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Ecouter sa fatigue

Grosse fatigue

5 min
À retrouver dans l'émission

Changement de saison, passage ce week-end à l’heure d’été, qui va retirer une heure de sommeil… La fatigue se fait sentir au mitan de l’année laborieuse.

Ecouter sa fatigue
Ecouter sa fatigue Crédits : Th. Koehler - Getty

Mais si vous êtes du matin, réjouissez-vous, vous allez enfin retrouver vos horaires ! C’est un médecin qui le dit à Julien Bisson dans l’hebdomadaire Le un qui paraît ce mercredi 21. Sinon, sachez que ce que vous risquez d’éprouver c’est de la « chronofatigue », la fatigue liée au décalage entre nos rythmes de vie et notre organisme.

Le "retard de phase"

« Notre corps – explique Patrick Lemoine – est doté d’une horloge interne, génétiquement programmée, qui nous pousse à respecter les horaires pour lesquels nous avons été construits. Or tout ce qui peut empêcher la production de mélatonine – une hormone liée à la pénombre et à l’obscurité qui est responsable de l’endormissement – va nuire aux rythmes biologiques. »

La mélatonine est sécrétée dans le cerveau par la glande pinéale en réponse à l’absence de lumière captée par la rétine. Cette hormone dite « du sommeil » permet de régler le cycle biologique en repérant l’apparition du jour et de la nuit, mais aussi l’évolution des saisons. Produite par l’organisme au début de la nuit, elle favorise l’endormissement, avant de diminuer jusqu’au matin. Le docteur en neurosciences et spécialiste des troubles du sommeil rappelle que « L’invention de la lumière artificielle – la maîtrise du feu il y a un million d’années, puis celle de l’électricité – a fait de nous la seule espèce animale sur la planète à ne plus être en accord avec notre donneur de rythme traditionnel, le soleil. C’est ce qu’on appelle le retard de phase. Et cette situation s’est aggravée depuis quelques années avec l’apparition de la lumière bleue des écrans – télévision, tablettes, smartphones, liseuses … Lorsqu’ils sont consommés après le dîner, ceux-ci peuvent accentuer ces retards de phase. » Au passage, avertissement et conseil aux ados ou à ceux qui n’ont pas fini de l’être : 

révisez, envoyez vos messages, regardez des vidéos sur votre smartphone à partir de 5 heures du matin, vous serez beaucoup moins fatigués !

Car « notre cerveau est équipé d’un thermostat : il faut que notre température baisse pour qu’on puisse s’endormir, avant de remonter pour qu’on soit en forme le matin. Or, plus on retarde l’abaissement de la température, plus on retardera la remontée le matin, et donc un réveil avec une sensation de fatigue ». Et des dommages collatéraux en perspective : « Une étude de l’INSEE a montré qu’on observe généralement le lundi matin un pic régulier pour les accidents de voiture, les infarctus et les tentatives de suicide. » Totalement déphasé après le week-end, le corps a une température encore basse au réveil, d’où un moindre tonus physique et le moral en berne : « la fatigue matinale s’apparente à une forme mineure de dépression » affirme Patrick Lemoine, qui ajoute que si l’on parle de « sommeil réparateur » c’est parce que pendant le sommeil profond « est produite l’hormone de croissance dont nous avons besoin pour permettre aux cellules de se régénérer ». 

Burn-out

S’il est vrai que nous passons un tiers de notre vie à dormir, pour une grande majorité d’entre nous, nous passons un tiers de notre vie d’adulte à travailler. Le stress, le surmenage, le harcèlement, l’ennui : « la liste des causes de fatigue, et donc de souffrance au travail, est infinie et elles se conjuguent souvent pour nous éloigner du plaisir légitime que nous devrions avoir à consacrer autant d’heures chaque jour à exercer notre profession », observent Léonard Anthony et le Dr Adrian Chaboche dans un livre au titre explicite : Fatigue, publié chez Flammarion. Apprendre à reconnaître les symptômes d’une grosse fatigue ou d’un burn-out peut être utile pour en prévenir les conséquences les plus graves. C’est d’ailleurs ce que les auteurs accordent à la fatigue : la valeur d’un symptôme qu’il faut savoir écouter. Le burn-out, par exemple se déroule en plusieurs phases : « la première est nommée l’antichambre, ou burn-in. On y trouve des personnes ayant déjà des prédispositions personnelles telles que des idéaux élevés, une éducation prônant la valeur travail, une forte ambition de réalisation » etc. Une vie professionnelle prenante commence « à empiéter sur les pratiques sportives, les loisirs, les relations sociales »… Deuxième phase : « le corps se met à parler » : douleurs diverses et fatigue, la déprime et la chute de l’estime de soi n’est pas loin, c’est là qu’il faut savoir s’arrêter et consulter. Mais nombreux sont ceux qui ont alors recours aux substances psychoactives.

Un ouvrage collectif de clinique du travail publié chez Erès sous le titre Se doper pour travailler examine ces usages qui visent « une transformation de soi » d’autant plus recherchée « que la transformation du travail, des situations de travail semble empêchée, bloquée. Dans le monde du travail contemporain - expliquent Renaud Crespin Dominique Lhuilier et Gladys Lutz - l’effort personnel s’impose bien souvent comme la variable d’ajustement d’une organisation du travail saturée de contraintes : faire avec ce qu’on a pour préserver ce qui vaut », la valorisation des formes d’endurance dans l’engagement conduit alors trop souvent à « euphémiser les questions de santé ».

Par Jacques Munier

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