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Climat : la conjonction des risques

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Une vaste étude, publiée lundi dernier dans la revue Nature Climate Change, apporte de nouveaux éléments sur le réchauffement climatique.

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Sans légende Crédits : Getty

Le journal Le Monde en décrit les grandes lignes et son édito en souligne l’originalité : « mettre en perspective l’aspect cumulatif des fléaux entraînés par le dérèglement climatique à partir de milliers de données sociales, économiques ou géographiques publiées depuis les années 1980 ». Jusqu’à présent, on examinait séparément les conséquences de chaque aléa. Cette étude croisée fait apparaître « la concomitance et la combinaison des risques auxquels nous sommes confrontés à travers une approche pluridisciplinaire ». Une vingtaine de chercheurs internationaux ont ainsi répertorié 467 formes d’impacts sur nos vies quotidiennes, qu’il s’agisse de santé, d’alimentation, d’accès à l’eau, d’économie, d’infrastructures ou de sécurité. Pour Robert Vautard, directeur de recherches au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, et qui travaille sur le sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), prévu pour 2021, la force de cette étude « réside dans son ampleur, son côté systématique et le fait qu’elle se base sur des faits réels plutôt que des modèles, qui ont forcément des incertitudes. Ses résultats sont donc incontestables. » Et la climatologue Valérie Masson-Delmotte, également membre du GIEC, prévoit que « cette nouvelle méthode des risques croisés va prendre de l’ampleur dans les années à venir », et permettre d’« affiner les projections ». 

Nos émissions de gaz à effet de serre déclenchent un effet domino, dans lequel nous ne changeons pas seulement la température. L’augmentation de la chaleur favorise l’évaporation de l’eau du sol, ce qui entraîne des sécheresses, des feux de forêt et des vagues de chaleur dans des endroits normalement secs ou des pluies massives et des inondations dans des zones généralement humides. (Camilo Mora, professeur associé au département de géographie de l’université d’Hawaï et premier auteur de l’étude de la revue Nature Climate Change)

Si les émissions de gaz à effet de serre continuent sur leur trajectoire actuelle, résume Audrey Garric qui signe l’article du Monde, « la moitié de la population sera soumise à trois dangers climatiques simultanés à la fin du siècle (et jusqu’à six pour certaines régions côtières tropicales), d’une intensité maximale, qui produiront de nouveau des centaines d’effets sur les vies humaines ». Marseille, par exemple, subirait « des sécheresses, des vagues de chaleur et des incendies, une hausse du niveau de la mer, une réduction de l’eau potable et des changements océaniques (de température, d’acidité et de quantité d’oxygène) ». 

La forêt, symbole de vie

Les forêts jouent un rôle déterminant dans la régulation climatique en absorbant du CO2 et en rejetant de l’oxygène dans l’atmosphère. Elles sont au programme de l’article 5 de l’Accord de Paris. Les pages Débats&controverses de L’Humanité leur sont consacrées, avec la tribune de chercheurs et professionnels qui décrivent la subtilité de leur approche concrète pour l’entretenir et la préserver. La forêt française est à la fois composée d’écosystèmes naturels et « modifiée et occupée par l’homme depuis des millénaires : les chênes ne seraient pas l’essence emblématique de nos forêts si l’on n’avait pas protégé ces espèces pionnières de l’agressivité des concurrents plus tardifs comme le hêtre ». Clément Sénéchal, porte-parole climat & forêts pour Greenpeace, déplore qu’elles « continuent d’être détruites à un rythme effréné. Entre 13 et 15 millions d’hectares de forêts disparaissent chaque année à l’échelle mondiale : en moyenne, un terrain de foot toutes les 3 secondes ». Ce qui génère par défaut environ 12% des émissions de gaz à effet de serre, pas loin du secteur des transports. En cause, l’élevage et la culture à grande échelle de la pâte à papier, du soja, de l’huile de palme, du bois, du cacao, du coton… 

Espèces animales : « la sixième extinction »

Écosystème, biodiversité, la dernière livraison de la revue Billebaude est consacrée à ce qu’on désigne et redoute à la fois comme « la sixième extinction » des espèces animales. Des papillons champêtres aux escargots d’Hawaï, de l’ours aux vautours et à de si nombreux oiseaux comme l’alouette des champs et d’autres passereaux, le déclin des espèces vivantes est l’autre signe tangible de la dégradation de notre environnement. Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature, met en cause l’artificialisation des sols et la dégradation ou la disparition des habitats naturels. « La France a perdu 50% de ses zones humide, qui jouaient un rôle d’éponge pour prévenir les inondations autant qu’elles abritaient une multiplicité d’espèces, et capable aussi de restituer l’eau lors de sécheresses. » Edward Wilson, l’entomologiste inventeur du mot biodiversité évoquait ainsi la joie d’explorer la vie autour de soi, ce qu’il appelait aussi la « biophilie » : 

C’est pour autant que nous en viendrons à comprendre d’autres organismes que nous leur accorderons plus de prix, comme à nous-mêmes.

Par Jacques Munier

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