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La sénatrice Tammy Duckworth, après son vote le 26/04/2018

VoteMeToo

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Si Trump perd les élections de mi-mandat en novembre, il se pourrait bien qu’il le doive à toutes les femmes qui se sont lancées en politique depuis son élection.

La sénatrice Tammy Duckworth, après son vote le 26/04/2018
La sénatrice Tammy Duckworth, après son vote le 26/04/2018 Crédits : C. Somodevilla - Getty

Pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, les démocrates présenteront plus de candidates que de candidats : 439 femmes pour la Chambre des représentants – deux fois plus qu’en 2016 – et 57 pour un poste de gouverneur. On se souvient que, dès le début, le mandat du nouveau président avait été marqué par une Women’s March qui avait rassemblé des millions de femmes à travers tout le pays, et 2,5 millions et demi de personnes dans les rues de Washington, un mouvement que la deuxième marche des femmes, en janvier dernier, a confirmé. Dans le grand entretien qu’elle a accordé à L’Obs, Joan Baez résume à cet égard la situation créée par l’élection de Donald Trump : « Il nous a fait un beau cadeau que nous n’aurions pas obtenu d’Hillary Clinton, qui nous aurait cantonnées dans une attitude centriste de merde ! L’extrémisme de Trump a fait surgir chez beaucoup d’entre nous des révoltes enfouies, ou inédites. » 

Une "vague rose"

La dernière livraison de la revue America qui paraît aujourd’hui fait la part belle à ce que les politologues appellent désormais une « vague rose » qui pourrait bien engendrer la vague bleue dont rêve la gauche. Ladies First, par opposition au slogan réactionnaire et impérialiste America First. Corine Lesnes a mené l’enquête sur ce qui apparaît comme une sorte de révolution dans les mentalités, un « changement radical » initié dans le contexte de la libération de la parole des femmes provoqué par le mouvement #MeToo. « Cette fois, c’est Trump qui a mis les femmes en colère. Ses fanfaronnades obscènes. Son désintérêt affiché pour les dossiers. »  Comment un homme aussi médiocre a-t-il pu vaincre une femme aussi qualifiée ? La défaite d’Hillary Clinton, Toni Morrison le rappelle dans ce N° de la revue America, est notamment due au collège électoral qui a décidé d’envoyer Trump à la Maison-Blanche avec 3 millions de voix de moins que la candidate démocrate. « Or qu’est-ce que ce collège électoral ? – demande la Prix Nobel de littérature. Une organisation suprémaciste blanche datant de l’esclavage qui voue aux femmes un profond mépris. » De là à penser que les femmes, toutes origines confondues, ont entrepris de prendre leur revanche, l’hebdomadaire Time a fait le pas, qui rendait hommage aux « guerrières » en titrant en janvier The Avengers (Les vengeresses). Et au-delà du désir de revanche, c’est comme un instinct de survie qui s’exprime, comme le souligne Corine Lesnes : « Pour elles, c’est la patrie qui est en danger : au Texas, c’est le droit à l’avortement qui est menacé ; dans le Michigan, l’accès à une eau non contaminée. Santé, environnement, politique étrangère : leurs motivations couvrent l’éventail des secteurs chamboulés par l’administration Trump. » 

Révolution culturelle

Sous le couvercle d’une politique réactionnaire, c’est donc une véritable révolution culturelle qui semble s’amorcer. La plupart de celles qui s’engagent aujourd’hui en politique sont jeunes et « candidates à un âge où carrière et enfants retenaient les femmes, traditionnellement ». Or la maternité n’est plus un obstacle, bien au contraire : « être mère a pris rang d’expertise, au lieu d’être un élément dont les jeunes candidates doivent sempiternellement rendre compte », sur l’air de « qui va s’occuper des enfants ? ». En avril dernier, Tammy Duckworth, la sénatrice du Minnesota est venue voter avec son bébé : pilote d’hélicoptère pendant la guerre en Irak, amputée des deux jambes, elle se déplace en fauteuil roulant. « Les femmes bousculent les tabous » relève Corine Lesnes : Kelda Roys, une chef d’entreprise de 38 ans dans le Wisconsin, a attrapé son bébé qui pleurait alors qu’elle tournait un clip de campagne pour les primaires contre le bisphénol dans les biberons, et elle a décidé de garder la prise. Le buzz… « Avant, les candidates devaient montrer qu’elles avaient de la poigne et de l’autorité. » D’une manière générale toutes ces femmes sont hyper-diplômées, dotées d’une expérience professionnelle hors-norme et d’un CV impressionnant, mais encore intimidées par la chose publique. Notamment au moment de lever des fonds. A Baltimore, l’une des associations qui s’en charge s’est baptisée VoteMeToo, tout un programme… Et l’on constate un engorgement des cours universitaires de formation politique. C’est que, résume la chercheuse Kelly Dittmar, de l’un de ces centres de formation

« Les hommes se présentent pour être quelqu’un. Les femmes pour faire quelque chose. »

Je citerai, pour conclure, la vidéo de Dana Nessel, candidate dans le Michigan : « Quand vous choisirez le prochain attorney general – (l’équivalent du ministre de la justice dans chaque état), posez-vous la question : à qui pouvez-vous faire le plus confiance pour ne pas exhiber son pénis au travail ? Au candidat qui n’a pas de pénis ? C’est ce que je dirais. »

Par Jacques Munier

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