LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Paul Virilio à Paris, avril 2009

Hommage à Paul Virilio

5 min
À retrouver dans l'émission

L’urbaniste et philosophe nous a quittés à l’âge de 86 ans. La presse lui rend hommage en publiant des entretiens réalisés il y a quelques années.

Paul Virilio à Paris, avril 2009
Paul Virilio à Paris, avril 2009 Crédits : Ulf Andersen - Getty

« Quelques jours avant son décès, il travaillait encore avec Jacques Arnould, (l’historien des sciences et théologien), en vue de la parution d’un ouvrage et il songeait, avec son ancienne élève, l’architecte Hala Wardé, à une nouvelle exposition » à la Fondation Cartier, a confié sa fille Sophie Virilio. Le Monde.fr résume ainsi son parcours, ponctué de nombreux livres : 

Le philosophe, qui avait entrepris dans les années 1970 une réflexion centrée sur la vitesse, qu’il considérait comme un facteur essentiel d’organisation sociale et de contrôle politique, avait fondé au début des années 1960 le groupe Architecture Principe avec Claude Parent, et publié le manifeste sur la Fonction oblique, qui marquera un tournant dans l’histoire de l’architecture française contemporaine.

On peut retrouver sur le site de L’express un entretien accordé au magazine Lire en 1999, à l’occasion de la parution de son livre Stratégie de la déception. Il y évoque, après l’écologie verte, ce qu’il appelle « l’écologie grise » - je cite : « celle qui devra tenir compte au XXIe siècle non seulement de la pollution de l'air, de l'eau, de la flore et de la faune, mais encore de la pollution des distances, des délais, autrement dit, de cette "grandeur nature" d'un écosystème tout aussi indispensable à la vie que les nourritures terrestres ! » Car la mondialisation se traduit également par « la contraction tellurique des distances de temps. 

Condamnés à l'incarcération géophysique par la compression temporelle des délais du transport et des transmissions instantanées, nous devons plus que jamais méditer la recommandation du sage instituteur de Pagnol: "Mes enfants, ne courez pas, la cour de récréation vous paraîtra plus grande!"

« La nouvelle université du désastre »

Écologie « grise », comme « matière grise » : cette « intelligence collective pour analyser, comprendre, anticiper la catastrophe du progrès » qu’il appelle de ses vœux dans un entretien de 2009 que republie le site de La Croix. Pour lui, « la tyrannie du temps réel est une vraie menace ». Autrefois « le prix du blé changeait dix à quinze fois par an ; aujourd’hui, il change dix fois par jour ! » Et les crises économiques deviennent systémiques du fait de « l’interaction instantanée des Bourses ». Depuis la chute du mur de Berlin – ajoute le philosophe 

Nous sommes entrés dans la "chronopolitique" : désormais, le temps réel l’emporte sur l’espace réel. Contrairement à ce que pense Fukuyama, ce n’est pas la fin de l’histoire, mais la fin de la géographie. Le monde est trop petit pour la puissance du progrès technique, de l’information et des transports. La logique de la grande distribution – flux tendus, stock zéro – résume tout : les mouvements de population comme le krach boursier.

Paul Virilio prévoyait que « Les migrations (économiques, écologiques et politiques) vont déplacer près d’un milliard de personnes d’ici à 2040. » Un phénomène qui remet en cause la notion de sédentarité. « La géopolitique était liée à une localisation. L’exode, les menaces de tous ordres, l’externalisation amènent les populations à fuir en masse. 

Que se passe-t-il quand le sédentaire est partout chez lui, et le nomade celui qui n’est jamais nulle part chez lui ?

L’administration de la peur

Dans un entretien de 2010 à Libération, lors de la parution de son livre L’administration de la peur (Textuel) le philosophe développe un autre aspect de la « tyrannie du temps réel ». 

Nous vivons une synchronisation de l’émotion, une mondialisation des affects. Au même moment, n’importe où sur la planète, chacun peut ressentir la même terreur, la même inquiétude pour l’avenir ou éprouver la même panique. 

Une situation qui n’est pas sans conséquences. 

La communauté d’émotion domine désormais les communautés d’intérêt des classes sociales qui définissaient la gauche et la droite en politique, par exemple. Nos sociétés vivaient sur une communauté d’intérêt, elles vivent désormais un communisme des affects.

La mutation est analysée dans l’ouvrage au titre explicite : L’administration de la peur. « La peur a certes toujours existé – écrit Paul Virilio – mais la voici aujourd’hui administrée, orchestrée, politisée. Ce sentiment est dû à une hypermodernité qui abolit les distances, pollue l’espace et plonge les sujets connectés à l’actualité dans un live permanent ». Paradoxalement « ce monde du mouvement permanent est aussi celui des communautarismes et du repli sur soi, effets collatéraux d’un monde rendu inhabitable par cette constante compression du temps ». À cela s’ajoute que « les États sont tentés de faire de la peur, de son orchestration, de sa gestion, une politique. La mondialisation ayant progressivement rogné les prérogatives traditionnelles des États (celles de l’État providence notamment), il leur reste à convaincre les citoyens qu’ils peuvent assurer leur sécurité corporelle. La double idéologie sanitaire et sécuritaire peut se mettre en place, faisant peser de réelles menaces sur la démocratie. »

Par Jacques Munier

Chroniques
6H45
10 min
Les Enjeux internationaux
Politique migratoire : l’UE met-elle en danger les migrants en Afrique ?
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......