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Sigmund Freud and Jean Harlow by Miguel Ducland Covarrubias

Début et fin de la cure

5 min
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« Que devient la psychanalyse ? » Poser la question à froid c’est aussi une manière d’en relancer l’actualité…

Sigmund Freud and Jean Harlow by Miguel Ducland Covarrubias
Sigmund Freud and Jean Harlow by Miguel Ducland Covarrubias Crédits : Getty

C’est exactement la liberté que prend La Quinzaine littéraire et nous la suivrons provisoirement dans ce retour éternel à la scène primitive mettant aux prises les tenants de l’inconscient et l’armée des thérapeutes positivistes ou comportementaux qui les vouent aux gémonies. L’époque qui sert de décor aux roitelets satisfaits de la mondialisation libérale peut aussi fournir un angle d’attaque. Mais revenons aux fondamentaux. Denis Podalydès raconte son parcours de cure sans parvenir à en discerner le terme. « J’ai presque tout oublié du grand mystère que représentait la fin de l’analyse. » D’où le recours au récit de Georges Perec dans Les Lieux d’une ruse

Il n’y a eu ni début ni fin ; bien avant la première séance, l’analyse avait déjà commencé ; bien après la dernière séance, l’analyse se poursuit.

Perec évoque aussi « cette sensation innommable d’être une machine à moudre des mots sans poids », le comble pour un écrivain… Et la curieuse relation avec l’analyste, soupçonné de lui cacher quelque chose, d’en savoir « beaucoup plus qu’il n’en voulait dire… 

Comme si ces mots qui me passaient par la tête allaient se loger derrière sa tête à lui pour s’y enfouir à jamais, suscitant une boule de silence aussi lourde que mes paroles étaient creuses. 

Michel Gribinski, auteur, éditeur, traducteur de psychanalyse et psychanalyste, semble lui répondre lorsqu’il évoque l’un des écueils de la « science des rêves », l’interprétation. Citant Jean Paulhan qui reprochait à un écrivain son excès de clarté – « de la lumière partout supprime le relief » – il plaide pour une autre voie, suggérée par Freud lui-même « quand il se réfère à la métapsychologie qu’il appelle sa " sorcière " par allusion à une scène du Faust de Goethe, où le diable lui-même a besoin des incantations obscures de la sorcière ». 

Allumer le feu !

Dans Une histoire érotique de la psychanalyse, qui paraît aujourd’hui chez Payot, Sarah Chiche fait la part belle aux zones d’ombre où règne l’autre nom du désir, qui peut animer ou au contraire précipiter dans l’abîme le cours d’une analyse : Éros. Depuis le début – rappelle-t-elle – « les femmes sont le moteur de la psychanalyse » : « c’est par l’étude des femmes hystériques que Freud est devenu psychanalyste et c’est en faisant cas d’Aimée, une patiente paranoïaque et prise dans les rets infernaux d’une folie amoureuse érotomane, que Lacan est devenu psychanalyste. » Mais le rôle des femmes dans cette histoire ne se limite pas à ça : elles ont aussi été « théoriciennes, créatrices et penseuses », et même amoureuses, en révélant ainsi au grand jour la nature érotique, ou tout du moins désirante, du transfert – l’alpha et l’oméga de la cure. Freud lui-même a fait l’expérience de ce comburant incendiaire, « mais il est formel. L’étrangeté de cet amour-là, c’est qu’il ne concerne jamais la personne de l’analyste ». Et que ce qui pro quo peut même s’avérer « la résistance la plus pure au processus psychanalytique ». Pourtant le cas de Catherine Millot et de sa liaison avec Lacan semble témoigner du contraire. Ici le transfert joue à plein régime : « j’avais le sentiment d’avoir saisi l’être de Lacan de l’intérieur » et en retour, « je me sentais transparente pour Lacan… 

Une part essentielle de mon être lui était remise, il en avait la garde, j’en étais déchargée.

Lorsque la question s’est posée de la poursuite de la cure dans ces conditions, chacun a fait le pari de continuer : « il avait été inenvisageable pour moi de retirer ma mise et d’aller porter ma question ailleurs » - écrit-elle dans La Vie avec Lacan

Guérir ?

Dans ces conditions, on peut se poser la question de l’opportunité de la « guérison » concernant la cure psychanalytique. C’est l’objet de la dernière livraison de la revue Analyse freudienne presse. Lacan estimait que « les névrosés vivent une vie difficile et que nous essayons d’alléger leur inconfort. Une analyse n’a pas à être poussée trop loin. Quand l’analysant pense qu’il est heureux de vivre, c’est assez. » On l’a vu, c’est une question difficile et la réponse des psychanalystes n’apparaît pas tranchée. L’analyse étant une « construction », une « perlaboration », le processus enclenché sur le divan est appelé à se poursuivre tout au long de la vie. Et la « guérison », si l’on veut ainsi la désigner, n’est qu’un « surcroît, puisqu’elle n’est pas le but premier de la cure ». Pour Houchang Guilyardi, elle n’est pas « un concept analytique ». Car il s’agit en l’occurrence de « s’éloigner du curatif médical, appuyé sur une causalité linéaire métonymique, asservi à l’éradication du symptôme, jetant le bébé symbolique avec le bain du réel ». Lacan estimait que « la guérison, c’est une demande », et rien d’autre. Reste que la « sortie de la répétition mortifère » vers « une élaboration apaisée » peut constituer le signe d’une issue du processus analytique. Quand les « remaniements structurels » occasionnés dans le transfert – avec ou sans investissement amoureux – permettent « un gain de savoir inconscient ».

Par Jacques Munier

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