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Parc animalier Les Angles, Pyrénées Orientales

Le règne animal

5 min
À retrouver dans l'émission

Le sort des vivants non-humains est devenu une question politique à l’échelle de la planète.

Parc animalier Les Angles, Pyrénées Orientales
Parc animalier Les Angles, Pyrénées Orientales Crédits : G. Van Langenhove - AFP

Et c’est au nom de la sauvegarde de la biodiversité que Nicolas Hulot souhaite réintroduire à l’automne deux ours femelles dans les Pyrénées-Atlantiques, alors qu’il ne reste que deux mâles. La décision a ouvert le débat, relayé par le quotidien La Croix. François Thibaut, éleveur ovin dans l’Ariège, se dit « surpris par la forme plus que par l’annonce elle-même », la biodiversité ne se mesurant pas « à la présence d’une espèce, même aussi emblématique que celle-là ». Pour le membre de la commission prédation à la Confédération paysanne, « Avant de réintroduire ces animaux dans les Pyrénées, il aurait été souhaitable de se demander pourquoi ils avaient disparu de cette zone » et ainsi « développer une véritable politique de préservation des niches écologiques, en tenant compte des personnes qui vivent là », et notamment de l’expérience des éleveurs dans les Pyrénées centrales, qui subissent les prédations sans être indemnisés à hauteur des pertes réelles. 

Un animal emblématique

Pourtant, « l’ours se nourrit essentiellement d’herbes, de plantes et de racines, c’est avant tout un herbivore » plaide Pascal Canfin, directeur de WWF France, qui insiste sur le caractère emblématique de l’ours des Pyrénées, aujourd’hui menacé. « L’ours – souligne-t-il – très présent dans l’histoire de ce massif, fait partie du patrimoine naturel et culturel de la région. Cela explique pourquoi Béarnais et Ariégeois sont largement favorables à la réintroduction de cette espèce. » Et d’élargir la focale au « monde où le vivant tend à disparaître. Ces quarante dernières années, 58 % des animaux sauvages ont disparu de la surface de la Terre. »

De quel droit l’homme a-t-il provoqué la disparition de plus de la moitié des autres espèces animales ?  

D’autant que si l’on en croit le titre du grand dossier de la dernière livraison de la revue France Culture Papiers, les bêtes sont des humains comme les autres. « Domination, exploitation et déni… Notre rapport aux animaux est un miroir des relations que nous entretenons avec les autres hommes », souligne Adèle Van Reeth pour ouvrir le débat en invoquant « un droit des animaux ». Qu’est-ce qui pourrait en empêcher l’existence, alors que s’il est avéré qu’ils éprouvent des émotions, nos semblables non-humains seraient même doués de pensée, comme le suggèrent les invités de Nicolas Martin. Dominique Lestel évoque notamment l’hypothèse de « l’intelligence machiavélienne », la capacité à tromper, à ruser et même à mentir chez certains animaux. Le philosophe éthologue rappelle d’ailleurs que dans de nombreuses cultures traditionnelles les chasseurs sont capables de communiquer avec eux. Et « dès que l’on observe des possibilités de changer de stratégie en fonction des défis rencontrés, on peut parler d’intelligence ». La revue publie les bonnes feuilles du livre de Carl Safina qui vient de paraître chez Vuibert sous le titre Qu’est-ce qui fait sourire les animaux. Enquête sur leurs émotions et sentiments. Le spécialiste de la vie marine décrit l’organisation sociale des bancs d’orques sur une île de la côte Pacifique, celle des troupeaux d’éléphants au Kenya et des meutes de loups dans le parc naturel de Yellowstone. 

Un loup peut-il être magnanime?

Là où ils ont été réintroduits après avoir été exterminés, le Garde professionnel Rick McIntyre les suit à la trace, à la balise et aux jumelles jour après jour. Il raconte l’histoire épique de l’un d’entre eux, portant le nom chiffré de son collier électronique : Vingt-et-Un, qui « faisait partie de la première portée de louveteaux née à Yellowstone en près de soixante-dix ans ». Devenu super-loup et grand costaud, le chef de meute était aussi « remarquablement doux » avec les siens, notamment les petits, il aimait se bagarrer avec eux et « faire semblant de perdre ». Rick McIntyre estime que « c’était pour eux une façon d’apprendre ce qu’on éprouve quand on triomphe de quelque chose de plus grand que soi », un genre de confiance dont « les loups ont besoin tous les jours de leur vie de chasseurs ». Vingt-et-Un savait défendre sa meute, et alors que se faire tuer par d’autres loups est la deuxième cause de mortalité après les humains, « il n’a jamais perdu un combat », mais surtout « il n’a jamais tué un adversaire vaincu ». Le Garde de Yellowstone évoque sa « magnanimité », une clémence et une absence de peur qui révèlent « une immense confiance en soi ». L’un des rares à mourir de vieillesse dans la réserve, il aura transmis cette confiance comme un patrimoine génétique à ses descendants que Rick McIntyre sait identifier en personne. Un statut de la personne non-humaine, c’est ce que plaide Florence Burgat, spécialiste de la condition animale, dans son dernier livre, qui paraît aujourd’hui chez Rivages sous le titre Être le bien d’un autre. Un statut qui permette à l’animal de sortir de la partition établie par le droit entre les personnes et les choses. 

Nous les arrachons à leur milieu, nous les enfermons, nous les mutilons, les modifions génétiquement aussi bien à des fins de recherche, de production qu’à des fins esthétiques. 

Pourtant, le code civil définit les animaux comme des « êtres vivants doués de sensibilité ». Il serait donc temps, estime la philosophe, de faire évoluer leur statut juridique vers un plus grand respect.

Par Jacques Munier

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