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Un camp de réfugiés syriens au Liban

Syrie, l’impossible retour des réfugiés

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Calme plat en Syrie, dans le silence des armes… Il est vrai que la trêve sacrée du Mondial de foot en Russie doit imposer le couvre-feu jusque dans les casernes du régime.

Un camp de réfugiés syriens au Liban
Un camp de réfugiés syriens au Liban Crédits : Getty

À ceci près, cependant : Israël est venu casser « l’ambiance » même s’il ne confirme pas. Dans la nuit de dimanche à lundi dans l'est de la Syrie, province de Deir Ezzor, à proximité de la frontière irakienne, une frappe particulièrement meurtrière a fait 55 victimes dans les rangs des forces pro-régime. Sur le terrain, de part et d’autre de l’Euphrate : les forces de Bachar al-Assad appuyées par des milices étrangères, notamment des combattants irakiens et iraniens, mais aussi l'aviation russe, face à une alliance kurdo-arabe, les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenue par la coalition internationale emmenée par Washington. Laquelle s’est vue rapidement accusée par les médias de l’État syrien, rapporte avec l’AFP le site de l’hebdomadaire Le Point, et niant aussitôt – avec le Pentagone – toute responsabilité. « À Washington, un responsable américain s'exprimant sous le couvert de l'anonymat a nommé Israël, officiellement en état de guerre avec le régime syrien, et ennemi juré de l'Iran. ». S’il s’avère – comme c’est fort probable – que les frappes de dimanche ont été menées par Israël, cela marquerait une escalade significative contre l'ennemi iranien, estime Phillip Smyth, analyste au Washington Institute for Near East Policy. Car ainsi ils enverraient le signal « qu'ils peuvent frapper aussi loin et cibler une organisation aussi virulente que les Brigades du Hezbollah ». Al-Hari, le lieu du raid, se situe sur une route clé reliant, à l'est, la frontière syro-irakienne à l'Iran et, à l'ouest, la frontière libanaise. Nick Herras, analyste au Center for New American Security, ajoute que « les Israéliens envoient un énorme message à Bachar al Assad, aux Iraniens et aux dirigeants irakiens : le pont terrestre qui relie l'Iran au Liban en passant par la Syrie et l'Irak est sous la coupe d'Israël ». 

La spoliation des exilés

Au Liban, pays de 6,3 millions d’âmes où plus d’un million de Syriens ont trouvé refuge, on commence à organiser le retour des réfugiés. Laure Stephan, l’envoyée spéciale du quotidien Le Monde, a suivi l’opération au camp d’Ersal, où 3000 personnes s’apprêtent à regagner leurs foyers – une poignée par rapport aux 50 000 réfugiés qui demeurent dans la ville. Pour l’ONU, les conditions de sécurité en Syrie ne sont pas réunies pour parrainer des retours. « Mais nous ne nous opposons pas aux départs choisis », nuance Mireille Girard, représentante du HCR au Liban. Pour les candidats au départ, la promulgation par Damas, en avril, du « décret 10 », une loi dite de « renouveau urbain » qui va déboucher sur des expropriations de masse des exilés, a achevé de les convaincre. 

Je ne veux pas être dépossédée, ni de notre maison partiellement détruite, ni de nos terres et de nos arbres fruitiers

explique Sawsan, qui s’apprête à boucler ses bagages en 30 minutes : « une lampe à pétrole pour les soirs sans électricité, des matelas et un vieux poste de télévision ». Elle laisse au Liban son aîné de 22 ans pour le soustraire au service militaire. Nombreux sont ceux qui redoutent une arrestation à leur retour, notamment les jeunes qui ont déserté « pour ne pas devenir des meurtriers, dans la répression », et qui ne bougeront pas, malgré un avenir bouché en camp de réfugiés. Pourtant la question des réfugiés, qui constituent avec les déplacés la moitié de la population de Syrie avant la guerre, est centrale pour rétablir la stabilité dans le pays et la région. Mais le régime s’emploie à la rendre impossible, notamment par cette loi d’expropriation qui crée les conditions d’un véritable nettoyage ethnique, à seule fin de modifier la démographie, et de favoriser l’installation de ses alliés iraniens et de leurs supplétifs afghans et pakistanais auxquels les « gardiens de la révolution » ont fait miroiter la promesse d’un visa de séjour. 

L'impossible règlement politique sans les déplacés

Dans les pages idées de Libération, Paul Seils, le vice-directeur de l’Institut européen pour la paix, rappelle que le règlement politique du conflit « se doit de faire une priorité absolue du sort des personnes déplacées » et que « Les discussions seront cadrées par deux principes : pas d’investissement de l’Union européenne pour la reconstruction sans le préalable d’un règlement politique global » ; et le respect « de la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU » qui « insiste sur la mise en place de conditions pour un retour volontaire et sécurisé des réfugiés ». Or cette question reste aujourd’hui largement absente des pourparlers. « Repousser le problème des réfugiés à la suite du règlement politique global mène à une impasse. L’Afghanistan en est un exemple récent, la Palestine un échec exemplaire » ajoute le spécialiste de justice transitionnelle. « Le gouvernement syrien a pratiqué la politique de la terre brûlée. Les succès du soutien militaire russo-iranien ont été suivis par des lois et des décisions destinées à spolier et à exproprier » tout comme au temps de l’apartheid en Afrique du Sud. Moyennant quoi « le président Al-Assad s’est récemment fendu d’une déclaration selon laquelle, en dépit des coûts de la guerre, « la Syrie est à présent plus homogène ».

Par Jacques Munier

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