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La Ghouta, 27 février 2018

Al Ghouta

5 min
À retrouver dans l'émission

Dans l'enclave rebelle près de Damas la trêve décrétée par l'ONU n'a pas tenu un jour... Les appels à la communauté internationale se multiplient.

La Ghouta, 27 février 2018
La Ghouta, 27 février 2018 Crédits : Stringer - AFP

Peu d’entre nous connaissaient le nom de cette banlieue de Damas avant qu’un matin du mois d’août 2013 plus de 1400 personnes – en majorité des femmes et des enfants – y trouvent la mort asphyxiées au gaz sarin. Al Ghouta signifie en arabe l’oasis et de fait, le lieu est le verger de la capitale syrienne, irrigué par le fleuve Barada qui dévale sur la plaine désertique depuis l’Anti-Liban dans une gorge étroite. Les travaux d’irrigation qui en distribuent le cours dans les terres cultivées remontent à l’Antiquité. Comme le rappelle l'ancien maire d'Alep-Est, Brita Hagi Hassan, dans Le Monde, « la Ghouta est une suite de petits villages qui se sont urbanisés rapidement avec la migration des Damascènes d'origine » évincés par « la ruée des nouveaux riches proches du pouvoir venus acheter les maisons de Damas intra-muros ». Dès les premières heures du printemps syrien, l’enclave s’est vue encerclée, bouclée et fermée à toute aide internationale. Depuis, ses habitants manquent de tout, en particulier de nourriture et de médicaments. Aujourd’hui, les bombardements féroces, qui ciblent notamment les hôpitaux, visent à les déloger par la terreur pour la nettoyer de ses combattants. Le scénario d’Alep se répète mais – précise Brita Hagi Hassan – si les Aleppins « demandaient à être évacués, ce n'est pas le cas des Ghoutis qui ne veulent pas quitter leurs maisons, mêmes détruites, pour aller vers l'inconnu que continuent à craindre des centaines de leurs concitoyens chassés de chez eux manu militari par le régime Assad ». L’ex-maire d’Alep en appelle à la communauté et à la conscience internationale : « la Syrie est divisée entre Américains, Russes et Iraniens. Ces trois pays, ainsi que la Turquie et Israël en périphérie, sont en train de dépecer la Syrie pour en faire un monstre qui ne tardera pas à se réveiller pour en créer d'autres dans les décennies à venir » prévient-il. 

Une trajectoire de la brutalité

« Les opinions sont fatiguées », déplore Matthieu Rey dans les mêmes pages Débats & analyses du quotidien. Pourtant le chercheur à l’IREMAM – Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans, CNRS – estime que le pire est à venir et redoute le déferlement de la vengeance « froide, calculée et implacable. Tout cela n'apporte rien de nouveau, si ce n'est de faire bondir des statistiques que nul ne commente vraiment ni même ne comprend. Que serait un demi-million de personnes assiégées, réduites à la famine, pilonnées, et prochainement massacrées, violées et torturées dans les hécatombes syriennes ? » Cette « fatigue des opinions » est à mettre en regard avec ce que Matthieu Rey décrit comme une « trajectoire de la brutalité » : depuis le génocide des Tutsis au Rwanda, 

Progressivement, un trou noir est venu engloutir le destin de millions d'êtres humains au mieux promis aux routes de l'exil, au pire, tentant de survivre dans un état de guerre de tous contre tous.  

Le seuil de tolérance des opinions publiques mondiales s’abaissant à raison même, le moins-disant politique de la réponse humanitaire finit par s’imposer. La crise syrienne ne fait que marquer « une étape nouvelle dans cette trajectoire de la brutalité. Jusque-là, les discours se saisissaient des oripeaux de la morale, proclamaient la nécessité de respecter les droits élémentaires de l'humanité. Aujourd'hui, ils délaissent même l'éthique au nom du réalisme. Un ordre spécifique de la violence prend place, dans lequel celui qui est le plus fort, celui qui rassemble le plus de matériel pour détruire et nuire, celui qui sait brouiller son action devient le seul susceptible de s'imposer. » Pourtant, l’histoire récente nous apprend, comme en 2015 au Bataclan, que la spirale de la violence peut nous atteindre directement. 

Terrorisme d'Etat

« Face au terrorisme, notre sécurité se joue à Afrin » affirme Patrice Franceschi en ouvrant la focale sur un autre front syrien. L’écrivain engagé auprès des Kurdes considère que « si l'Europe laisse faire le président Erdogan, elle restera une cible du djihadisme ». « Peut-on oublier que les Kurdes nous ont aidés à vaincre l'organisation Etat islamique – notre ennemi commun, responsable des attentats en France – et que nos soldats ont combattu à leurs côtés pendant trois ans ? » L’écrivain, qui doute que la Turquie se plie à la résolution des Nations unies qui vient d'ordonner un cessez-le-feu de trente jours, ajoute : « Tout ce que fait Erdogan est dicté par sa politique intérieure. Il y flatte aussi bien les islamistes radicaux que les ultranationalistes. A ce mélange détonnant, il a promis de régler très vite le sort de ces Kurdes qui les obsèdent tous par leur projet politique émancipateur, où la laïcité voisine avec l'égalité hommes-femmes ». D’où un redoublement « de férocité dans la répression », que les vidéos diffusées par les supplétifs islamistes de l’armée turque illustrent jusqu’à la nausée, violentant les vivants et les morts, démembrant et piétinant les corps, notamment ceux des femmes combattantes. « Aviation, blindés, artillerie, tout est utilisé avec une violence inouïe pour écraser les Kurdes et faire plier leur volonté. Sans succès jusqu'à présent. Mais question crimes de guerre, Erdogan est désormais aligné sur Assad : Afrin pour l'un, la Goutha pour l'autre. L'histoire jugera un jour ces terrorismes d'Etat. »

Par Jacques Munier

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