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Guy Ryder, directeur général de l'OIT, en 2017

Travail, emploi, salaires : la stagnation

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Le rapport annuel de l’OIT révèle que la croissance des salaires n’a jamais été aussi faible depuis dix ans et que l’écart de rémunération entre hommes et femmes se maintient à 20%.

Guy Ryder, directeur général de l'OIT, en 2017
Guy Ryder, directeur général de l'OIT, en 2017 Crédits : AFP

« L’écart de rémunération entre hommes et femmes représente aujourd’hui l’une des plus grandes manifestations d’injustice sociale, et tous les pays devraient essayer de mieux comprendre ce qu’il cache et de progresser plus rapidement vers l’égalité entre les sexes », estime dans Le Monde.fr Guy Ryder, le directeur général de l’OIT, qui réunit les représentants des gouvernements, des employeurs et des syndicats de salariés de 187 Etats membres. À part quelques rares pays, comme les Philippines ou la Tunisie, où la différence moyenne joue en faveur des femmes, elle reste considérable en leur défaveur à l’échelle planétaire : en France elle est de 16,3 %, 23,2 % au Royaume uni, 21,5 % en Allemagne ou 16 % aux Etats-Unis. 

Les salaires des hommes et des femmes tendent aussi à être inférieurs dans les entreprises et les professions où la main-d’œuvre féminine est prédominante. Rosalia Vazquez-Alvarez, économétricienne et spécialiste des salaires à l’OIT

La maternité est l’un des paramètres de cette inégalité, les mères percevant un salaire inférieur à ceux des femmes sans enfant à charge – un écart pouvant aller jusqu’à 30 % en Turquie. Parmi les solutions préconisées, l’OIT évoque la transparence sur les rémunérations, des services adéquats de garde d’enfant et un meilleur partage des tâches familiales… 

Le retour des domestiques

Mais dans les services à la personne se niche un risque supplémentaire d’inégalité, notamment de genre. Dans le mensuel Alternatives Economiques, Xavier Molénat pointe « le retour de la domesticité » : « Les services à la personne, qui devaient répondre à des besoins sociaux, relèvent de plus en plus du confort, voire du luxe. Avec le soutien financier de l’Etat. » En cause les aides, notamment fiscales, à ce secteur : réductions puis crédits d’impôts, exonération de cotisations sociales et patronales… 

Selon la cour des comptes, le coût de l’ensemble de ces dépenses fiscales et niches s’élevait à 6,5 milliards d’euros. Un « pognon de dingue » - dont les effets en matière de création d’emplois notamment – ont pourtant rarement été évalués.

C’est ce qu’ont fait l’économiste Clément Charbonnier et la politologue Nathalie Morel dans un ouvrage publié au Seuil sous le titre Le retour des domestiques. Au départ ces aides fiscales étaient conçues pour lutter contre le travail non déclaré en rendant « plus attrayant le travail déclaré, mais surtout de stimuler la demande de services domestiques. Dans un contexte de chômage élevé, ces services sont perçus comme un important gisement d’emplois qui ont l’avantage d’être intensifs en main d’œuvre et non délocalisables. » Des emplois de service bas de gamme pour absorber la main d’œuvre peu qualifiée mise au chômage par la désindustrialisation. Mais outre que les déductions fiscales ont surtout profité aux plus aisés, « la majorité des heures de services à la personne (54%) concernaient des services de confort, l’aide à domicile des personnes âgées ou handicapées ne représentant que 38% de ce total, et la garde d’enfants 8% ». la qualité de l’emploi pose également question. « La convention des salariés de particuliers-employeurs déroge au droit du travail, notamment sur la durée hebdomadaire du travail à temps plein (40 heures) et la durée minimale du temps partiel. » Par ailleurs, les services d’aide à la personne se sont transformés en « trappes à précarité, l’absence de formation et la faible prise en compte de l’ancienneté minant toute perspective de sortie de ce qui s’apparente parfois davantage à un gagne-pain qu’à un emploi. Les premières victimes en sont les femmes, très nettement majoritaires dans ce secteur. » C’est pourquoi les auteurs préconisent de baisser les plafonds d’aide pour les services de confort et de consacrer l’argent des déductions fiscales au financement des services sociaux, comme les crèches, par exemple. Davantage de places pour les ménages pauvres « participerait par ailleurs à corriger les inégalités criantes du système scolaire français ». 

OIT : la Déclaration de Philadelphie

La dernière livraison de la revue Le mouvement social revient sur l’histoire et le rôle de l’OIT. Sandrine Kott et Laure Piguet s’entretiennent avec Alain Supiot, spécialiste de droit du travail et professeur au Collège de France de la Déclaration de Philadelphie, fondatrice de l’organisation. Le titulaire de la chaire « État social et mondialisation. Analyse juridique des solidarités » rappelle que le moment particulier, celui de la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la politique du New Deal de Roosevelt a inscrit dans le texte « une tension entre, d’une part, une conception économique de la justice sociale, identifiée à la croissance et à l’emploi, et, d’autre part, une conception politique, faisant de l’autonomie dans et par le travail la condition de la démocratie ». Et qu’on ne s’y « intéresse pas seulement à l’emploi, c’est-à-dire à la sécurité économique attachée au travail subordonné, mais au contenu même de ce travail », censé – je cite « procurer aux travailleurs « la satisfaction de donner toute la mesure de leur habileté et de leurs connaissances et de contribuer le mieux au bien-être commun ». 

Par Jacques Munier

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