LE DIRECT
Luigi Di Maio, 21 mai 2018

Italie : l’alliance improbable

4 min
À retrouver dans l'émission

Les Italiens s’amusent des invectives que se lançaient encore récemment les leaders des deux formations qui s’apprêtent aujourd’hui à gouverner ensemble.

Luigi Di Maio, 21 mai 2018
Luigi Di Maio, 21 mai 2018 Crédits : M. Spatari - AFP

Luigi Di Maio, dirigeant du M5S, dénonçait le racisme anti-méridional de la Ligue et de ses militants, qui en appelaient au Vésuve pour nettoyer " Naples par le feu ". Quand Matteo Salvini, secrétaire fédéral de la Ligue, jugeait incompétents les responsables du Mouvement 5 étoiles, voire « plus dangereux que les communistes ». S’il est vrai que l’Italie a souvent pratiqué des formes de compromis gouvernemental qui dénaturent la volonté des électeurs, le cas de figure actuel est particulièrement exemplaire. Marie-Anne Matard-Bonucci analyse dans Le Monde les stratégies sous-jacentes à ce « mariage de la carpe et du lapin », dont elle doute de la longévité. « Les 5 Etoiles attendent une légitimité accrue de l'exercice du pouvoir et la possibilité de conforter leur profil " ni droite ni gauche " aux côtés d'un allié plus radical (dont le site, Il Populista, affiche en exergue le slogan " Libère la bête qui est en toi ! "). Quant à Matteo Salvini, il parie sur sa capacité à faire triompher ses propres orientations au sein de la coalition et à s'imposer comme le leader principal de la droite. » L’historienne observe que « le contrat de gouvernement présenté aux Italiens semble d'ores et déjà valider cette stratégie tant celui-ci fait pencher l'alliance vers la droite, voire du côté de l'extrême droite ». Même si l’on peut créditer les Cinq Étoiles d'avoir limité l'anti-européisme de la Ligue, sur la question de l’immigration, ce sont ses positions qui se sont imposées. Et surtout, en s'alliant à la Ligue pour devenir un parti de gouvernement, le M5S « risque de ne pas faire le poids face à un partenaire bien plus structuré et cohérent ». 

Demandez le programme !

« Un contrat de gouvernement qui ménage la chèvre contre le chou », estime Amélie Poinssot dans Mediapart. « Ce programme – résume-t-elle – tente une synthèse impossible entre un parti ouvertement xénophobe et un autre qui, jusque-là, voulait réformer le système politique italien. Tout au long de ses cinquante-huit pages, il reste flou sur le financement des mesures budgétaires et l’ensemble tient davantage d’un catalogue de vœux pieux ». On peut relever l’influence décisive de la Ligue dans le chapitre sur l’immigration : il s’agit d’accélérer « les procédures de vérification du droit au statut de réfugié ou de sa révocation » et les « reconduites à la frontière », en consacrant « davantage de ressources au Fonds de rapatriement, quitte à en prélever sur les ressources jusque-là prévues pour l’accueil des réfugiés ». Autre signe de l’alignement des Cinq Étoiles : la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts passe au second plan, « réduite à quelques lignes qui tournent en rond, preuve que la Ligue – soutenue par Forza Italia de Berlusconi – ne partage pas cette préoccupation ». 

L'Europe retient son souffle

Reste la question cruciale de l’attitude de l’Union européenne vis-à-vis de l’Italie. Dans la page débats de La Croix Marc Lazar recommande de « s’adresser à l’Italie sans la radicaliser davantage », la souveraineté nationale étant au bout du compte le seul véritable dénominateur commun de l’alliance hétéroclite qui s’apprête à prendre le pouvoir. Le directeur du centre d’histoire de Sciences-Po et président de la Luiss School of government à Rome souligne que l’Europe demeure « un interlocuteur légitime pour évoquer la fragilité du système bancaire et l’assainissement des comptes publics. » Et il évoque les personnalités européennes et italiennes à la fois qui peuvent se faire entendre dans la péninsule. « Le président Sergio Mattarella, même s’il n’est pas un défenseur à tous crins de l’Europe, a fixé une ligne rouge, en rappelant que l’Italie devrait honorer ses engagements européens et internationaux. » Le président du Parlement européen, Antonio Tajani (droite, Forza Italia) « s’est déjà fait le défenseur de l’Italie en tant que membre de la zone euro ». Federica Mogherini, du Parti démocrate, la cheffe de la diplomatie européenne ou Mario Draghi, à la tête de la Banque centrale européenne, peuvent aussi donner de la voix. Ce dernier, « décrié en tant qu’expert – tout ce que les eurosceptiques détestent – a pourtant contribué à desserrer un peu l’étau d’austérité autour de l’Italie. » Mais au-delà de ce contexte particulier, ce qui inquiète les Européens, c’est la confirmation d’une tendance de fond, réactionnaire et populiste. Marc Lazar rappelle que « La Ligue et le Mouvement 5 étoiles sont deux partis pro-Poutine qui demandent la levée des sanctions contre la Russie. La tentation pourrait donc être grande de se rapprocher de l’Autriche ou de la Hongrie. » Une menace que Sylvain Kahn désigne dans le site The Conversation comme l’orbanisation de l’Europe, « une nouvelle synthèse idéologique au sein de laquelle les doctrines et les pratiques gouvernementales des partis de la droite parlementaire et de gouvernement se fondent dans les doctrines des partis de droite radicale et extrême, qui se caractérisent par une pratique illibérale et souverainiste de la démocratie parlementaire. »

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
10 min

Les Enjeux internationaux

Ebola en RDC : une crise déjà confinée ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......